HUGUES
propre habitation à l'Isle, deux moulins, le four banal et plusieurs autres biens.
En faveur de Saint-Loup de Troyes, le comte renonce à tout droit sur le village de Rouilly-saint-Loup (Aube), moyennant une redevance annuelle d'une fressingiie (porc) ou de deux sols par laboureur cultivant avec un ou plusieurs bœufs, et, par chaque ménage, d'une poule ou d'un denier. Puis, à la suite de blessures « dont il avait dû à Dieu la guérison bien difficile, voulant recon- « naître un si grand bienfait », il exempte le cloître de l'abbaye de sa justice et de toute charge féodale, lui confère le droit d'asile en son église, et va jusqu'à affranchir de tout impôt les domestiques des chanoines faisant œuvre de marchands (1103). — Hugues n'oublia pas les abbayes de Montiéramey , de Montier-en-Der et de Marmoîitier, qu'avait particulièrement comblées la libéralité de son père. Il devait même, vers la fin de son règne (1118), en confirmant les acquisitions que Marmoutier avait faites dans Tétendue de ses fiefs, en autoriser de nouvelles à titre gratuit, se privant ainsi du droit d'amortissement, l'une des principales sources du revenu féodal. Ainsi, quatre ans auparavant, s'était-il dépouillé, en faveur de Montier-en-Der, du produit de l'impôt indirect qui se levait, aux foires de iîfl!r-5?ir-J?fè<?, sur la vente des bètes armailles (gros bétail), et en faveur de Montier-la-Celle du même droit sur la vente du petit bétail K
Hugues fonda en outre (1100), au sein de la forêt de Luiz et à la prière de son frère Philippe, évêque de Chàlons, l'abbaye de CAeme??on^, qui, après avoir suivi tout d'abord la règle de saint Augustin, fut ensuite agrégée à l'ordre de Citeaux(1137).
Par ces pieuses libéralités le comte secondait activement la disposition d'une foule d'âmes fatiguées des agitations du siècle à rechercher la solitude et à y renouveler les austérités de la Thébaïde. Mais ses libéralités ne devaient point fermer les yeux vigilants de l'Eglise sur le caractère incestueux de l'alliance qu'il avait contractée en épousant Constance, fille de Philippe P"", sa parente à un degré prohibé.
1 Sur tous ces actes de munificence voir V Histoire des Comtes de M. d'Arbois de Jubainville.
2 Marne. V . le Recueil de chartes de l'abbaye publié par M. E. de Barthélémy.
Cette Eglise, qui avait frappé Philippe P'' au concile d'Autun (16 octobre 1094), pour avoir répudié Berthe et épousé la femme de Foulques, comte d'Anjou (1092), qui reprenait avec sévérité les archevêques de Reims et de Sens de la servile complaisance avec laquelle ils avaient osé dresser dans un conciliabule (Reims, 5 novembre) un acte d'accusation contre Yves de Chartres, l'intraitable censeur des désordres du roi '; qui, par la bouche d'Urbain II, lançait de nouveau à Clermont (1095) l'excommunication contre Philippe, ne pouvait pas demeurer insensible à la situation de son vassal. Elle s'en était montrée particulièrement émue dans ce dernier concile, où siégeaient les métropolitains Renaud de Reims et Richer de Sens, les abbés Gausmard de Montier-la-Celle de Troyes et Robert de Saint-Remi, l'un des futurs historiographes de la croisade ; mais on n'avait rien décidé. Il fallut, pour rompre l'union (1104), qu'Yves de Chartres, reprenant l'affaire, menaçât Hugues de la convocation d'un concile. Constance, qui avait fini par trouver le comte d'humeur trop pacifique et de trop petite lignée, s'en sépara sans peine pour épouser Bohémond, prince d'Antioche (1105).
Hugues n'était plus en France à cette époque : il l'avait quittée pour la Palestine, d'où il revint, quatre ans après, sans avoir rien fait de mémorable (1104-1108), pour épouser, de son côté, vers 1110, Elisabeth, fille d'Etienne le Hardi, comte de Mâcon. Il ne semble pas qu'il ait eu lieu de se féliciter de cette union ; car il songea bientôt à regagner la Terre-Sainte, faisant vœu d'y entrer dans la milice sacrée de Saint- Jean-de-Jérusalem. Il ne fallut pas moins que l'intervention d'Yves de Chartres pour le détourner de l'accomplissement de ce vœu, que le saint prélat lui représenta comme incompatible avec le respect dû à Tinstitution du mariage. Le comte se borna donc au voyage, et revint, après une année d'absence (1114- 1115), enveloppé dans son obscurité comme au départ.
Pendant sa première absence, l'évêque de Châlons, Hugues, avait été victime de la brutalité d'un de ces puissants barons du voisinage, toujours prêts à entreprendre sur les faibles au mépris de toute
* Urbain II avait déjà blâmé (27 octobre 1092) l'arclicvêqno de Reims et ses siiffraganls d'avoir souffert que le roi répudiât sa femme pour en épouser une autre, et leur avait signifié de faire rendre à la liberté Tévèque de Chartres (D. Bouquet, XIV, p. 702), mis en prison par Hugues, seigneur du Puiset, vicomte de Chartres.