LA CHAMPAGNE ET PHILIPPE VI
Jeanne recouvrait dès lors tous ses droits sur la Champagne et sur la Brie ; mais Charles le Bel, à l'exemple de Philippe son frère, n'hésita pas à s'approprier le comté, comme il avait recueilli contre les propres filles de Philippe le bénéfice de la loi qui avait assuré le trône à ce prince. Charles en fut quitte pour garantir à Jeanne et à Philippe d'Evreux, son époux, une légère augmentation d'indemnité. Par un traité fait entre le 19 novembre 1323 et le 28 juin 1325, Philippe devait avoir pour récompense de la Champagne et de la Brie 15,000 livres de rentes à tournois, assignées sur le comté d'Angoulême et la châtellenie de Mortain ; Jeanne, au lieu de 50,000 livres que lui donnait la convention antérieure, en recevrait 70,000 et tiendrait le tout en pairie.
A la mort de Charles, décédé sans enfants mâles (l*"" février 1328), Philippe de Valois, qui lui avait succédé dans les mêmes conditions et qui n'avait pas manqué de se faire sacrer à Reims le 28 mai ', eut à soutenir de la part de Jeanne et du comte d'Evreux la revendication de leurs droits sur la Navarre, la Champagne et la Brie. Forcé d'en reconnaître la validité, il renonça à toutes prétentions sur la Navarre, et restitua ce royaume à Philippe, à condition qu'il serait fait abandon absolu de la Champagne et de ^a5>7> en échange des comtés de Mortain et d'Angoulême et des 70,000 livres précédemment accordées à Jeanne (14 mars 1336)^. Bientôt cette princesse, parvenue à la majorité parfaite de 25 ans, confirmait avec son mari le traité par lettres de juillet 1336, et consacrait l'indissoluble réunion de la Champagne et de la Brie à la couronne. Toutefois ce ne fut qu'en novembre 1361 que, par lettres patentes, le roi Jean, fils et successeur de Philippe de Valois, ordonna expressément cette réunion 3.
Mais du mariage de Jeanne et de Philippe d'Evreux était né, en 1332, un fils appelé Charles. Ce jeune prince, que ses nombreuses
* V. sur le festin du sacre les Yariétés historiques et arehéoJogiques de M. E. de Barthélémy, VI* série, p. 26.
2 Selon le Continuateur de Nangis, 1328, Philippe lui aurait donné hors de la Champagne, dans le comté de la Marche, des revenus qui égalaient ceux des deux provinces.
•* V. sur cette question de la réunion de la Champagne à la couronne le Mémoire de Secousse, dans le (orne XVII des Mémoires de rAcadémic des Inscriptions et Belles-Lettres.
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perfidies firent surnommer le Mauvais, se souciant peu des lettres patentes du roi Jean et des engagements paternels, en appellera de tous les traités passés, et ne craignant pas de s'armer successivement contre son royal beau-père et son beau-frère, Charles V, s'unira tour à tour contre eux aux ennemis de la France, et aux perturbateurs de la paix publique.
Bien qu'annexée de droit au royaume, la Champagne était alors en quelque sorte partagée entre différentes maisons, dont les propriétés, villes et châteaux-forts entravaient les possessions de la couronne et présentaient aux ennemis de la royauté autant de points d'attaque et de défense.
Le mariage de Blanche, veuve de Henri le Gros, comte de Champagne, avec Edmond de Lancastre, avait fait entrer dans les possessions de la maison d'Angleterre, indépendamment des villes et chàtellenies de Pont, de Mèry, de Nogent-sur-Seine, de Sèzanne et de leurs environs, détachés, dès 1199, du comté pour constituer le douaire de la veuve de Thibault IV, les chàtellenies de Rosnay et de Beaufort (Montmorency), qui passèrent aux mains de Jean, deuxième fils issu de ce mariage.
D'un autre côté, les indemnités payées à la fille de Philippe le Long, femme d'Eudes IV, duc de Bourgogne, pour obtenir l'abandon des droits que la succession de Jeanne de Champagne ^ pouvait lui donner sur la Champagne et la Brie, l'avait mise en possession de la chàtelleniede Ville niaur,^^ prévôtés de Maraye et de Vauchassis, des chàtellenies de Chaourceetde Metz-Robert, d'Isle et de Payns, riches en villages, forêts, terres labourables, et dont l'étendue répond à peu près aujourd'hui aux cantons d'Aix-en-Othe, d'Estissac, de Bouilly, de Chaource, et à une partie de ceux de Lusigny, de Barsur-Seine et de la banlieue de Troyes.
Les 70,000 livres accordées à Jeanne d'Evreux, avaient-elles été assises sur la Champagne ? on ne sait ; mais ce qu'établit le compte de 1341, c'est que cette princesse y jouit d'un bien beaucoup plus considérable qu'aucune femme de la maison de Champagne ; car il se composait des prévôtés de Pont, Nogent, Bray-sur-Seùte, Jouy-
' Dont elle était petite-fille, comme Jeanne d'Evreux.