MAZARIN A REIMS. — VICTOIRE DE SOMPY
mie. Mais la longue résistance des assiégés n'en avait pas moins affaibli cette armée et donné le temps à Mazarin d'organiser la défense de la frontière. Profitant de la retraite de Léopold, qui, après cet exploit était parti pour la Belgique avec la majeure partie de ses troupes, le cardinal, sur les avis de Fabert, résolut de reprendre Rethel, qui restait le poste avancé de l'ennemi en Champagne, et envoya lestroupes revenues de Guyenne rejoindre du Plessis-Praslin. Lui-même, afin de les encourager, ne tarda pas à prendre le chemin de la Champagne.
Depuis plusde quinze jours déjà, il n'était bruit à Reims que de l'arrivée du Mazarin. Enfin, le 4 décembre, il est à Damery, oîi vont le saluer quatre membres du conseil, et le 5, à trois heures après midi, c'est-à-dire trois heures après que les coureurs de Rethel avaient eu l'audace de venir jusque sur les fossés delà ville prendre paysans et chevaux^, il y fait son entrée au bruit du canon et des pétardz. Le cardinal se montre touché de l'accueil qu'il reçoit, et assure la population des bontés du roi. Aussi n'hésite-t-on pas à lui donner tout ce qu'il demande pour le siège de Rethel, hallebardes et canons avec chevaux pour les conduire. On enverra « parce ticulièrement nostre grande couleverine faictepar nos devanciers « en 1590, intitulée de la Sainte-Union. Elle est remarquable pour « sa grandeur et pièce à foudroyer 2 ». Mais déjà la place est investie (9 décembre) ; le lendemain, 10, Mazarin quitte Reims pour aller « prendre son quartier à Tugnyyy ; le 11 et le 12, les faubourgs étaient emportés ; le 13, Rethel se rendait.
Ainsi « tout va bien ; mais on ne sçait pas que l'on va jouer à « quitte ou double » ; car Turennc, au bruit de la marche de Praslin, et à la tête de 8,000 Français, Allemands et Lorrains, s'est mis en route pour secourir la ville. II était, le 9, à Suippes ; le 10, au Mesnil-les-Hurlus ^, et le 12, une de ses compagnies surprenait à
1 0. Coq., p. 164.
^ « Voilà, ajoute 0. Coq., la secoiulc foison nos jours qu'elle va à la reprise de Rctlicl en 1014 ou 1(515 » (p. Kio). La date, dont noire chroniqueur est incertain, est 1617 (v. plus haut). La Sainte-Union fut aussi conduite, en 1590, au siège d'Epcrnay (V. Iloiu-i, p. i98, La Ligue en Champagne, etc.).
^ Et au Mesnil-soubs-Hurlus, ajouie 0. Coq. ; ce deruii^r villai^e a disparu.
28 LA PROVINCB DE CHAMPAGiNK. J6S0.
Vuitry (Witry-les-Rcims) l'intondant de justice, le commissaire des vivres, un surintendant des finances, dispersait ou tuait leur escorte, et faisait main-basse sur leurs carrosses, leur bagage, leur argent, sans épargner leurs personnes K Le 13, il arrivait en vue de Rethel, mais trop tard : ne pouvant plus rien pour la ville, il fit sonner la retraite. Ce fut pour les vainqueurs le signal de la poursuite. Elle dura jusques au 15, vers les dix heures du matin, où Turenne dut faire faire halte entre Saint-Etienne-à-Arne et Sompy. Là se trouve une tmiinence qui domine au loin les ondulations du sol, et qu'on appelle le Blanc-Mont -. Il l'occupa tout d'abord et y rangea ses troupes avec son artillerie.
La position était forte et lui donnait sur son adversaire un incontestable avantage. Mais aux premiers mouvements de la cavalerie royale, il crut en rompre aisément le choc, en précipitant sur elle ses nombreux escadrons, et descendit à leur tête les pentes de la colline. L'impétuosité de l'attaque fut telle et jeta dans les rangs ennemis un tel désordre que Turenne put se croire un instant maître de la victoire.
On s'était attendu à Reims pour le jour-même à cette collision : les rapports de paysans accourus de deux ou trois lieues la confirment, et chacun est « aux escouttes sur les deux heures après-midi ». « Jusques à cinq heures du soir, à la nuit fermée, on regarde si « il n'arrive point de nouvelles de la bataille. La porte de la ville « se ferme, point de nouvelle )>. C'est bon augure, d'autant que personne ne revient. A minuit un courrier se présente de la part de M. le cardinal : bataille gagnée ; les lettres sont datées de six heures du soir. L'ennemi a perdu 4,000 morts ou blessés et 2,200 prisonniers. Enveloppé par l'armée royale ^, Turenne, après avoir combattu comme un lion 4 jusqu'à la dernière extrémité, a dû s'enfuir et se réfugier à Bar-le-Duc. Le maréchal malheureusement
' L'intendant, qui se nommait Paget, fut sans doute de ceux qui parvinrent à s'échapper par la fuite (V. Oud. Coq., p. 167).
- Ou Blanc-Champ.
3 Victime en cela de la faille qu'il avait commise en quittant le Blanc- Mont.
* Marlot, Hist. de Reims, t. IV, p. 590.