JEANNE
Quand mourut la princesse (1304), après avoir donné au roi trois fils, Louis le Hutin, Philippe le Long et Charles le Hcl, et trois filles, dont la seconde, Jeanne, devait épouser, en janvier 1308, Edouard 11, roi d'Angleterre, le comté de Champagne fut distrait du royaume au profit de Louis le Hutin, l'aîné de ses fils. Ce fut véritablement à l'avènement de ce prince au trône (29 novembre 1314) qu'eut lieu la réunion de la Champagne à la couronne.
Mais hâtons-nous de rappeler que le dernier monument de la grandeur de la maison de Champagne, monument d'autant plus respectable et plus auguste, dit Grosley, qu'il avait le bien public pour fondement et pour objet, est dû à la libéralité de l'épouse de Philippe le Bel, qui, non moins éloquente et belle que généreuse, aimait les lettres et se plut à les protéger. Ce monument, c'est le collègede Champagne, plusconnu sous le nom de collègede Navarre, qui, bien qu'établi en faveur des pauvres étudiants champenois, présentait cet avantage d'être ouvert, sans distinction de nation, à toute la jeunesse française, et d'où sont sortis tant de grands hommes, que Mézeray l'appelle le berceau de la noblesse française et l'honneur de l'université de Paris ' .
Ce collège fut fondé en 1304, douze ans après celui Me Relhel (1292), également créé à Paris par un nommé Gautier, natif de Launois au diocèse de Reims, en faveur de pauvres écoliers du Rethélois ou des lieux circonvoisins. L'abbé de Saint-Denis et le prieur de Saint-Remy de Reims devaient choisir les personnes aptes à jouir de cette dernière fondation, et un clerc du Rethélois devait, comme économe, distribuer six deniers par jour aux écoliers, douze aux plus diligents.
« Ainsi, dit Baugier, finit, après environ quatre siècles, en la « personne d'une grande reine, suivant la vicissitude ordinaire de « toutes les choses humaines, la race illustre des comtes de « Champagne, alliés avec les empereurs, les rois de France, a d'Angleterre, de Navarre, de Jérusalem, de Chypre, les ducs de « Lorraine, de Normandie, de Bourgogne, les comtes de Flandre, « d'Artois, de Namur, d'Auvergne, en un mot atout ce qu'il y avait
' C'est dans les bâtiments de ce collège qu'en 1804 un décret impérial transféra du petit Palais-Bourbon l'Ecole Polytechnique pour faire place à l'Ecole des Ponts-et-Chaussées.
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« de plus grand dans l'Europe ». Ainsi finit, ajouterons-nous, cette race généreuse et magnifique qui se montra si prodigue de bienfaits envers l'Eglise, de franchises et de libertés envers le peuple, et qui, en secondant le Saint-Siège dans ses luttes contre la barbarie féodale, mérita de l'avoir pour ami et de le trouver ensuite pour allié dans les temps difficiles qu'elle eut elle-même à traverser.
Mais pour la mieux juger encore, pour nous faire une idée exacte des services qu'elle a rendus à la cause de la civilisation chrétienne, il importe que nous revenions un moment sur nos pas, après avoir succintement exposé l'histoire delà ville de Langres depuis l'époque où nous l'avons laissée.
§ VIL — Langres, de 1169 a 1307.
Langres reçoit de l'évéque Robert III de Torote une charte qui met fin à tous les dissentiments. Le cliapitre ne tarde pas à compléter l'œuvre épiscopalc par le sacriDce de ses privilèges particuliers. Langres, ainsi devenu libre, songe à se proléger contre les ennemis du dehors.
Les chartes de Gauthier n'avaient pas affranchi toute la ville de Langres : un partage du comté, opéré par son successeur Manassès, en avait réservé un tiers au chapitre, qui continua d'exercer sur ses hommes la plénitude de sa puissance. Ceux-ci restèrent donc taillables de haut et de bas {de alto et basso), et exposés aux contributions arbitraires. D'ailleurs Gauthier, en supprimant la taille à volonté, s'était tu sur le reste de l'administration, et les bourgeois de Langres avaient constamment à lutter contre les entreprises des officiers de l'évéque. Pour mettre un terme à tous les dissentiments et assurer à chacun bonne justice, après avoir obtenu de saint Louis. en 1233, des lettres qui interdisaient « à tous les chevaliers et autres « hommes de l'évéque de Langres » de faire entre eux des cottfédérations et des serments, attendu que ces choses étaient contraires au droit du prélat, comme à celui de la couronne ', Robert 111 de Torote se décida à donner à la ville de Langres une nouvelle charte plus explicite que les précédentes (mai 1234).
A l'avenir les rôles d'impôls seraient dressés avec son consentement par des bons-hommes de la ville {boni viri) assermentés,
^ Précis de ïhist. de Langres par Migneret, p. H9.