NOTRE-DAME-AUX-NONNAINS
les travaux, poussés avec activité par un de ses neveux, Ancher, cardinal de Sainfe-Praxède, étaient déjà fort avancés. Mais la nouvelle collégiale était comprise dans la seigneurie de Notre-Dame-aux- Nonnains ; de plus elle avait été placée sous l'autorité directe du Saint-Siège, dotée de privilèges considérables et confiée à la garde puissante du comte de Champagne.
Cette situation parut aux religieuses pleine de dangers pour leurs intérêts, et, en 1266, l'abbesse, se rendant sur les lieux avec ses sœurs, ses converses et une foule de partisans armés, pénétra dans l'église. Les marbres qui décoraient le sanctuaire sont arrachés, les instruments de travail brisés, détruits, dispersés, les portes enlevées, emportées, e( le monument ouvert à tous les vents.
Clément IV, successeur d'Urbain IV, ne laissa pas impuni ce scandale, et pensant l'avoir étouffé sous une punition secrète, il donna l'ordre à son légat de bénir le cimetière de Saint-Urbain (1208); mais, au moment de la cérémonie, intervient l'abbesse en grande compagnie d'hommes dévoués et résolus. Elle entend s'opposer à l'accomplissement de la solennité, et, méprisant les censures dont le prélat essaie de soutenir son autorité méconnue, elle le repousse violemment hors de l'enceinte sacrée.
Tant d'audace décide alors le pape à déférer l'examen de l'affaire à des juges qui l'instruisent, sans obtenir des rebelles satisfaction, et qui pensent briser les résistances en frappant de l'excommunication l'abbesse de Notre-Dame, ses religieuses et leurs complices (mars 1268). Mais cette condamnation devait peser jusqu'en 1282 sur les coupables sans terminer encore le différend, l'abbesse prétendant avoir part à la nomination des chanoines et exercer sur l'église son patronage. Ce ne fut, chose incroyable, que cent ans plus tard (1389) qu'eut lieu la dédicace de la collégiale, gracieux monument dont la légèreté n'a rien de comparable et qui fait l'admiration des hommes de l'art : car à lui seul il résume, en les exagérant avec une grande adresse, toutes les théories des constructeurs de « l'école gothique » '.
^ Voyez-on la description dans le Dictionnaire raisonné de Varchitecture en France du Xl" au XVI* siècle, au mot Cathédrale, f. II, p. 341.
LA CHAMPAGNE FEODALE 1270-1274.
§ V. — Henri III le Gros, XVII^ comte de Champagne. 1270-1274.
Henri III, fils de Thibault IV, administrait en qualité de régent les états de son frère, quand il fut appelé à recueillir son héritage. Prince d'un naturel pacifique et d'un embonpoint excessif, il eut à peine le temps de fixer sur lui l'attention. Suffoqué par la graisse, il mourut le 22 juillet 1274 .
Thibault lui avait fait épouser, en 1269, Blanche, fille de Robert I""", comte d'Artois, et nièce de saint Louis, qui lui donna un fils nommé Thibault et une fille appelée Jeanne. Mais le fils périt malheureusement au château d'Estella : comme sa nourrice, par manière de jeu, le faisait sauter sur ses bras au-dessus d'un précipice, elle l'y laissa tomber ; elle-même, en voulant le retenir, y fut précipitée et eut le même sort que le jeune prince.
§ VI. — Jeanne, comtesse de Champagne.
La mère de Jeanne sauve la Navarre de l'ambilion de Pierre d'Aragon, on arrêtant le mariage de sa fille avec Philippe le Bel. — Elle épouse, de son coté, le frère du roi d'Angleterre, Edmond de Lancastre, qui fait hommage à Philippe le Hardi comme régent du comté de Champagne, et qui on confie l'administration à Jean d'Acre. Cruauté avec laquelle ce gouverneur châtie un soulèvement du peuple à Provins. — Majorité de Jeanne et fin de la régence ; son mariage. Effet des droits acquis par Edmond en Champagne. — Goûts littéraires de Jeanne ; elle fonde le collège de Navarre. — Fondation de celui de Rethel.
Jeanne n'avait que dix-neuf mois quand elle perdit son père. Henri, se sentant près de mourir, avait eu soin de la faire reconnaître par la noblesse navarraise comme légitime héritière du trône. Toutefois Blanche d'Artois crut bon d'aller au-devant des susceptibilités des barons en remettant le gouvernement de la Champagne à don Pedro Sanchez de Montagudo (27 août 1274), et de désarmer l'ambition de Pierre d'Aragon en promettant la main de Jeanne à Jaymc, son fils aîné.
Mais l'attente de cette union devait être longue, et Pierre était impatient. 11 alla trouver à Puenle-la-Reina (30 septembre) les cortès