‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 86 sur 164 · ET LES BANDES ANGLO-NA VARR AISES · texte numérisé non relu

ET LES BANDES ANGLO-NA VARR AISES

tourbillon, et tous deux tombèrent sur la place, et après, dit le chroniqueur, on n'y trouva que poussière. Ses compagnons tout ébahis promirent à DieuetàNotre-Damedene voler ni de ne dérober dans les églises. Je ne sais, ajoute-t-il, s'ils ont tenu ce serment.

Non loind'Audley, un écuyor d'Allemagne qui s'appelait Albreckt, avait pris ses quartiers le long de la Marne, depuis Château-Thierry jusqu'à Vitry-le-François ; il occupait particulièrement « la bonne « ville de Rosnay et le fort château de Hans », d'où il menaçait Reims, Epernay, Vertus et Sainte-Ménehould en Perthois.

Ces trois capitaines tenaient, tant dans la haute que dans la basse Champagne, plus de soixante châteaux et places fortes, et pouvaient mettre en campagne plus de 2,000 combattants ^ Ajoutons qu'ils avaient en dehors de la province un concurrent redoutable dans Robert Canolle(Knolles), ancien ouvrier tisserand devenu le plus riche et le plus puissant sans contredit de tous ces capitaines. Celui-ci se vantait de ne faire la guerre ni pour le roi d'Angleterre ni pour le roi de Navarre, mais pour lui-même, et il avait fait graver sur ses armoiries cette devise :

Qui Robert CarioUe prendera Cent mille moutons gagnera.

Il tenait garnison à Châteauncuf-sur-Loire (Loiret), dont il s'était emparé en octobre 1358 ; mais il s'était vite étendu, et il occupait Malicorne ^. 11 avait bien sous ses ordres deux ou trois mille combattants, et possédait 200,000 florins et 40 bons châteaux. Il surprit un jour Auxerre (10 mars 1359), et la ville, qu'il tint plus de six semaines, n'échappa à la ruine qu'en acquittant une énorme rançon, dont l'église Saint-Germain d' Auxerre avait dû garantir le parfait payement en engageant à Knolles ses joyaux.

L'exemple était bon à suivre, il tenta Pierre d'Audley. « Il courait « presque tous les jours jusques aux portes de Châlons et autour « de la cité ; et ne pouvait-ce être qu'ils n'imaginassent et considé- « rassent là où était le plus fort et le plus faible. » Quand il eut bien pris connaissance de la situation, et qu'il vit la rivière de Marne

* Froissart, édit. Siméon Luce, p. 133, et Buchon, p. 392.

* Dans l'arrondissement de Joigny.

« bien basse », car on était au mois d'août, et « il faisait malement « grand'chaleur de temps », il prit avec lui 400 combattans tirés des cinq ou six forteresses qu'il avait autour de lui, et quittant le soir Beaufort, « chevauchèrent tant que, environ mie nuit, ils vinrent au « point où ils tendaient à passer la rivière ' ». Là ils mettent pied à terre, et laissant leurs chevaux à leurs varlets, ils franchissent aisément la Marne et se dirigent sur l'abbaye de Saint-Pierre. Le bruit de leur marche, celui de leurs armes qui sonnaient et retentissaient éveillent l'attention des gardes, qui, s'émerveillant, se demandent « que ce pouvait être. » Mais bientôt, l'ennemi s'avançant toujours, ils comprennent et se disent entre eux : « Par le corps « Dieu, vecy ces larrons anglais et navarrais qui viennent pour « nous écheller et prendre. Or tost,or tost, faisons noise; éveillons « ceux de la cité, et les aucuns aillent vers Saint-Pierre pour savoir « que ce peut être. » Mais à peine avaient-ils eu le temps de jeter l'effroi dans la ville que Pierre Audley et ses hommes, franchissant le mur d'enceinte de Saint-Pierre, qui n'avait pas plus de quatre pieds de haut, et enfonçant la porte de l'abbaye, entrent dans la rue qui est grande et large. Trahis! trahis! à l'arme! à l'arme! criaient de toutes parts les habitants. « Les premiers qui s'avancè- « rent furent tous tués et rués par terre, et en y eutgrand'foison de « navrés et affolés, » car il n'y avait pas de chef, le capitaine de la cité, Pierre Debar, venant de la quitter avec ses cent lances faute de paiement. Cependant les bourgeois se réunissent et disputent le terrain, non sans grand dommage des leurs. Refoulés jusqu'aux ponts de Marne -, ils prennent le parti d'en rompre un, afin de porter sur l'autre tous leurs efforts ; bien leur en prit. Ils luttèrent ainsi jusqu'à midi, alors qu'Eudes, sire de Grancey, qui avait eu vent la veille du dessein des Anglais, et qui connaissait l'abandon de la ville, arriva avec 60 lances : il y avait là messire Philippe de Jaucourt, messire Ancel de Beaupré, messire Jean de Germignon et plusieurs autres. Ils firent si bien qu'ils entrèrent à Chàlons au

' Froissart, Siméon Luce, p. 153, et Biichon, c. Lxxxix, p. 399. Ce passage était au-dessus de la ville, et proljableniciit près de Coolus.

* C'esl-à-dirc jusqu'au bras de la Marne (pii s'appelle le Mau, et qui fermait à l'est la cité. Deux ponts s'y trouvaient : celui des Chanviers, près de la place au Chétif, et le Pout-Putte-Savatte.

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