‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 54 sur 164 · HENRI !•="■ LE L1BP:RAL · texte numérisé non relu

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actif, entreprenant, et aussi riche d'espérances que plein de ressources. Il y avait là, sans parler de la violation d'un principe du droit féodal, un péril redoutable pour la sécurité du royaume. Louis ne pouvait y demeurer insensible. Après avoir inutilement cité le duc de Normandie, et l'avoir par défaut frappé de la confiscation des biens qu'il tenait de la couronne de France, le roi se mit en mesure d'exécuter la sentence de son tribunal et fit appel à la bravoure de ses vassaux. Le comte de Champagne, Henri, qui était fiancé à Marie, fille d'Eléonore, à l'héritière présomptive de la Guyenne et du Poitou, ne fut pas des derniers à prendre les armes. On vit ainsi éclater une guerre que l'avènement du duc au trône d'Angleterre (1154) ne pouvait manquer d'aggraver, et que la rivalité croissante des deux royaumes devait perpétuer pendant plusieurs siècles, en la rendant, particulièrement pour la France, féconde en désastres inouïs. Mais elle ne fut, au début, signalée par aucun événement important.

Des intérêts d'un autre ordre devaient se disputer la sollicitude royale. Ainsi voyons-nous le comte Henri apparaître avec plusieurs autres seigneurs et les archevêques de Reims et de Sens, accompagnés de leurs suffragants, dans une grande assemblée que Louis VII réunit à Soissons (1155) \ et où il fut décidé que, pour adoucir les maux des guerres privées, une ordonnance assurerait pendant dix ans, à partir de Pâques 1156, paix entière aux églises et au clergé, aux laboureurs et à leur bétail, aux marchands et à tout voyageur parcourant les chemins royaux ou seigneuriaux. Louis jura sur les reliques des saints, que, pour sa part, il observerait cette loi, comme il en ferait punir les violateurs selon son pouvoir ; les barons présents prirent le même engagement, et le clergé, debout devant les reliques, promit de l'observer et de la faire respecter. C'était la confirmation solennelle par le pouvoir civil des bienfaits do la Trêve de Dieu, due à l'initiative de l'Eglise.

1 L'année précédente, H54, avait vu le premier exemple d'une cour des 2^airs Ou plaid royal régulièrenienf convoquée. 11 s'agissait de juger le différend survenu enfre Eudes, duc de Bourgogne, et Geoffroi, évoque de Langres. Celui-ci se plaignait que le duc lui eût enlevé, avec plusieurs fiefs, des prêtres et des hommes, et qu'il eût brûlé une de ses églises. Le duc, ayant à la fin fait défaut, fut condamné à donner pleine et entière satisfaction à l'évêque (Cartulaire de Langres, f° 181 v°).

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Celle-ci ne se lassait pas d'ailleurs de rappeler avec solennité ses décisions, en les plaçant sous la protection de ses foudres. « Les « clercs, les moines, les femmes et les voyageurs, dit le concile de « Reims du 25 octobre 1157, jouiront de la paix perpétuelle, ainsi « que les laboureurs, les vignerons et les marchands. Pour cette « paix, qu'on appelle la Trêve de Dieu, on doit l'observer du « mercredi soir au lundi matin. Ceux qui oseraient enfreindre ces « prescriptions, seront frappés d'excommunication ' ».

Bientôt la paix de l'Eglise elle-même, troublée par un schisme, allait appeler l'intervention du roi et de Henri. A la mort d'Adrien iV (1" septembre 1159), les cardinaux, à l'exception de trois, lui avaient tous donnépour successeur le chancelier de l'Eglise romaine, Roland, cardinal de Saint-Marc, qui prit le nom d'Alexandre III. Les trois dissidents avaient opposé au chancelier l'un d'entre eux, Octavien, cardinal de Sainte-Cécile, dit Yiclor IV, parent d'Henri le Libéral, et l'empereur Frédéric Barberousse, qui ne pardonnait point à Roland de lui avoir toujours été contraire dans ses démêlés avec Adrien IV, s'était déclaré pour l'élection d'Octavien. Mais Roland avait pour lui la France et l'Angleterre. Contraint de se retirer devant la fortune de son compétiteur, et de quitter l'Italie, il vint en France (11 avril 1162), et y tint plusieurs conciles, où fut proclam.ée la canonicité de son élection. A la suite de celui de Tours, il choisit pour résidence la ville de Sens, et il y demeura du 1'^'' octobre 11(53 à Pâques de l'année 1165.

Cependant Frédéric, peu rassuré sur l'issue de la lutte, et comptant sans doute sur l'influence du comte de Champagne, s'efforçait d'entraîner Louis VII dans son parti, et obtenait, par l'entremise de Henri, qu'une conférence aurait lieu à Saint-Jeande-Losne, le jour de la décollation de saint .lean-Baptiste, 29 août 1162. Il avait été convenu entre le comte et l'empereur que, si Octavien y faisait défaut, Roland serait reconnu pape, et que si, au contraire, c'était celui-ci qui y manquait, il perdrait son procès. Henri se portait caution de la ratification de cette convention, et s'engageait à se livrer à Frédéric comme otage, au cas où le roi n'accepterait point le jugement des arbitres. Mais il ne fit pas

< Actes de la j^'t'ov. eccl. de Reims, f. IL p. ^89. Lo môme concile coii(lam:ic le? tournois, cl (Iccrclo que ceux (|iii y auront succombé seront privés de la sépulture chrétienne.

