ET LES NOUVELLES BANDES ANGLAISES
nombre de 10,000 personnes, dont 800 hommes d'armes anglais, enlraient on (iàlinais, « les anircs allrront vers Troyes, lesquels c( étaient en bien plus grand nonibr<\ car ils étaient plus de 4,000 « combattants et de 20,000 pillards et femmes, et passèrent la « rivière de Seine vers Saint-Salpico et à Méry, et après la rivière « d'Aube. » Ils vinrent à Epernay, assaillirent l'église, qui était fortifiée et où s'étaient retirés les gens de la ville, et, ne la pouvant avoir par assaut, ils la minèrent. Mais les défenseurs ayant parlementé avec les compagnies, rachetèrent leur corps et la ville de l'incendie en leur payant deux mille francs '. Quelques, uns des ennemis demeurèrent à Epernay, où devaient bientôt venir les retrouver les routiers qui étaient entrés en Gâtinais ; le reste se partagea : s'en allèrent ceux-ci à Fismes, ceux-là à Coincy-l'Abbaye, d'autres à Ay.
Ces derniers attaquèrent le moustier de la ville, où s'étaient enfermés les habitants avec vingt hommes d'armes, et ne pouvant l'emporter, ils le minèrent comme ils avaient fait à Epernay : force fut à ceux qui étaient dedans de se rendre, « et furent pris à « rançon, car ils n'avaient plus de vivres. » La compagnie se répandit alors en divers logis, à Lisy-sur-Ourq, à Acy-en-Multien, à Fontaine-les-Nonnains et environs, et ils demeurèrent là jusqu'au 12 mai ; après quoi, « ils s'en allèrent vers Châlons, vers Vitry-en- « Perthois, et en cette marche, firent beaucoup de maux, comme « d'ardoir maisons, tuer gens, efforcier femmes », et autres. En vain essaya-t-on de les éloigner, en \q\\v parlant : « ils demandaient « de si grandes sommes de florins, c'est à savoir au moins « 1,400,000 francs d'or, qu'on n'y voulut point entendre pour le « roi. Pendant ce temps-là celui-ci entretenait grand nombre de « gens d'armes en plusieurs bonnes villes, comme Sens, Troyes, « Chàlons, Provins et autres, où ils faisaient tant d'excès et de « maux que c'était pitié », et qu'ils étaient aussi redoutables au pauvre peuple que les compagnies.
Celles-ci, après être restées devant Vitry jusqu'au 9 juin, délogèrent et prirent le chemin de Troyes; elles passèrent bien près de la ville et allèrent s'établir àMarigny et dans les environs. « Et lors « était à Troyes le duc de Bourgogne » ; mais il avait ordre du
^ Environ 50,000 francs (raujourd'hui.
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roi de n'engager aucune bataille, et il ne bougea pas. Enfin, passant la rivière d'Yonne versAuxerre, elles se dirigèrent vers Montargis et Etampes, « boutant le feu en plusieurs lieux et villes en leur a chemin ».
Comme on a pu le voir par le récit détaillé de cette excursion des compagnies anglaises, beaucoup de villes, dans l'abandon où elles se trouvaient, avaient fortifié leurs églises ; des villages mêmes, comme nous l'apprend le second continuateur de Nangis pour l'année 1358, dont celle de 1308 devait égaler les malheurs, « se firent de vraies citadelles de leurs moustiers, en creusant à « l'en tour des fossés et en garnissant les tours et les clochers de « machines de guerre, de pierre et de balistres, afin de se défen- « dre, si les brigands venaient les attaquer, ce qui arrivait fort « souvent. Pendant la nuit, des sentinelles étaient chargées de « veiller sur le haut de ces tours ; des enfants s'y tenaient debout, « pour avertir de l'approche des ennemis. Du plus loin qu'ils les « apercevaient, ils sonnaient de la trompe et faisaient retentir les « cloches. A ce signal, les paysans, quittant leurs maisons et « leurs champs, se réfugiaient au plus vite dans les églises ' ». Plus d'une fois aussi, comme en Picardie, les habitants de la Champagne creusèrent dans le sol de longs souterrains, où ils se retiraient avec ce qu'ils avaient de plus précieux.
Ces dispositions, tantôt indiquées par les officiers du roi, tantôt inspirées par la seule crainte du danger et l'instinct de la conservation, répondaient au plan de campagne que s'était tracé Charles V, et dont ses lettres, datées de Sens, 19 juillet 13(37, à la suite de la tenue des états généraux dans cette ville ^, présentent un exposé très net : Les baillis visiteront les forteresses, les mettront en état de défense et les approvisionneront de vivres et de munitions de guerre. Si les ennemis envahissent le royaume,
^ Il n'y avait pas alors en France moins de 10,000 villes ou villages murés, et de 50,000 châteaux ou maisons fortifiées. A 50 hommes par ville et à 10 lionmies par château, ainsi qu'on l'a remarqué, cela ferait un million dhonuues armés.
2 II y passa près de quatre jours, 18, 19, 20 cl "21 juillet (Les Séjours de Charles V, par Ernest Petit). Les états généraux dont il s'agit ne soni du reste connus ((ne par diverses ordonnances rendues à Sens.
