SOUS LES DUCS
à Metz en o90 : dépossédé de l'épiscopat et relégué à Strasbourg, il fut remplacé sur le siège de Reims par Romulphus, fils de Loup.
Loup eut pour successeur Wintriox, que l'aristocratie austrasienne lui avait peut-être déjà substitué en o81. Appelé par la mort de son oncle Gontran (o93) à posséder la Bourgogne, et jaloux d'y joindre la Neustrie, où régnait un enfant, Glotaire II, fils de Chilpéric, Childebert confia au nouveau duc le commandement do l'armée qui devait lui en assurer la possession. Mais une ruse do Frédégonde et de Landry, maire du palais neustrien, vint ruiner ce projet ambitieux. Wintrion était campé à Droissy près de Soissons, et, la veille du combat, ses soldats avaient bu la bière jusqu'à l'ivresse. Quand le lendemain, à leur réveil, ils aperçurent en face de leur camp de nombreux arbres, et entendirent un bruit de sonnettes, ils demeurèrent tout interdits : « Ce lieu », disait chacun à son voisin, « n'était-il pas hier une plaine découverte ? D'où vient « donc que nous y voyons aujourd'hui une forêt ? » Mais l'autre se mettait à rire en disant : « Tu as trop bu, et maintenant tu déraisonnes. « N'entends-tu pas que ce sont les clochettes de nos chevaux qui « paissent le long de ces bois ? » Ils n'étaient pas revenus de leur surprise que tout-à-coup la forêt se mut, et que les Neustriens, rejetant le feuillage dont ils s'étaient couverts, se précipitèrent sur les Austrasiens au son des trompettes et en tuèrent la plus grande partie. Frédégonde, ainsi victorieuse, s'avança jusqu'à Reims sans rencontrer d'obstacle ; elle mit la Champagne au pillage, saccageant et brûlant tout sur son passage, puis elle ramena à Soissons son armée chargée de butin (593).
Trois ans après (596), mourait Childebert. Wintrion, de son côté, ne survécut que cinq ans à sa défaite ; en lutte avec Brunehild, il périt assassiné par l'ordre de cette princesse (598). Il laissait une fille nommée Glossinde, qui mérita par ses vertus d'être rangée parmi les saints, et que la ville de Metz honore d'un culte particulier.
Après Wintrion, on ne trouve un nouveau duc de Champagne qu'à la date de 674 ; mais cet intervalle de temps n'est pas perdu pour l'histoire. C'était l'époque des rivalités d'ambition des descendants de Clovis, et des luttes de l'aristocratie avec la royauté, de l'Austrasie avec la Neustrie. Deux fois vainqueur de son frère Théodcbert, roi d'Austrasie, Théodoric, fils de Childebert, venait
de réunir à son royaume de Bourgogne les états de ce prince, où était comprise la Champagne (613). Mais le triomphe de Théodoric était celui de Brunehild, son aïeule, que les leudes de Bourgogne, non moins que ceux d'Austrasic, craignaient et haïssaient. Les alarmes dos uns et des autres s'accrurent, quand, Théodoric étant venu à mourir tout-à-coup, Brunehild manifesta le dessein de lui donner pour successeur Sigebert, l'aîné de ses fils. Ils s'entendirent avec Clotaire, roi de Soissons, et l'engagèrent secrètement à envahir l'Austrasie. Sigebert alla au devant de lui à la tète d'une armée d'Austrasiens et de Bourguignons, et s'avança jusque « sur le territoire de Chàlons-sur-Marne et vers les bords de l'Aisne » ' ; mais, à peine se trouvait-il en présence de Clotaire que ses troupes prirent la fuite pour retourner dans leur pays (613). En feignant de les poursuivre, le roi de Soissons arriva jusqu'à la Saône, où, abandonné des siens, Sigebert lui fut livré et mis à mort avec un de ses frères. Cette fin tragique, bientôt suivie du supplice de Brunehild, étendait la domination de Clotaire sur tous les Franks.
Mais les grands n'avaient pas entendu seconder l'ambition de Clotaire sans tirer de leurs services quelque avantage. Si ceux de Bourgogne obtinrent de ce prince toutes les grâces qu'ils jugèrent utile de lui demander (Assemblée de Bonneuil-sur-Marne, 616), les Austrasiens ne pouvaient songer à négliger leurs intérêts : ils firent si bien que Clotaire leur donna son fils Dagobert pour roi (622), se réservant avec le gouvernement de la Neustrie et de la Bourgogne « tout le pays jusqu'aux Ardennes et aux Vosges ».
Le jeune roi, grâce à la sagesse des conseillers Arnoulf, évèque de Metz, et Pépin de Landen, que lui avait donnés son père, « régnait depuis trois ans avec bonheur », quand, au milieu des fêtes de son mariage, « il s'éleva tout-à-coup entre le père et le fils « une sérieuse querelle. Dagobert [peu satisfait des limites que « Clotaire avait assignées à l'Austrasie] demandait, pour le sou- « mettre à sa domination, tout ce qui avait autrefois appartenu à « ce royaume [du côté des Ardennes et des A^osges], et Clotaire « refusait avec force de lui céder. A la fin les deux rois choisirent « douze seigneurs d'entre les Franks, pour que leur jugement « terminât cette contestation ; et parmi ces seigneurs était Arnoulf
' Frédôgairc.