‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 8 sur 164 · SOUS LES DUCS · texte numérisé non relu

SOUS LES DUCS

« avec d'autres évoques... Ils décidèrent que Glotaire ferait droit à « la demande de son fils ; et ainsi Glotaire ne garda que les pays « placés en deçà de la Loire avec la Provence (625) » '. Reims et Chàlons demeurèrent Austrasiens jusqu'à la chute de la dynastie mérovingienne.

Il y avait un an que ce partage était opéré, quand vint à mourir (626) Varnachaire, maire du palais, qui avait beaucoup aidé à la perte de Brunehild et aux succès de Glotaire. Peu d'années après sa mort, ce prince « réunit à Troyes les grands de Bourgogne, et leur demanda s'ils voulaient créer un autre maire à la place de Varnachaire ; ils refusèrent unanimement, . . . demandant avec instance au roi la faveur de traiter directement avec lui » ^. Et il la leur octroya volontiers.

A la mort de son père (628), Dagobert vint avec une armée en Bourgogne et enNeustrie, pour s'assurer de ces royaumes. «Arrivé « à Reims, et comme il marchait vers Soissons, tous les évêques et « ducs du royaume de Bourgogne se réunirent en son pouvoir. Les « évêques et les grands de la Neustrie se soumirent également à « Dagobert. Ce prince occupa donc tout le royaume de Glotaire » ^. Il crut sage, pour affermir son autorité dans la Bourgogne, d'en parcourir les principales villes, et il s'y signala, particulièrement à Langres, par une telle équité à l'égard des petits et des grands, « que partout on le regarda comme tout-à-fait agréable à Dieu » *. Il régna dix ans avec bonheur, et lorsqu'il mourut (638), son plus jeune fils, Glovis, bénéficiant des dispositions qu'il avait concertées avec les grands de la Neustrie et de la Bourgogne quatre ans auparavant, lui succéda dans cette partie de ses états. Tous les ducs du royaume, réunis dans le domaine de Maslay, près de Sens, l'acclamèrent roi ^

Mais ce n'est point dans ces obscures révolutions politiques que

1 Yie de Dagobert 7".

- Frédég. — Néanmoins le premier pas était fait, et la mairie devint élective sous les premiers successeurs de Dagobert. C'étaient auparavant les rois qui nommaient le maire, comme les autres officiers du palais.

•* Yie de Dagobert.

•'' Frédég.

^ Yie de Dagobert.

se trouve pour l'historien le véritable intérêt de la période que nous parcourons.

C'était aussi l'époque où l'apôtre saint Amand, d'une illustre famille gallo-romaine, faisait goûter aux villes de Meaux, de Sens, Troyes, Chàlons et Reims, les enseignements de la religion ; où l'irlandais Monon, une clochette à la main, parcourait l'Ardenne, conviant les populations à entendre la parole divine ; c'était l'époque où, à la suite du concile tenu à Reims en 630, les statuts synodaux de Sonnatus affirmaient l'unité de la foi, et recommandaient le viatique de l'eucharistie aux fidèles appelés à faire un long voyage; c'était celle où commençait de fleurir chez les Franks la vie monastique, et de s'adoucir sous la main des moines la nature sauvage de la province. Après l'abbaye de Nesle-la-Reposte, dont la tradition fait remonter l'origine à la reine Glotilde ; après celle de Saint-Thierry, fondée sur le Mont-d'Or par l'aumônier de saint Rémi •, et enrichie par l'activité laborieuse de saint Théodulphe, dont les habitants du lieu honorèrent les travaux agricoles en suspendant, comme une relique, sa charrue dans leur église, le pVêtre Baudry jetait sur les confins du diocèse de Reims, dans une solitude hérissée de bois, les fondements de l'abbaye de Monfaucon (625).

Bientôt (660), sur le flanc d'un coteau boisé qui regarde Epernay, saint Nivard, évêque de Reims, élevait l'abbaye à'Hauvillers et en remettait la direction à son compagnon Berchaire, le futur fondateur de l'abbaye de Montiérender -. C'était l'année même où, à l'imitation de saint Nivard, son frère, saint Gombert, maire du palais, et sainte Berthe, femme de Gombert, fondaient au sein de la vallée d'Aure la célèbre abbaye ài'Avenay*. Quatre ans plus tard (664), au lieu où avait été inhumé saint Basle, Yerzy, par les soins de l'archevêque de Reims, recevait à son tour une colonie religieuse qui devait garder le nom du gentilhomme limousin mort en ce lieu.

La ferveur irlandaise n'avait point été étrangère à ces pieuses créations ; car le fondateur de Luxeuil, saint Colomban, en faisant admirer aux populations les merveilles de la vie monastique, avait singulièrement contribué à en multiplier les foyers. Mais chez les

1 Thierry mourut on 633 ; il était tils d'un i'anioux bandit. * Berchaire mourut en 683.

Page 1