‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 42 sur 164 · EUDES J · texte numérisé non relu

EUDES J

palais, et il transmit ce titre à ses descendants. S'il ne posséda point les talents d'un capitaine et ne connut jamais les habiletés d'un diplomate, il eut la gloire de son temps, il fut un preux chevalier.

§ II. — Etienne II, VI'' comte de Champagne 1037-1048.

Les fils d'Eudes refusent de faiie hommage à la Couronne et attirent dans leur parti le frère du roi. Henri fait prisonnier son frère et défait Etienne, tandis que le fils de Foulques Nerra enlève à Thibault la ville de Tours.

Eudes laissait deux fils, qui se partagèrent ses domaines : Etienne, l'aîné, prit les comtés de Meaux et de Troyes, autrement éii's, comtés de Brie et de Champagne; Thibault eut pour sa part Blois, Chartres et Tours.

Invités par Henri à lui faire hommage de leurs terres, ces seigneurs s'y refusèrent, sous le prétexte que le roi avait abandonné leur père dans la revendication de ses droits : et comme Henri se disposait à les soumettre, ils levèrent une armée composée de 1,500 hommes d'armes et de 12,000 hommes d'infanterie, et firent habilement entrer dans leur parti, avec Raoul, comte de Bar-sur- Aube et de Vitry, le frère du roi, Eudes, 4*' fils de Robert-le-Pieu?^, mécontent de vivre à la cour sans autorité et sans apanage.

A cette ligue Henri en opposa une autre formée de l'empereur d'Allemagne, du vieux comte d'Anjou, Foulques Nerra, et de Gothelon, duc de Lorraine, dont les diversions devaient seconder le succès de ses armes.

Il eut, en effet, bientôt réduit son frère à l'impuissance de tenir la campagne, et après avoir emporté la place forte où ce prince s'était enfermé, il le fit conduire sous bonne garde à Orléans, où il le retint quelque temps prisonnier.

Etienne ne fut pas plus heureux : défait en bataille rangée, il dut chercher son salut dans la fuite et laisser, avec Raoul, une partie de son armée prisonnière (1042).

Profitant de ses malheurs, le fils et successeur de Foulques, Geoffroy Martel, qu'animait la même hostilité contre la maison de Champagne, vint assiéger Tours, dont le roi lui avait accordé l'investiture. II fatiguait depuis un an la ville par ses machines de

guerre et ses attaques n'-itérées, quand les fils d'Eudes, qui semblaient endormis dans une molle indolence, se décidèrent à venir au secours des assiégés, que pressait la famine. A cette nouvelle, et sur le conseil d'un de ses officiers, Lisoie, seigneur d'Amboise, Geoffroy, laissant quelques hommes à la garde de son camp, prend avec lui le reste de ses chevaliers et de ses gêna de pied, qui formaient une troupe nombreuse, et s'avance avec eux au-devant de l'ennemi jusqu'au village de Saint-Martin [-le-Beau].

Il n'avait pas manqué d'implorer le secours du bienheureux saint, s'engageant à lui restituer humblement tout ce qu'il avait pu lui enlever, et les moines de Marmoutier lui avaient remis un étendard, qu'il éleva au bout de sa propre lance. Fort de cette relique vénérée, il chargea avec impétuosité ses adversaires et les mit en déroute (1044). Etienne parvint encore à se sauver par la fuite, mais Thibault fut fait prisonnier avec la plus grande partie de son armée, et le vainqueur ne lui rendit la liberté qu'au prix de l'abandon de la ville de Tours \ que le captif dut sceller par quinze serments prêtés sur une châsse remplie de reliques, et répétés par 60 seigneurs, dont 20 barons possesseurs de châtellenies et 40 chevaliers d'ordre inférieur (21 août 1044). Quatre ans après, mourait Etienne, laissant de sa femme Adèle, fille de Richard II, duc de Normandie, un fils nommé Eudes, qui lui succéda.

§ III. — Eudes II, YII« comte de Champagne 1048-1063.

Les guerres privées. — La paix et la trêve de Dieu. — Léon IX et le concile de Reims (1049). — Sacre de Philippe I" (1059).

Un peu avant sa mort, Etienne II avait vu lui échapper la garde de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, qui, depuis l'avènement de la maison de Vermandois, appartenait aux comtes de Champagne. Un ambitieux baron ayant enlevé au monastère l'important château de Vie-sur- Aisne, les religieux, dans le délaissement où les laissait Etienne, avaient fait appel à la protection du roi Henri, et

' Raoul Glabcr, 1. V, ch. 2. Cette ville, ainsi détachée des domaines de la maison de Blois, demeura dès lors sous la domination angevine.

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