‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 52 sur 164 · DE REIMS, DE CHALONS ET DE SENS. 16S · texte numérisé non relu

DE REIMS, DE CHALONS ET DE SENS. 16S

« lorsqu'abattue elle se redressait, et fut complètement dissipée ». Averti par l'expérience du passé, et croyant reconnaître à certains symptômes que les chanoines de son église ne redoutaient pas sans raison le retour de la commune, Guillaume s'engageait par ladite charte à n'en point souffrir la restauration tant qu'il vivrait, et à ne tolérer aucune association assermentée des citoyens sans le consentement du chapitre K

A l'exemple de Reims, la ville de Châlons voulut se constituer en commune, et en dépit de la menace de l'excommunication dont son évêque, Gtu de Montaîgu, tenta de l'effrayer, elle y réussit un instant ; mais, à la prière du prélat, Louis intervint et, dissipant la frauduleuse fraternité, fit rentrer les bourgeois dans l'ordre (1144) \

La ville de Sens ne devait guère être plus heureuse d'abord que celle de Reims. Profitant habilement des besoins de Louis YII, elle lui avait acheté, en 1146, une charte de commune destinée à la protéger contre l'ambition des grands ; mais elle ne l'avait pas plus tôt obtenue qu'elle s'en était servie contre le clergé, en associant à ses privilèges les vassaux des églises de Sens. Ces églises, dont une telle manœuvre lésait les intérêts, s'adressèrent, pour la faire cesser, au pape Eugène III qui venait de passer les monts, et, sur l'intervention du pontife, Louis VII, un an après l'avoir octroyée, supprimait et révoquait la commune (1147). Les bourgeois accusèrent particulièrement de la mesure Hébert, abbé de Saint-Pierrele-Vif, que les affaires de son couvent avaient conduit en Italie, et se soulevant le 1^'' mai 1147, ils égorgèrent, dans le cloître de

' Arcli. admin. de Reims, t. P^, p. 434 .

2 L'Evêquc en remercie le roi par une lettre insérée au t. XVI, p. 88, des Sistor. de France. C'en fut fait de la commune, cpioi qu'en pense l'auteur de V Histoire de Châlons, qui s'imagine vainement, malgré les termes de la lettre de Gui, que le roi intervint uniquement pour rétablir la paix [Hist. de Châlons, p. 6). L'édition posthume de l'ouvrage de M. Ed. de Barthélémy ne présente sur ce point aucune modification du texte de la première : il eût été bon cependant que l'auteur, s'il avait en sa possession àe nombretises pièces ponr appuyer sa thèse, prît la peine d'en produire quelques-unes. En attendant preuve du contraire, nous croyons pouvoir affirmer que la commune de Châlons n'eut qu'une existence éphémère .

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l'abbaye, Hébert et un de ses neveux qui était alors avec lui. La vengeance ne se fit pas longtemps attendre. Le roi accourut avec une force imposante, entra dans la cité, et s'étant saisi des meurtriers, en fit tresbuchier une partie de la grosse tour de Sens, et décoller le reste à Paris'.

Ce fut pour la ville de Sens la source de grands troubles qui ne prirent fin qu'après plus de quarante ans. Jaloux de pacifier la cité, Philippe-Auguste la dota,en M89, d'une nouvelle charte de commune, empruntée en beaucoup de points à la coutume de Soissons ; mais il semble que la nouvelle commune fut « en moindre autorité que « la première » ; du moins les intérêts de l'église de Sens avaient été, dès 1186, soigneusement sauvegardés par lettres royaux, et les maires et jurés avaient dû s'engager par serment à maintenir ses droits et privilèges -.

Confirmée par Louis YIII en 1225, l'institution devait l'être encore, en mars 1290, par Philippe le Bel. Toutefois elle était de trop grande « conséquence « pour être longtemps « compatil)le » avec « une monarchie » : Philippe le Long la supprima définitivement en 1317, « et ordonna que les habitants de Sens seraient « justitiez et gouvernez par le prévost de la ville. Ce qui fut signifié « et exécuté par Ythier de Corgenay, lors prévost de Sens, le « mercredi après les Brandons.^ »

* Les Grandes chroniques de France, étlit. Paris, t. III, p. 363.

2 V. Laurière, t. U, p. 244.

3 V. le Cartulaire sènonais de Balthasar Taveau, publié par G. Jiilliot. Sens, 1884, p. lo, 16.

§ VIL — Henri I^"" le Libéral, Xlb Comte de Champagne. 1152-1181.

I. Le mariage d'Eléonore avec Henri Plantageiiel indispose et arme Louis VU contre ce prince. — Louis travaille à pacifier le royaume et l'Eglise divisée par un schisme. Part que prend le comte de Champagne aux négociations relatives à ce dernier objet. — Etroite union des cours de Franco et de Champagne. InlUience du comte dans les affaires. — Ses démêlés avec Henri de France, archevêque de Reims. Caractère impérieux de ce prélat, et troubles qu'il suscite dans Reims. — L'évéque de Langres confirme l'affranchissement des habitants de cette ville, qui est annexée à la Couronne. Henri meurt à son retour de la Terre-Sainte.

II. Henri le Libéral justifie son titre par ses constructions, le faste de sa cour, son gotit pour les lettres, la protection qu'il accorde à l'industrie et au commerce {foires de Champagne), et ses libéralités envers le clergé et le peuple. Création de villes neuves.

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