AFFRANCHISSEMENTS. — VILLES NEUVES
chirent'de ses bienfaits ^ Les ordres militaires de Saint- Jean de Jérusalem et du Temple reçurent également des marques éclatantes de sa générosité.
Mais ce qui distingue la plupart des donations de Henri, c'est qu'elles étaient accompagnées de franchises qui intéressent directement l'état des personnes. Presque tous les habitants de la Champagne étaient serfs au xii^ siècle, et ils demeurèrent longtemps encore dans cette condition. Henri commença de l'adoucir en substituant pour plusieurs une redevance fixe aux charges de toute nature qui pesaient sur eux, et même à celle du service militaire. Bien plus, le premier des comtes de Champagne, il donna à ses sujets des chartes d'affranchissement, et de l'année II60 date la première en faveur de ses hommes de Chaource et de Metz-Robert : moyennant le paiement annuel d'une mine d'avoine et de douze deniers à acquitter le jour de la Saint-Remi, partie au comte et partie à l'abbaye de Montiéramey, seigneurs communs, il les exempte de la taille et de toutes exactions, péage ou tonlieu, ainsi que de l'ost et de la chevauchée, à moins qu'il ne commande en personne ou qu'ils ne puissent rentrer chez eux dans la même journée.
Enfin Henri ouvrit des asiles privilégiés afin d'accroitre la population dans ses domaines, et à l'imitation de Suger, qui avait pour ainsi dire, en 114S, renouvelé la terre de Yaucresson, en y fondant une ville neuve, qu'il dota d'une charte communale, il créa les villes neuvesde Maray-en-Othe (1173), de Ponts sur-Seine (1175) et de Chaource (1177), en signant avec les habitants des conventions évidemment empruntées à la charte de Yaucresson, et qui leur conféraient en particulier le privilège de faire administrer les affaires communes de la ville par six échevins ayant mission d'assister le prévôt du comte dans ses plaids.
C'est vers cette époque (1179), que la ville de Meaux obtenait du comte la charte communale dont nous avons parlé plus haut, et
' Andecies n'était à l'origine qu'un prieuré relevant de l'abbaye de Molesmcs ; le Reclus, ainsi nommé du surnom que l'on donnait à un ermite qui s'était retiré dans ce lien, appartenait à l'ordre de Cîteanx, et fut fondé avec le concours do saint Bernard et de Haton, évêquc de Troyes.
LES JUIFS. I8o
qui va jusqu'à lui concéder le droit de guerre. Bar-sur-Aubc fut mise en possession des mêmes privilèges, ainsi que Provins, Herbisse et Troyes ; mais il ne semble pas que cette dernière en ait joui longtemps.
Il n'est pas jusqu'aux juifs qui n'aient eu à se louer de la libéralité de Henri, car il leur laissa la liberté. Ils en usèrent pour s'enrichir par le commerce et se répandre dans les principales localités de la Champagne. Ils étaient nombreux dans la province, et possédaient à côté de leurs synagogues des académies ou collèges destinés à l'instruction de la jeunesse Israélite. A la tète des maîtres dont ils se glorifient, se place un célèbre rabbin, Rasclii ou Darchi, que la variété de ses connaissances, l'étendue de son savoir ont fait considérer par ses coreligionnaires comme la gloire de Judas, la grande lumière, le prince des commentateurs, et dont les écrits sont classiques parmi les juifs. Il était né à Troyes de 1120 à 1130.
L'année même où Henri était parti pour la croisade, le l*''" novembre 1179, Louis YII avait fait sacrer son fils, Philippe-Auguste.
Il avait d'abord, le jour de l'Assomption, réuni à Paris tous les prélats, abbés et barons du royaume, afin d'obtenir leur assentiment à son dessein ; tous, après l'avoir entendu, s'étaient écriés d'une voix unanime : « Soit, soit ! » et l'assemblée avait été ainsi close^ Mais, à la suite d'une partie de chasse dans la forêt de Compiègne, où il s'était égaré, Philippe était tombé dangereusement malade. Pressé par la crainte de le perdre, le roi entreprit, en compagnie de son beau-frère, Guillaume de Champagne, un pèlerinage à Cantorbéry, où reposait le corps de l'archevêque Thomas Becket, et étant arrivé à Douvres le mercredi 22 août, il alla déposer sur le tombeau du martyr de riches présents, en l'invoquant pour la guérison de son fils.
Thomas Becket avait été, pendant six ans (1164-1170), l'hôte de la France et particulièrement de la Champagne. Obligé de quitter furtivement l'Angleterre pour échapper à la colère du roi Henri II,
' Rigord, Viede Philippe- Auguste, Collection Guizot.
186 THOMAS BECKET ET LOUIS VII. Iir.4-ii7'j.
il était venu demander asile aux religieux de Pontigny, et pendant près de deux ans il les avait édifiés par ses vertus. Puis, après avoir, en qualité de légat du Saint-Siège, lancé à Vézelay l'excommunication contre les partisans des Constitutions de Clarendon, il avait renoncé à l'hospitalité de l'abbaye, afin de ménager les intérêts de l'ordre dans les domaines de Henri, et il était allé s'établir à Sens, au monastère de Sainte-Colombe (septembre 1166). C'est de là qu'étant venu à Clairvaux, en l'année 1169, il profita de la solennité du jour des Rameaux pour frapper des foudres de l'Eglise les évêques insoumis de Londres et de Salisbury. Le roi de France avait vainement tenté peu auparavant (entrevue de Montmirail ', 6 janvier) de réconcilier l'archevêque avec son souverain. Une fallut pas moins que la menace d'un interdit pour amener Henri îl à un accommodement. Rassuré par ses paroles de paix, Thomas Becket, ayant quitté Sens le 3 décembre 1170, était retourné en Angleterre et avait repris possession de son siège, quand, le 29 du même mois, quatre chevaliers, qui pensaient être agréables au roi, l'avaient assassiné au pied des autels. Cette mort avait à la fois rempli tous les cœurs d'une vive horreur pour le crime et d'une profonde pitié pour le sort de la victime. Thomas Becket avait donné sa vie pour la défense de la justice et de la liberté ; le caractère sacré de la cause pour laquelle il avait si vaillamment combattu, les prodiges opérés par ses restes vénérés avaient bientôt attaché au nom du pontife martyr le titre de saint. De toutes parts on accourait à son tombeau.
Après y avoir accompli son pèlerinage, Louis regagna la France. Comme il y abordait le dimanche 26 août, il apprit la guérison de son fils. La cérémonie du sacre de Philippe-Auguste fut alors fixée à la Toussaint suivante. Conformément aux dispositions de la bulle du 13 avril précédent, qu'il avait reçue du pape Alexandre III, faisant « défense à tout autre que l'archevêque de Reims de sacrer « ou de couronner le roi de France, ainsi que le veut l'antique « coutume-, » Guillaume de Champagne^, prêtre-cardinal du titre
' Dans le département de la Sarlhe.
2 Arch. admin. de Reims, t. 1", p. 381. Une bulle do Grégoire X, dalcc du 3 des Calendes de septembre I27'p, confirma la bulle d'Alexandre, en la reproduisant tcxtuellemcjil.
3 Successeur de Henri de Franco, (jni élail inorf le 13 novendirc 1175.