‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 93 sur 164 · LES NOUVELLES BANDES ANGLAISES · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES BANDES ANGLAISES

« grand argent, et puis s'en partiront ^ ». C'étaient principalement ceux qui avaient assez gagné au métier de la guerre et qui étaient fatigués de la l'aire. De ce nombre l'ut Lùistache d'Aubreciconrt, qui, après avoir rendu au comté de Relhel, pour 25,000 deniers d'or, les forteresses de Maure et d'Attigny, et vendu au duc de Bar celle d'Autry 8,000 florins d'or au mouton, s'en alla épouser en Angleterre, le 29 septembre 1360, la nièce de la reine d'Angleterre, Isabelle de Juliers, qui l'avait si fort admiré dans ses exploits belliqueux, et pour qui, après tout, il était devenu par ses rapines un assez beau parti.

Mais il y en eut qui, alléchés par les avantages du métier, et ne voulant point être rebelles au roi d'Angleterre, trouvèrent le moyen de tout accommoder « en faisant comme aiq)aravant sous « ombre du roi de Navarre, et ce furent ceux qui se tenaient sur « les marches de Normandie et de Bretagne- ». D'ailleurs l'armée anglaise que la paix venait de dissoudre avait compté dans ses rangs bien des étrangers, Allemands, Brabançons, Flamands, Hainuyers, Bretons, Gascons, voire même mauvais Français que la guerre avait appauvris et qui avaient pensé recouvrer par la guerre ce qu'ils avaient perdu. Ceux de ces étrangers « qui avaient « appris à piller et qui bien savaient que le retour en leur pays « ne leur était pas bien profitable, ou qui n'osaient y rentrer pour « les vilains faits dont ils étaient accusés, se recueillirent ensemble, « et ayant élu pour capitaine tout le pire d'eux, ils chevauchèrent « en suivant l'un l'autre. Si se réunirent premièrement en Cham- « pagne et en Bourgogne et firent là grandes routes et grandes « compagnies qui s'appelaient les Tard-venus'^, pourtant qu'ils « avaient encore peu pillé au royaume de France. Si vinrent et « prirent soudainement en Champagne le fort Chàtel de Joinville, « avec toutes les richesses qu'on y avait assemblées de tout le « pays environ, sur la fiance du fort lieu, et qui bien étaient « prisées à cent mille francs. Us les départirent entre eux, tinrent « le châtel un temps, courant de là et gâtant tout le pays de « Champagne, l'évèché de Verdun, de Toul et de Langres ; et

' Froissait, édit. SiiiiL'on Lace, t. VI, p. 24-2.J, cl Bucliou, p. 'i40.

2 Id., ijjid.

3 Id., édit. Siméon Luce, iljid., p. 60, et Bnchon, 1. II, c. Li, p. 64.

352 LA province; DE CHAMPA(iNE 1361-1364.

« quand ils eurent assez pilk*, ils passèrent outre, mais non sans « avoir auparavant vendu le chàtel à ceux du pays, et en eurent « 20,000 fr. Et puis entrèrent en Bourgogne, où ils firent moult « de maux et de vilains faits ; car ils avaient de leur accord aucuns « chevaliers etécuyers du pays, qui les menaient et conduisaient ^ ». Leur nombre s'accrut bientôt, et ils n'étaient pas moins de 15,000 au « caresme de l'année 1361. » La victoire qu'ils remportèrent à Briguais, le 6 avril 136!^ '^ sur la chevalerie de la Bourgogne, de l'Auvergne, du Bourbonnais, du Lyonnais, du Dauphiné, en les multipliant encore, les enhardit et les rendit de plus en plus redoutables. Il n'était forfait qu'ils ne commissent, « et qui plus « de vilains faits faisait, c'était le plus preux et le mieux prisé. » Le pape dut faire prêcher contre eux la croisade; enfin, comme la Lombardie leur offrait avec l'appât d'un gros butin l'espérance d'une complète absolution, ils s'y rendirent en partie. Le reste se partagea en plusieurs compagnies, qui, commandées chacune par un capitaine, se répandirent dans les diverses provinces de France s.

Celle de Champagne ne pouvait être oubliée, alors surtout que le duc de Bourgogne, Philippe de Roure, étant venu à mourir le 21 novembre 1301, Charles de Navarre, qui prétendait à la possession du duché, en se le voyant enlever par le roi Jean, avait cru devoir réclamer en échange la Champagne et la Brie, « dont il se « disoit hoir et successeur ». Sa demande ne devait point être agréée, « car le roi le haïssait durement, et dit bien que jamais il « ne tiendrait un pied de terre en Brie ni en Champagne ». Jean alla même, peu de jours après la mort de son fils Philippe, jusqu'à déclarer la Champagne indissolublement unie à la couronne ''.

1 Froissart, édil. Siinéon Luce, t. VI. p. 60-()i, et Biidion, 1. 1, c. cxui p. 453.

2 Froissart, édit. Siméon Luce. t. VI, p. xxix, note 1 .

3 Id., édit. Siméon Luce, p. 74, et Buchon, ibid., p. 459.

* Ainsi (pie les duchés de Bourgogne et de Normandie et le comté de Toulouse : « Donamus, unimus, conjung-imus et inseparahililer solidanuis juribus dicte nostre coronc, dictos ducalnm Btirguudia', comilalus Campanie et Tolose ex nunc applicantes, appropriantes, cl iiilcr ca jiua nimicrantes, et sic solidatos in perpcliuim dicte corone per prajsentcs volnmus ac decernimus unitos, quoscuuKpie alios successores iu eisdem ducatu et

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Aussi le roi de Navarre, très courroucé, fit-il dos menaces et, après ravénement de Cluules Y (8 avril l.'JGl), des préparatifs . de guerre.