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connaître ces clauses finales du traité à son souverain, dont il semble qu'il ait voulu surprendre la simplicité, et Louis, arrivé seul à la conférence, ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était tombé dans un piège. 11 n'avait rien négligé du reste pour déterminer Alexandre à le suivre, mais celui-ci avait résisté : « Pourquoi », ditil, « s'exposera tomber entre les mains de Frédéric, et soumettre « au jugement d'un tribunal incompétent une élection dont la « validité canonique était si évidente? » En présence des circonstances, le roi demanda un délai, et sur le refus de l'empereur, se retira.

De nouvelles négociations entreprises par Henri devaient amener un rapprochement entre les deux monarques, et il fut convenu qu'on se reverrait à Saint- Jean-de-Losne, le 22 septembre suivant. Le roi s'y trouva, en effet, dès neuf heures du matin, et attendit à cheval jusqu'à midi ; mais le chancelier seul de l'empereur se présenta. Alors, prenant l'assistance à témoin de l'inexécution du dernier traité, Louis tourna bride et partit pour Dijon. L'empereur fit des menaces de guerre, mais il finit par se calmer ; toutefois il ne devait reconnaitre Alexandre que quinze ans après (21 juillet 1177).

Au cours de cette affaire, Louis avait eu le malheur de perdre sa seconde femme. Constance, fille du roi d'Aragon, et avait épousé, quelques jours après (19 octobre 1160), la sœur des comtes de Champagne et de Blois ; ceux-ci, à leur tour, s'étaient unis, Henri à sa fiancée, Marie de France, fille de Louis, et son frère Thibault, comte de Blois, à Alix, sœur de Marie (1164). Ce triple lien, en fortifiant la couronne, avait sans doute accru le crédit et l'autorité du comte de Champagne, et il n'est passurprenant que la confiance affectueuse du roi l'ait souvent immiscé dans les affaires du royaume ou l'ait encouragé à y intervenir.

C'est ainsi que Henri prêta son appui au monastère de Vézelay, dont les comtes de Nevers jalousaient la prospérité et convoitaient les richesses. Sous le prétexte d'user du droit qu'il avait de s'y faire loger et nourrir gratuitement, Guillaume IV avait envahi le monastère à la tète d'une armée, et en avait saisi les biens et les revenus (29 novembre 1165). Les religieux avaient dû fuir et étaient allés demander justice au roi. « Sachez, » leur avait répondu le monarque, « que, si, outre son domaine, le comte en possédait

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« autant que le roi d'Angleterre, cela ne m'empêcherait pas d'en « tirer vengeance «, et Louis s'apprêtait à tenir parole, quand intervinrent les comtes de Champagne et de Blois. Ils obtinrent, non sans peine, de Guillaume qu'il s'engagerait envers Louis à remettre les moines en possession du monastère et à les indemniser du tort qu'il leur avait fait ; puis, quand il fallut en venir à l'exécution de la convention, le comte y apporta des délais à la faveur desquels ses gens achevèrent de piller les terres de l'abbaye. Justement courroucé, le roi convoque son armée, mais le comte prévient les hostilités par de nouvelles promesses de satisfaction. L'examen de l'affaire est remis à l'archevêque de Reims et au comte de Champagne, et le jugement fixé au 11 novembre 116(1 Mais avant cette époque, les deux partis s'étaient réconciliés.

Si le clergé régulier eut, en général, à se féliciter des services de Henri le Libéral, il ne semble pas que la conduite équivoque de ce prince vis-à-vis du pape Alexandre lui ait acquis les sympathies des évêques; il eutdu moins avec eux plus d'une contestation à soutenir. Mais ce fut surtout avec l'archevêque de Reims, Henri de France, frère du roi et partisan zélé d'Alexandre, que la lutte fut ardente. Le prélat, que Pierre Bernard, ancien prieur deGrandmont, qualifie, en 1171 , de duc et pair de France, était jaloux de faire régner l'ordre et la paix dans son diocèse et faisait avec fermeté la police des grands chemins. Or il arriva que la route de Reims à Châlons fut infestée par les brigandages de certains vassaux, à qui le château de Sampigny servait de refuge. L'archevêque, averti, vint les y attaquer, s'empara de ce repaire et le rasa jusqu'aux fondements ; puis, afin d'assurer désormais la sécurité des voyageurs, il éleva une tour sur le territoire de Sept-Saulx ^ .

Mais le principal coupable, Guermond de Châtillon, seigneur de Savigny, lui avait échappé et s'était retiré chez le comte de Champagne. Henri de France le redemande inutilement. Sous le prétexte que l'archevêque avait à tort élevé une construction militaire près des domaines du comte de Champagne, le comte lui

^ En reconnaissance de ce service, Pierre de Celle, abbé de Sainl-Remi de Reims, et les chanoines de Saint-Timoihée firent don à rarclievêqno (1172) de tout ce ((uc l'abbaye et les dils chanoiiics possôdaienl aux villages de Sept-Saulx et de Marmery [jh-ch. dcp. transférées à Reims, série G, 102).

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