‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 81 sur 164 · SOUS LE ROI JEAN · texte numérisé non relu

SOUS LE ROI JEAN

Quanta Jean, il n'obtint sa grâce (février 1353) qu'en s'engageant par traité à respecter désonnais les personnes et les biens de la ville de Langres, et, s'il avait contre elle quelque sujet de plainte, à faire valoir ses droits en justice '.

Jaloux de dissiper les défiances qu'il avait éveillées, Guillaume, évèque et duc de Leingres-, n'hésita pas, de son côté, à confirmer par une charte spéciale, datée « de Bourg, notre chastel, le 11*= jour « du mois d'aoust 1358, les privilèges, usaiges, droicts, franchises « et libertés » que la ville tenait de ses prédécesseurs, et qui avaient depuis souffert de nombreuses atteintes^. Parmi les dispositions que consacre cette charte, il en est une qui, en rappelant l'alarme de 1352, est bien propre à nous faire juger du peu de tranquillité dont jouissaient alors les populations : « Item, si aucun desdits « habitans crie de nuit : A la mort! sans cause raisonnable de la- « quelle sçavoir, il sera cru à son serment, soit homme ou femme. « Si suffisamment ne se pouvait montrer la cause, il paiera pour ce « six sous tournois monnaie courante : c'est à sçavoir li homme, « et la femme criant aussi, trois sous. »

Cependant Philippe de Valois était mort (1350), laissant la couronne à Jean son fils, qui se fit sacrer à Reims le 26 septembre suivant. La ville était presque dépeuplée tant par les hostilités des partis que par la peste qui sévissait toujours et la famine qui joignait à ces fléaux ses horreurs. 11 n'y avait plus ni meubles ni ustensiles : chacun avait sauvé ses effets dans les villages voisins défendus par des châteaux, et il fallut y aller quérir le linge de table et de lit nécessaire à la fête''. Celle-ci n'en fut pas moins brillante, elle dura huit jours.

Le nouveau roi, chez qui s'alliaient à d'héroïques vertus la violence et l'orgueil, ne sut que perpétuer, en les aggravant, les maux de la France. Après avoir blessé la noblesse en donnant sa

* Précis de l'histoire de Langres par Migneret, p. 134 et sq.

* C'est la première fois que l'évêque de Langres apparaît avec ce titre. 3 Guillaume fait principalement allusion à la charte que « Robert, par

« la grâce de Dieu, humljle ministre de l'Eglise », donna aux habitants de Langres en mai 1234, pour les soustraire aux exactions de ses officiers et leur assurer bonne justice. (V. Migneret, ibid., p. 120 et sq.)

■* V. sur le sacre les Variétés hist. et archéol. de M. E. de Barthélémy, YP série, p. 27.

confiance et l'épée de connétable à un étranger, Charles d'Espagne, qu'elle haïssait, quand il eut vu tomber ce favori sous le poignard des satellites de Charles le Mauvais (8 janvier 1354), Jean, comprenant que sa vengeance pouvait jeter son royal gendre ' dans les bras du roi d'Angleterre, lui pardonna (4 mars) et lui remit une partie de la Normandie en échange des livrées de terre qu'il lui avait promises en lui donnant sa fille, mais dont il ne s'était point pressé de fixer l'assiette. Puis, comme Charles, croyant avoir des motifs de se défier de la loyauté de son beau-père, s'enfuyait à Avignon, les troupes royales s'emparèrent de ses places normandes. Mais alors le roi de Navarre fit alliance avec Edouard, qui promit de l'aider à rentrer dans ses domaines. La guerre devenait inévitable. Dans cette attente, il importait à Jean de s'appuyer sur la nation, afin d'en obtenir les subsides que réclamaient les circonstances. Ainsi, depuis Philippe le Bel, en avaient usé ses prédécesseurs : et de fait, de 1295 au règne de Charles V (1364), les réunions provinciales ou nationales, les états généraux ou particuliers furent si fréquents qu'on n'en compte pas moins de 70.

Les états généraux'^ de 1355 (2 décembre), où furent conviés plus de 400 députés des bonnes villes de France, parmi lesquelles furent particulièrement représentées celles de la Champagne, firent acte du plus grand dévouement à la cause du roi. Le chancelier ne leur avait demandé qu'une aide « qui feust souffisante pour faire « les frais de la guerre » : par leurs orateurs, Jean deCraon, archevêque de Reims, Gauthier de Brienne, duc d'Athènes, et Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, en se déclarant prêts à vivre et à mourir pour le roi, ils accordèrent la solde de 30,000 hommes d'armes, estimée cinq millions de livres parisis. Mais c'était à des conditions telles qu' « on ne sait, dit M. de « Chateaubriand, où des bourgeois à peine émancipés, où des prélats « et des seigneurs féodaux avaient pu puiser des notions aussi claires « du gouvernement représentatif, au milieu des préjugés du temps,

^ Il lui avait donné en mariage sa fille aînée Jeanne, en février 1353, promettant de lui donner, avec 100,000 deniers d'or à Pécu, 12,000 livrées de terre.

- C'est dans les actes de celte asscnd)lée (lu'apparaît pour la première fois le nom des trois états généraux. [Hist. des étdts généraux par le comte ïhlbaudeau, t. 1", p. 122).

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