LES COMMUNES DE REIMS, DE CHALONS ET DE SENS
le second de 1142 à 1144 ' : « Qui adonné au roi, écrivait à ce sujet « saint Bernard, le droit de retarder l'élection pour se donner le « temps d'épuiser les ressources, de piller les biens des pauvres, de (( tout enlever des terres de l'évêché ? Il a confié, dit-il ailleurs, à « son frère Robert l'autorité de l'évèquo dans le diocèse de Ghàlons ; « mais ce diocèse était trop étroit pour la malice de ce prince, qui « a envahi celui de Reims, où il commet des iniquités, n'épargnant « ni clercs, ni moines, ni religieuses, et dévastant les terres « fertiles et les bourgs populeux de Notre-Dame, de Saint-Remi, « de Saint-Nicaise et de Saint-Thierry ^. »
Or, en ce temps-là, les habitants des cités, que l'Eglise avait, depuis un siècle, habitués à s'associer pour la paix, manifestaient un certain entraînement à faire servir cette belle force de la fraternité dont ils avaient éprouvé la vertu, à la protection de leurs privilèges, de leurs coutumes, que les seigneurs attaquaient ou menaçaient ; ils allaient jusqu'à s'engager par serment à les défendre.
Poussés à bout par les violences de Robert, favorisés par la vacance du siège et peut-être encouragés par une connivence secrète du roi, aussi désireux de se ménager le moyen d'intervenir entre l'échevinage et l'archevêque, qu'il s'était montré jaloux de sauvegarder sa propre autorité contre la tentative d'établissement d'une commune à Orléans, les habitants de Reims, à l'exemple de plusieurs autres villes, formèrent, sous le nom de Compagnie, une association fondée sur le serment et l'engagement d'une aide mutuelle. Le chapitre s'en émut, des querelles éclatèrent, et, plus habiles que ceux d'Orléans, les bourgeois de Reims adressèrent au roi, en termes respectueux, la demande d'une charte de commune. Le roi, sur la proposition de son ministre, leur en octroya volontiers une, sur le modèle de celle de Laon ^ œuvre de Suger, réservant
Revue des questions hist., avril 1891, p. 370 et sq., et juillet 1891, p. 240 et 241 .
1 Du 27 juin 1142 à une date antérieure au mois de juin 1144.
* Ann. 1139-1143. S. Bernardi opéra, t. 1, col. 167, 20o, 208, ei Recueil des histor. de France, XV, p. 391. Cf. Arch. adrain.de Reims, t. I^"", p. 297.
3 Ad modum coïnmuniœ laudunensis (Areli. admin. ibid.)