HENRI I'"-' LK LIBÉRAL
déclare la guerre, et ses prévôts, à la tète de ces bandes de soldats mercenaires qui, sous le nom de cotcreaux, brabançons^ routiers, commençaient à sillonner le pays, vont porter la dévastation sur les terres de l'archevêque. Beaucoup d'habitants furent tués, beaucoup faits prisonniers ; une église même fut brûlée, où périrent 36 personnes qui s'y étaient réfugiées. Le prélat, désespéré, lance l'excommunication sur son neveu ; celui-ci en appelle au pape Alexandre, qui remet au roi le soin de juger et de régler le différend. Enfin la paix se rétablit entre les deux adversaires (1172).
L'archevêque, qui avait commencé par être moine de Glairvaux, avait cru, du reste, une fois revêtu de l'autorité épiscopale, pouvoir l'exercer dans son diocèse à la façon d'un abbé dans son monastère, et y soumettre aisément tous les esprits. « Il trouvait fort étrange, « dit Jean Rogier, la coutume de laquelle usaient les habitants, qui « était de tirer douze échevins pour être leurs juges en toutes « causes civiles et criminelles, sans être sujets de prendre aucunes « provisions d'icelui, comme ne dépendant en rien de lui pour ce « regard »^
Déjà délivré de la commune, il voulut encore, contre tout droit, imposer à la cité rémoise de nouvelles et « intolérables servitudes », qui ne tendaient à rien de moins qu'à paralyser l'action du conseil des échevins, placé à ses côtés (1167). Le peuple, à l'instigation du chapitre, également menacé dans ses privilèges, se révolta, s'empara des tours de l'église, des maisons crénelées, et chassa de la ville les offlciaux^ et les amis de l'archevêque. Celui-ci en appela au roi, et les bourgeois recoururent au comte de Champagne. Mais le comte ne put que leur conseiller de céder à la tempête ; ils abandonnèrent donc la ville, et se répandirent dans les environs, tandis que l'armée royale ruinait cinquante maisons.
Rentrés au bout de trois jours, à l'aspect de leur cité désolée, ils
^ Recueil manuscrit de titres, chartes, arrêts et anciens manuscrits (Biblioth. de la ville de Reims). Henri aurait voulu faire des échevins ses officiers, comme le prétendit en 1383, le cardinal de Guise.
2 Of/îcialibus et amicis archiepiscopi ejectis ab urbe, écrit, en 1167, à révoque de Poitiers Jean de Salisbury, témoin oculaire des événements. (Recueil des Historiens de France, L XVI, p. 182, note, et 568). S'agit-il des offlciaux proprement dits? Nous en aurions ici la première mention connue.
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reprennont les armes, et ne respirant que la vengeance, à leur tour, ils renversent les maisons des partisans du prélat. Mais ils ne font qu'attirer sur eux de nouvelles représailles, à la suite desquelles la médiation du frère du roi, Robert, comte de Dreux, leur obtint la paix. Ils durent indemniser de ses pertes l'archevêque, qui consentit de son côté à leur laisser la jouissance des anciennes lois '. Il y a lieu de croire cependant, comme nous le verrons dans la suite, que de nouveaux mouvements vinrent suspendre l'exercice de la juridiction des échevins; « le peuple fut même quelque temps sans en nommer- ».
En attendant, Henri de France, qui ne pouvait demeurer en repos, après avoir été contraint de céder à ses bourgeois, s'attaqua à son chapitre. Celui-ci, comme plusieurs autres, jouissait du droit d'excommunier les violateurs de ses privilèges. Henri prétend le déposséder de ce droit, sans s'arrêter au serment qu'il avait fait, en prenant possession du siège de Reims, d'en respecter tous les usages, et soumet sa querelle au jugement du roi son frère, qui se saisit du temporel des chanoines. Les chanoines, de leur côté, en appellent au pape, et Alexandre III écrit à l'archevêque et au roi : il blâme Henri d'avoir recouru à l'autorité royale dans une affaire purement ecclésiastique, et provoqué une intervention qui pouvait avoir les conséquences les plus fâcheuses avec un souverain moins zélé pour la liberté de l'Eglise ; il exhorte le roi à ne point ternir par une violence injustifiée la gloire qu'il s'est acquise comme protecteur des intérêts religieux. Les démarches du pontife ne furent pas vaines, et la paix se rétablit entre les deux parties^.
Peu après ces événements, « l'an de l'Incarnation 1168 », l'évêque de Langres, Gauthier de Bourgogne, confirmant une double charte d'affranchissement de Godefroi, son prédécesseur, renouvelait la remise que ce prélat avait faite aux habitants de ladite ville des tailles et levées appelées toutes (toltes), et leur accordait à perpétuité \di faveur de n'être point contraints de plaider devant
1 Lettre do .Jean de Salisbury, apud Arch. de Reims, {. P"", p. 348. L'indeniiiité fut de 450 livres.
2 Id. Statuts, t. m, p. 609, note.
3 Marlol, Hist. de la cité de Reims, I. III, ]). 440, et Pièces justificatives, n° CIX. Lettre de Jean de Salisbury.