Taudis qu'il combattait à l'ouest, les compagnies qui s'étaient cantonnées en Champagne semblaient avoir pris pour centre de leurs opérations la place de Nogent-sur-Seine. De là les brigands parcouraient les deux rives de la Seine et tenaient le passage de cette rivière. Justement inquiète de ce voisinage, la ville deTroyes, sur l'ordre du vicomte de Tancarville, envoya contre eux une troupe d'arbalétriers, et bientôt le nouveau duc de Bourgogne vint mettre le siège devant Nogent (20 janvier 1364), d'où il les expulsa non sans peine.

Cependant Charles Y, jaloux de demander à l'onction sainte la consécration de son droit royal, quittait Paris pour la ville du sacre. Il était nriivé, le samedi 18 mai, aux portes de Reims, quand il reçut la nouvelle de la victoire que du Guesclin venait de remporter à Cocherel, deux jours auparavant, sur les troupes du roi de Navarre. Le jeune roi en rendit grâce au Ciel, et étant retourné à Paris dès le lendemain de son sacre, lequel eut lieu le 19, jour de la Trinité ', il récompensa généreusement le vainqueur en l'investissant, le 27 mai, du comté de Longueville.

coinilaliljus, prœlor i'iUui-os rcgcs lïaiicoriim, in perpetunm excUidontes. Insuper... ducatuni Noriiiannie. . . (Isainberf, Recueil général des anciennes lois françaises, t. V, p. 129-132).

' En ce sacre, dit Marlot d'après Meycrus, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, porta la couronne ; Louis d'Anjou, pour le duc de Guyenne, tenait la première bannière carrée ; Wonceslas, duc de Brabant, pour le duc de Normandie, la seconde ; Roljcrl , duc de Nevers, pour le comte de Toidoiisc, les éperons ; le duc de Lorraine, pour le comte de Cliampagne, l'enseigne de guerre, et Louis, comte de Flandre, en personne, l'épée royale. Quant aux pairs ecclésiastiques, l'archevêque de Reims faisait sa fonction accoutumée, qui est d'oindre et couronner le roi; révc(]ne de Laon portait l'ampoule : l'évêque de Langrcs, le sceptre ; celni de Beauvais, le manteau royal ; celui de Noyon, la ceinture ou baudrier, et celui de Cbâlons, l'anneau.

Ajoulons cet intéressant détail : la messe du sacre, messe à quatre parlies, fui composée par un poêle musicien de la Champagne, Guillaume de Alachaii, le maître aimé d'EusIachc Desciiamps.

Le succès de du Guesclin, qui d'une façon si glorieuse inaugurait le nouveau règne, ne pouvait pas ne pas être regardé comme d'un favorable augure pour l'avenir de la France. L'augure ne fut pas trompeur, mais la Champagne n'en devait guère être plus heureuse. Charles V avait établi Philippe le Hardi son lieutenant dans les diocèses de Lyon, d'Autun, de Langres et de Chalon-sur-Saône ; en lui confirmant cette charge le 9 juillet 1308, le roi étendit son autorité sur les villes, pays et diocèses de Reims, de Chàlous-sur- Marne, de Laon, de Soissons et de Troyes. 11 songeait à prendre sa revanche du traité de Brétigny, et épiait l'occasion d'en effacer la honte.

Les efforts qu'il avait faits pour délivrer la France des aventuriers lui avaient plus coûté qu'ils ne lui avaient rapporté. Dès la première année de son règne, il s'était mis en peine de racheter les forts que tenaient sur les rivières de Seine, cV Yonne et ailleurs les gens de compagnie et ennemis de son royaume, et, le 22 avril 1365, il sollicitait la ville de Reims de lui venir en aide pour ?iC(\miieY \di finance de 36 ,000 francs qu'il s'était engagé à leur payer pour le bien de son peuple, attendu que « ces gens de « compagnie devaient partir et vider le royaume sans y jamais « faire guerre * ».

Ce qui en restait, il l'avait dirigé vers la Castille sous le commandement de du Guesclin. Toutefois, si l'insuccès de l'expédition avait jusqu'à un certain point secondé ses vues, en entraînant la perte de ces compagnies, le prince de Galles, en repassant les monts, victorieux, mais ruiné et incapable de payer les services des bandes qu'il avait conduites à la victoire, avait congédié celles-ci en leur disant de chercher leur vie ailleurs,et elles s'étaient jetées sur la France. Elles passèrent la Loire près de Semur au commencement du mois de février 1368, et traversant rapidement la Bourgogne, « car elles y trouvaient peu de vivres », le duc ayant « fait retraire tout es forteresses, lesquelles étaient très bien « gardées », elles allèrent en Auxerrois, où elles se repurent largement, « car la plus grande partie de ces brigands avait été sans « manger pain longuement et était sans souliers. Et quand ils « furent rafraîchis ils se divisèrent », et tandis que les uns, au

^ Arcli, adtnin., ibld., p. 29."),

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