HUGUES I
forces à la réforme des abus que le schisme et la barbarie des temps avaient introduits dans son sein.
En même temps, elle tourne vers la conquête des Lieux Saints l'ardeur belliqueuse de la noblesse, et, en assignant à sa valeur la défense du tombeau du Christ, elle sauve la société chrétienne du péril de l'invasion mahométane et prépare l'émancipation communale. Sous son influence, la chevalerie revêt un caractère singulier de noblesse et de générosité, tandis que, sous son impulsion, la foi des populations élève ces gigantesques monuments dont les flèches légères et les voûtes hardies excitent ajuste titre notre admiration. L'œuvre chrétienne, pour tout dire en un mot, atteint son plus parfait épanouissement.
C'est de la France qu'est parti ce grand mouvement religieux qui doit gagner de proche en proche tous les états de la chrétienté et les emporter vers l'Orient. C'est un pape champenois, Urbain II, dont l'Italie vénère la sainteté, qui a communiqué le premier élan à la généreuse noblesse de France.
Il était né à Lagery, près de Châtillon-sur-Marne où se voient encore les restes du château de ses ancêtres ^ Eudes ou Odon était le nom qu'il portait au sein de sa famille. 11 avait étudié à Reims sous le successeur de l'illustre écolàtre Hériman, sous Bruno (lOoG), dont la science n'avait d'égale que la vertu, et dont les leçons attiraient et réunissaient autour de sa chaire non seulement de jeunes clercs, mais encore des prêtres, des docteurs empressés de recueillir les oracles de sa sagesse. Appelé par la Providence au gouvernement de l'Église (1088-1099), Urbain 11 n'avait oublié ni son ancien maître, ni le siège de Reims. Renauld du Bellay avait été lui offrir à Rome, le jour de Noël 1089, l'hommage d'un diocèse fier de lui avoir donné naissance : Urbain lui remit de ses propres mains le pallium, lui confirma le titre et les pouvoirs àe primat de toute la seconde Belgique, et lui conféra, ainsi qu'à ses successeurs, le droit exclusif de sacrer les rois de France. Quant à Bruno, il l'avait attaché
^ Sur le plateau même qui porte les débris de la tour féodale, et près de cette antique relique d'un autre âge, la piété de l'archevêque de Reims, Mgr Langénieux, a élevé, en 1887, à la mémoire du saint pontife, une statue colossale destinée à rappeler à la Champagne, pour ne pas dire à la France, une de ses gloires les plus pures.
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à ses conseils, heureux de faire servir aux intérêts de l'Église les lumières d'un si pieux et si savant docteur.
Venu en France en 1095, Urbain II enflammait les peuples d'une sainte ardeur pour la délivrance de la Terre-Sainte (Concile de Clermont).
A sa voix avait répondu le frère de Hugues, Etienne-Henri, comte de Blois. Les conseils et la bravoure de ce seigneur ne furent point étrangers aux premiers succès des croisés. Si, fatigué des longueurs de la lutte, il eut la faiblesse d'abandonner le siège d'Antioche pour revoir les rives de la Loire, il sut, plus tard, s'arracher à l'amour de ses sujets, à la tendresse de sa famille pour aller laver sa honte dans son propre sang ; il périt à Rama, en essayant de sauver le trône chancelant de Baudouin.
Quant à Hugues, il s'abstint : un autre esprit semblait l'animer; à l'exemple de son père, il se fit bienfaiteur des moines, et multiplia en leur faveur les donations.
Pour ne citer que les plus importantes, à une colonie de religieux de Saint-Oi/and (phis tSird Saint-Claude, dans le Jura), qui était venue s'établir à Sermaize, il donne une certaine étendue de terre et la justice de ce village (1093). — Al'abbaye bénédictine de Molesmes près de Tonnerre, il abandonne ses droits sur la vente du sel (1097), et son droit d'usufruit sur la moitié de la seigneurie de Rumilly-les- Vaudes(1104).
Cette abbaye ne comptait encore que peu d'années d'existence. Robert de Troyes, ayant rencontré sur les bords de la petite rivière de Laignes un vallon boisé qui lui offrait, avec l'avantage d'un cours d'eau, la salubrité de l'air et la solitude propice à la prière, y avait transporté, du consentement de Simon de Vermandois, les religieux avec lesquels il vivait au sein de la forêt de Colan (20 décembre 1075). Mais le bruit des vertus et des austérités de ces nouveaux anachorètes n'avait pas tardé à se répandre, et Hugues aimait à venir passer au milieu d'eux la solennité de Pâques. Content de l'accueil qu'il en avait reçu, en 1097, dans cette circonstance, il voulut leur en témoigner sa reconnaissance en présence de son séné chai Gosberg le Roux, du vidame de Châlons-sur-Marne, Dudon, et de Guy, seigneur de Vignory, souche d'une branche de la maison d'Amboise : il transféra leur prieuré de Saint-Thibaut au château d'Islc-au-Mont, et leur donna, avec l'église Saint-Pierre du lieu et sa