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les capitaines royaux feront entrer dans les forteresses les habitants du pays, leurs biens et des vivres, et ils n'exigeront rien de ces habitants, lorsqu'ils quitteront lesdiles forteresses. Les habitants des villes garderont leurs remparts, et ne laisseront pénétrer dans leurs murs d'autres gens d'armes que ceux qui leur seront bien connus. Les gouverneurs des villes tiendront un rôle des archers et des arbalétriers en état de servir, et le feront parvenir au roi. Les jeunes gens s'exerceront au tir de l'arc et de Varbalète. — Nous avons ici, si ce n'est l'origine, du moins la première mention officielle des compagnies d'archers et d'arbalétriers. — D'ailleurs, « point de batailles », disait Charles Y à ses capitaines, mais des engagements partiels, des surprises, des embuscades : user les Anglais sans rien compromettre, telle était sa tactique, et elle lui réussit. Ce plan sacrifiait les campagnes, il est vrai, mais qu'importaient à Charles les souffrances particulières, pourvu qu'à ce prix il sauvât la France ?
Quand il se sentit prêt, il reçut (mai 1369) en qualité de suzerain l'appel des Gascons contre le prince de Galles, à qui ils reprochaient de les accabler de subsides, et envoya l'ordre à ce prince de venir en la cité de Paris, « pour ouïr droit sur leurs complaintes « en la chambre des pairs, et au plus hâtivement qu'il pourrait. » « — Nous irons volontiers, répondit le prince, à notre ajournement « à Paris, mais ce sera le bassinet en tète et 60,000 hommes en « notre compagnie ». La guerre était déclarée. Elle fut pour les Anglais une source de désastres, mais la Champagne n'y l'ut pas épargnée et prit encore sa large part des maux du royaume.
Il y eut tout d'abord entre les gens d'armes au service des deux partis une certaine irrésolution de conduite, et l'on vit plus d'un chevalier et d'un écuyer abandonner la cause qu'il avait suivie jusque-là pour en servir une autre. Ainsi, tandis que l'écuyer anglais Poursuivant d'amour, qui tenait le château de Beaufort pour le duc de Lancastre, « se tournait François » et jurait foi et loyauté au roi de France, qui l'avantagea pour ce service et, en lui adjoignant uji autre écuyer de Champagne, lui laissa la garde du château, « messire le chanoine de RobertsorI, qui avail « été auparavant bon et loyal François, cette fois se tourna Anglois « et devint homme de foi et hommage au roi d'Angleterre, qui « fut de son service moult joyeux ». Mais bientôt les siluations
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furent fixées, et elles le furent principalement à l'avantage des Français, dont les premiers succès ébranlèrent la fidélité de leurs adversaires.
On était arrivé à la fin du mois de juillet 1370 : deux Anglais, messire Robert Knolles et Thomas de Granson, quittant (Valais avec une compagnie d'environ 1,500 hommes d'armes et 2,500 archers, se dirigèrent vers Saint-Omer et Arras ; puis, après avoir traversé le Vermandois, où ils brûlèrent grand' quantité de ?«rt/so7?.s, ils passèrent l'Aisne et allèrent devant Reims, « Ils che- « vauchaient courtoisement, sans se presser ni fatiguer, deux ou « trois lieues le jour ; et quand ils trouvaient une grasse marche, (( ils y séjournaient deux jours ou trois ; et s'il y avait là une ville « ou un chastel, chef du pays d'environ, envoyait messire Robert « Knolles parler ainsi au capitaine : Combien donnerez-vous en « purs deniers pour ce pays, et nous nous abstiendrons de l'ardoir « ou courir vilainement ? » et il se faisait ainsi payer une certaine quantité de florins. Il gagna bien à ce métier la valeur de 100,000 florins '.
De Reims, sa compagnie, passant la Marne vers Dormans, alla jusque vers Troyes et se dirigea sur Saint-Florentin, puis franchissant l'Yonne vers Joigny, brûlant toujours le xtai/x qvi 710 se voulait rançonner, elle sortit de Champagne, non loulcrois sans avoir été harcelée par plusieurs chevaliers qui trouvaient moyen de se loger tous les soirs dans les forts ou les bonnes villes ; quant aux Anglais, ils restaient sur le })lat pai/s, où ils trouvaient assez à vivre des nouveaux vins, dont ils faisaient grand'largesse.
Après Robert Knolles, ce fut le tour de .lean de Lancastre, fils du roi d'Angleterre (juillet 1373). Celui-ci, désespéré de se voir enlever ses belles conquêtes par un prince aussi peu guerrier que Charles V, avait voulu faire un dernier effort d'argent et de soldats, et ne pouvant songer à mettre à la tète de son armée son glorieux fils, V\ prince de Galles, qui périssait de langueur, il en avait donné le commandement aux ducs de Lancastre et de Rretagne. Us
^ Froipfarf, ètlil. SiMit(»ii Luce, t. VJI. p. 234, cl Biichon, [•. GI4. 2,000,000 fr. fl'iuijourd'liiii. — Cf. les Grandes ChronirjKes de France, t. VI, p. 324