PRISE DE RETHEL ET REDDITION DE CHATEAU-PORCIEN
a payé cher sa victoire, car la journée de Rethel ou plutôt de Sompy ' lui a coûté son fils aine -. Pas n'est besoin de dire que les Rémois s'y sont couverts de gloire, Golbert, Ghertemps de Bergère, Petit de Hurtebise, qui sont de Reims, les sieurs de Rabutin, d'Andrecy, de Miremont, qui sont du pays, ont fait des prodiges de valeur ^. Le marquis de Rothelin, gouverneur de Reims, a été grièvement blessé.
La prise de Rethel avait entraîné, ce jour-là même, la reddition de Château-Porcien. Les deux villes ne furent pas les seules à célébrer par des réjouissances leur délivrance de l'étranger. La Champagne tout entière accueillit par des actions de grâce et des fêtes publiques la défaite des Espagnols * ; mais Reims en eut une si vive joie que, dès le 18, et « contre l'ordre», le conseil fit chanter un Te Deiim et tirer l'oiseau de l'arquebuse, en attendant qu'il y eût mandement « de par le Roy de rendre grâce à Dieu ». Ce mandement, survenu le 26, fut observé le 27, en présence de monsieur le cardinal, rentré le 20 à Reims, où il devait séjourner jusqu'au ^8.
« L'après dîné, Icdict seigneur cardinal, à la sollicitation des a maistres gouverneurs de l'hostel-Dieu, auxquels il l'avait promis, « fust visiter ceste maison », qui comptait bien sept cents malades, et il s'y montra si généreux et si compatissant que c'était merveille ; car, peu content d'avoir donné mille livres au receveur de l'hôpital,
' On l'appela encoLc la journée de Saint- Etienne, mais l'adulation a fait prévaloir le nom de Rethel (V. 0. Coq., p. i6(i et sq.). Le nom de Saint- Etienne lui-même doit le céder à celui de Sonvpy ou Somme-Py, par la considération que le Blanc-Mont est sur le territoire de cette dernière commune, et que Praslin, après l'action, y établit son quartier général. L'intendant de Champagne dit d'ailleurs en son Mémoire sur la généralité de Châlons, que « la bataille a été donnée dans les plaines de Sompy. »
2 La victoire de Crémone lui avait déjà coûté son second lils. 11 fut fait un service pour l'aîné au couvent des Cordeliers de Reims.
3 Edouard-François Colbert, jeune frère du grand ministre, depuis comte de Maulevrier; Philippe de Miremont, vicomte de Gueux,
* Le récit des fêtes données, le 8 janvier IGol, par la ville de Troyes, est intéressant à parcourir. (V. Boutiot, t. IV, p. 419.) — Langres, i[ui par des prières publiques avait appelé sur les armes royales les bénédictions du Ciel, chante de bon cœur son Te Deum le 27 décembre.
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il vit tous les malades les uns après les autres et distribua bien encore à divers, selon la pitié qu'ils lui inspiraient, la somme de 600 livres.
Encouragés par sa bonté, Messieurs du chapitre lui ont demandé pour « la grand église » des étendards espagnols, « de ceulxqui ont c( esté gaigniez en la bataille », et il a promis d'en envoyer 25, car ils étaient déjà partis pour Paris '. Mais la joie ne devait être pour chacun que de bien courte durée.
Après les fugitifs des campagnes et l'armée de Praslin, Reims avait accueilli dans ses murs les prisonniers de la journée de Sompy, et reçu dans son hôpital les blessés. Ces agglomérations de population y produisirent de pernicieux effets, car une maladie contagieuse, qui frappait surtout les hommes de35 à 50 ans, y sévit pendant trois mois et fit 2,000 victimes. Les campagnes traversées par les armées étaient encore plus malheureuses, la détresse y étant extrême. Aussi les pauvres curés de Bazoches, Fismes, Draine et lieux circonvoisins imploraient-ils, dès les 5 et 6 octobre, l'assistance de Vincent de Paul, lui représentant leurs « églises profanées, les « calices et ornements emportés, les saints ciboires arrachés des « autels ; leurs pauvres paroissiens vivant dans les bois et dans les « cavernes, où les uns ont été massacrés par l'ennemi, les autres « enfumés comme des renards : plusieurs enlevés pour assouvir la « brutalité du soldat. Ce qui reste de la population souffrant la « faim, le froid et la maladie ; car ils n'ont pas un grain de blé à « mettre sous la dent, et à peine leur a-t-on laissé la chemise » . Touché de tant de misère, Vincent s'était empressé d'envoyer sur les lieux quelques missionnaires, et ceux-ci, arrivés le 3 novembre à Bazoches, ne tardaient pas à confirmer à leur saint directeur le rapport qu'il avait reçu : « Nous ne voyons partout, lui écrivaient- « ils, que malades de fièvres chaudes et dyssenteries, couchés sur « la terre et dans des maisons à demi démolies et découvertes, les « vivants avec les morts. . . Us sont plus de douze cents : jugez « quelle sera la dépense. Donnez-leur votre argent ; nous leur « consacrons de bon cœur notre vie- ». Et se mettant immédiatement à l'œuvre, afin de porter rapidement partout la nourriture et
1 0. Coq., p. 173.
- Maynard, Yie de saint Vincent de Paul , t. IV, p. i47 et 191.