‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 75 sur 164 · ET LES FILS DE PHILIPPE LE BEL · texte numérisé non relu

ET LES FILS DE PHILIPPE LE BEL

assignées sur le comté d'Angouléme et ses dépendances, plus 50,000 livres tournois destinées à acheter des terres dans le royaume (27 mars 1317). Par le même traité, Jeanne était donnée en mariage à Philippe, comte d'Evreux, neveu de Philippe le Bel, et Eudes recevait le prix de sa complaisance pour le roi, en épousant jiar parole de présent la fille de celui-ci, et en joignant à son duché le comté de Bourgogne, qui appartenait à Jeanne, mère de sa femme.

Philippe le Long n'avait pas attendu cet arrangement pour s'occuper des intérêts de la Champagne.

Les ligues qui s'étaient formées la dernière année du règne de Philippe le Bel ne s'étaient pas dissoutes à sa mort. Elles subsistaient encore à l'avènement de Philippe le Long', et ce prince, afin d'en paralyser l'action, avait invité les nobles à lui prêter serment. Puis, comme ils continuaient à pressurer le pauvre peuple, sur les plaintes qui lui en étaient parvenues il avait réuni à Paris les représentants de certaines bonnes villes, qui, après avoir exposé leurs doléances, demandèrent à être autorisées à repousser elles-mêmes la force par la force (12 mars 1317) '. S'empressant de déférer à la requête, Philippe avait fait une ordonnance portant établissement dans ces bonnes villes d'un capitaine chargé de la défense d'icelles et soumis à l'autorité d'un capitaine g énèr al « en chascune baillie « et contrée». Il eut ainsi en peu de temps une armée 'prête à réprimer les tentatives d'insurrection de la noblesse, et il put contenir la turbulence des seigneurs.

Philippe avait envoyé son ordonnance aux baillis de Vermandois, de Sens, de Trot/es eX de Meaux, et il semblait qu'elle dût y être bien accueillie de tous ; mais des lettres adressées à Reims, le 21 avril 1317, témoignent des alarmes de plusieurs pour leurs privilèges ; car le roi y déclare qu'il n'a pas entendu porter atteinte aux droits de l'archevêque et de l'Eglise de Reims, mais qu'il a voulu uniquement tenir en échec la perversité de ceux qui portent envie à la paix du royaume et à la tranquillité du peuple *.

* V. sur ce sujet un intéressant mémoire de M. N. de VVailly dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , t. XVIII, t^ partie, p. 503 etsq.

^ Ordonn. des rois de France, t. 1^'', p. 626.

^ Les armes étaient déposées dans des arsenaux {Id., p. 635).

* Id., p. 635.

294 LA CHAMPAGNE I3ii 1328,

Le 20 mars, il écrivait au bailli de Meaux pour se plaindre du peu de sécurité qu'offraient les chemins de sa comté de Champagne, et il l'invitait à prendre, s'il voulait échapper à son courroux, toute mesure et diligence pour « que les gens du pais et d'autres pais, « marcheans et autres, puissent shurement aler, venir et leurs « marchandises » ^ L'année suivante (J'"'' juillet 1318), c'étaient les guerres privées qu'il mandait au bailli de Vermandois de faire cesser sous peine de prison pour les contrevenants. L'interdiction était motivée par la guerre contre les Flamands ; mais elle devait durer « jusques à tant, disait le roi, que vous en mandions nostre « volonté »^.

he's, prélats, barons, chapitres et bonnes villes du royaume avaient été appelés, le «jour de la feste Nostre-Damede Chandeleur » 1319, à donnerleuravis sur les moyens d'alléger les impôts, en pourvoyant aux charges de l'Etat, et ils n'avaient pas manqué de représenter ce qu'avaient d'odieux pour le peuple \?i gabelle à\x?,Q\ et les impositions de (/z/a^re deniers pour livre. Dans l'ordonnance qu'il fit, le 2o février suivant, en réponse à leurs doléances : Notre intention n'est pas, dit Philippe le Long, que lesdites gabelles et impositions durent à toujours et soient mises en notre domaine. Nous voudrions, au contraire, « pour la déplaisance qu'elles font à nostre « peuple )), que, « par bon conseil et avis, bonne voye et convenable « fust trouvée par laquelle l'on mist bonne provision sur le fait de « nostre guerre, et lesdites gabelles et impositions fussent abattues « à toujours ». Le problème assurément n'était pas facile à résoudre : en dépit des plaintes de la nation et du bon vouloir des rois, la gabelle devait subsister ^.

Ainsi la coutume devait-elle avoir raison de l'un des plus sages projets de réformes delà royauté. Philippe avait eu la pensée d'établir dans le royaume une mesure uniforme pour le vin, le blé et toutes les marchandises, et de réduire toutes les monnaies à un même poids et titre. Mais l'exécution de son dessein rencontrait une opposition sérieuse dans la noblesse, jalouse de sauvegarder les

* Ordonn. des rois de France, p. 635. — Dans le même mois de mars de la m^'ine année, il confirma les privilèges accordés à Fisnics par Thibanll, comte de Champagne, en janvier 1226.

« Ibid., p. 655,

3 Recueil des anc. lois du royaume par Isambert. t. 111, p. 107.

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