U7. DE REIMS, DE C'HALONS ET DE SENS
Saint Bernard n'en renouvela pas moins ses instances auprès de Louis et du pape pour procurer la paix à cette pauvre église de Reims, do)}t la douleur n'avait ricndc comparable^ Elles ne furent pas inutiles. Le pape écrivit au clergé et au peuple rémois pour leur recommander de veiller, pendant la vacance du siège, à la conservation des biens de l'évêché, et pour les mettre en garde contre toute innovation : « Si l'on avait osé faire, disait-il, une « commune dans la cité, il la mettait à néant : sinon, il défendait, « sous peine d'anathème, qu'on en fit une »^ Innocent II fit ensuite savoir à Louis qu'il autorisait le chapitre de Reims à procéder à l'élection d'un archevêque, et lui enjoignit, pour le rachat de ses péchés, de dissiper cette détestable association rémoise qu'on appelle Compagnie 3.
Docile aux prescriptions du Saint-Siège, Louis invita le chapitre à donner un successeur à Farchevèque Renauld, et dès la fin de l'année 1139, le chapitre, sous l'inspiration du légat Geoffroy de Chartres et des évêques d'Auxerre, de Soissons et d'Arras, élisait successivement saint Bernard et, sur son refus, un archidiacre de Chartres, Samson de Mauvoisin. Bientôt (octave de Pâques 1140^), le nouveau prélat était consacré par l'évoque de Soissons, et donnait la mesure de sa fermeté en exigeant du roi qu'il retirât à son frère Henri l'office de trésorier de l'église qu'il lui avait conféré pendant la vacance du siège, et qu'il reconnût son tort par une charte solennelle qui fut affichée dans la basilique de Reims ^.
Un tel caractère était peu fait pour rassurer la commune. Les plus violents du parti pensèrent intimider l'archevêque par quelque* coup hardi, et deux d'entre eux, Aubry et Simon, ne reculant point devant le sacrilège, osèrent introduire, le jour de laToussaint 1140, dans l'église de Saint-Symphorien, un prêtre interdit, et lui faire célébrer les saints mystères ^. Mais ce défi jeté à l'Eglise ne devait
' Sancti Bernardi opéra, I, 296, et Recueil des hist. de France, XVj Lettres de saint Bernard (1139).
2 Arch. adm. de Reims, 1. 1"", p. 360 (30 avril M39).
3 Id. ibid., p. 301-302 : « . . .pravos illos Reincnsium conventus quos Compagnies vocant. »
* Annales Colon, et Remens., ap. Monum. Germ., XVI, 733. ^ Epist. 'àMwsom^ (Hist. des Gaules, XVI, p. 6.) t3 D. Marlot, t. 111, p. 291.
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point leur profiter. Samson, le relevant habilement, sut intéresser le roi à la cause de l'ordre, et Louis, secondé par le comte Thibault, vint à la tête d'un corps de troupes mettre fin à la commune'. Quelques jours plus tard, le 19 novembre, Samson faisait consacrer de nouveau par un de ses sulïragants, l'évèque de Thérouanne, l'église profanée de Saint-Symphorien.
On peut croire que la pompe de cette cérémonie ne contribua pas moins que la sagesse du prélat à calmer les passions populaires. Reims parait, en effet, avoir joui delà paix pendant plus de six ans. Toutefois il est permis de penser que les habitants du faubourg Saint-Remi n'avaient pas renoncé à leurs visées ambitieuses, et qu'ils n'attendaient qu'une occasion favorable pour renouveler leurs tentatives d'indépendance. Ils crurent l'avoir trouvée dans le départ du roi pour la croisade (1147). Les bourgeois de Saint-Remi descendirent alors tumultueusement dans la ville, et y commirent toutes sortes de violences contre les officiers de Samson, qui eut la douleur de voir de ses fenêtres maltraiter leurs personnes, piller leurs meubles et ruiner leurs maisons. Impuissant à contenir les rebelles par ses prières ettremblant pour lui-même, l'archevêque invoqua le secours de l'abbé Suger, qui administrait le royaume en l'absence du roi. Le régent envoya des troupes dont l'approche suffit à dissiper l'émeute. Les manants du ban de Saint-Remi durent renoncer à leur entreprise et au réveil triomphal de la commune.
C'est à cet événement, sans doute, autant qu'à celui de 1140 que, 51 ans plus tard, l'évêque Guillaume aux-Rlanches-mains faisait allusion, quand, dans une charte qu'il adressa, en novembre 1198, au chapitre de Reims, il dit : « Enfin, grâce au Ciel, à l'habileté de « Samson - et au puissant appui de Thibault, comte de Champagne, « mon père de pieuse mémoire, ... la commune fut renversée,
^ « Destruitur cominiinia Remensis rege pi-iBsenle et Tcbaklo comité adjuvante cum multis millibus militum et peditum. . . » Annales Remens. et colonienses, ann. 1140, ap. Monum. Germ., t. XVI, 733.
2 Ce prélat n'était pourtant pas un ennemi du régime communal ; car ce fut à sa persuasion que le roi accorda, en 1153, une cliarle de commune à la ville de Compiègne : « Concilio Samsonis, venerandi Remorum archiepiscopi, atque Odonis, abbatis Sancti Dionysii, et aliorum liominum nostrorum,.. Burgensibus villa; concessimus communiam cC/(«;-ta inslidit. ann. lJo3. Ap. Baluz. Miscellan., t. VII, p. 3U9].