‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 99 sur 164 · QUESTION DU SCHISME · texte numérisé non relu

QUESTION DU SCHISME

« clergé n'était ». D'un autre côté, le schisme semblait « une plaie u envoyée de Dieu, pour aviser et exemplierle clergé du grand état « et des grandes superfluités qu'il tenait et faisait, et si notre loi « n'eût été si fort confirmée par la grâce du Saint-Esprit, elle eût « branlé et croulé ' «. Car c' a était pitié de voir les cours rivales de « Rome et d'Avignon faire œuvre de corruption pour gagner des « suffrages, et des nuées de procureurs, munis de bulles aposto- « liques, s'abattre sur les évèchés, les cures, les abbayes, envahis- « sant les bénéfices vacants, vendant aux plus offrants les prêla- « tures )) ". Il fallait tuer, dit notre poète champenois, cette bête horrible, ce minotaure à deux têtes, à la langue double ^, qui dévorait brebis et moutons **.

Il y avait donc urgence de mettre fin au scandale, et du vivant de Clément VII, l'Université avait, en 1393, chargé Nicolas de Clèmengis, originaire de Champagne, qui passait pour le plus grand orateur de son temps ^, « de rédiger par écrit les divers moyens « proposés pour le rétablissement de l'union «, savoir la démission simultanée des deux papes, un arbitrage ou un concile général. Le gouvernement hésitait, lorsque la mort de Clément et l'élection précipitée de Benoît le décidèrent à agir. Une nombreuse assemblée d'évêques, où se trouvaient les prélats de la Champagne, fut convoquée à Paris pour le deux février 1394, et elle manifesta sa préférence pour la première des trois voies. Mais Benoit résistait. Jaloux de conférer de la situation avec l'empereur d'Allemagne, le roi eut la pensée de le prier de venir à Reims (1395), et s'y étant lui-même rendu le 2 mars, il alla s'installer avec sa cour au palais de l'archevêque. Le lendemain arrivait l'empereur. Le roi alla à cheval audevant de son cousin jusqu'à deux lieues de la ville, et l'accueillit avec une grande cordialité. «Ils se firent moult d'honneurs et « révérences, dit Froissart^, . . . et par espécial le roi de France « plus que le roi d'Allemagne ; car Allemands de nature sont rudes

^ Froissarl, I. II, p. 458.

^ Sarradin, Eustache des Champs, p. 198.

3 Man.,243, 247.

* i»/au.,267, c. 2.

^ C'était du moins le sentimeut du Moine de Saint-Denis, t. II, p 101.

« et de gros engin, si ce n'est au prendre à leur profit, mais à ce « sont-ils assez experts et habiles ».

Venceslasfut conduit processionnellement en l'église Notre-Dame et de là à l'abbaye de Saint-Remy, qui devait lui servir de logement. « On y avait tendu partout des tapis de laine : mais on remarquait « surtout des tentures de soie brodées d'or, représentant des traits « de l'histoire des anciens rois, et de riches étoffes si habilement « travaillées qu'on pouvait justement leur appliquer ce mot d'Ovide : « La main-d'œuvre était au-dessus de la matière ». L'empereur regardait en passant toutes ces merveilles avec la plus vive curiosité, Il ne pouvait se lasser de les admirer, et se répandait en éloges sur la magnificence extraordinaire de son cousin le roi de France. Alors messire Robert de Boissay, qui l'accompagnait, lui dit selon Tordre qu'il en avait reçu; « Très excellent prince, le roi vous donne toutes a ces choses ; il vous prie de daigner accepter ce léger présent, et « de venir diner demain avec lui ' ».

Les préparatifs du festin avaient été faits avec un luxe merveilleux ; car(( vaisselle d'or et d'argent courait à telle largesse parmi « le palais, comme si elle fût toute de bois ; et était le dîner bien « grandement étoffé de toutes choses- ». Mais, lorsque les ducs de Berry et de Bourbon allèrent prendre l'empereur pour le conduire chez le roi, ils le trouvèrent sur son lit, accablé des vapeurs du vin et dormant d'un profond sommeil ; et comme les Français semblaient étonnés devoir un empereur en cet état, ses officiers leur dirent en riant que c'était sa coutume. Il fallut remettre le dîner au lendemain \ Ce jour-là s'assirent à la table du roi le patriarche d'Alexandrie le premier, Venceslas le second, le roi de France le troisième, et le roi de Navarre le quatrième. Aux autres tables prirent place les seigneurs et prélats d'Allemagne. Quant aux seigneurs de France, nul ne s'assit, mais tous furent occupés à servir. Le roi donna à l'empereur son cousin toute la vaisselle qui avait servi à ce festin, et fit également « grands dons et beaux présents de vaisselle d'or et « d'argent à tous ces Allemands qui étaient là*», tant qu'ils en

» Moine de Saiiil-Uenis, l. II, p. 567 et 569.

* Froissart, t. lU, p. 313.

3 Moine de Saint-Denis, ibid.

* Froissart, ibid.

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