‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 9 sur 232 · PRASLLX A REIMS. — MOUZON ATTAQUE PAR LÉOPOLD · texte numérisé non relu

PRASLLX A REIMS. — MOUZON ATTAQUE PAR LÉOPOLD

corps « avec les plus considérables reliques » que possèdent les églises (21 août)'. Trois jours après, Praslin, pour se mettre à couvert des insultes de l'ennemi, s'établissait entre les portes de Vesle et de Fléchambault (24 août) -.

Puis, paraissant redouter une attaque et ne se croyant pas suffisamment en sûreté dans son camp, il demande à être reçu dans la ville. Le conseil hésitait, mais on apprend, le 27, que l'armée espagnole est à Cormicy, qu'elle a franchi la Vesle à Pontgivard, et qu'elle a des postes jusqu'à Brimont et Saint-Thierry. Prin a été pillé ; Pévy, qui était fermé, a fait bonne contenance et soutenu bravement l'effort des troupes qui l'assaillaient ; mais, la nuit survenant avec le gros de l'avant-garde ennemie, il a fallu céder, et le paysan a dû abandonner la place pour se réfugier à Reims. Le conseil se décide alors à ouvrir la porte de Vesle à l'armée de Praslin, non toutefois sans prendre ses dispositions pour prévenir tout désordre ; quand elle entre à minuit, c'est sans bruit et entre deux haies d'habitants sous les ar7nes '. Le soldat ne peut impunément « faire l'insolent », et se résigne à respecter les propriétés et les personnes. Les Français sont logés par billets, les Allemands campent dans le grand jardin de Saint-Remi ; Rosen avec sa cavalerie légère se tient seul hors de la porte de Vesle, afin d'être toujours prêt à arrêter les partis ennemis qui s'avançaient jusqu'aux faubourgs ; le reste des équipages occupe les places de Saint-Pierre, de Saint-Maurice, du château de Porte-Mars, « qui étaient, dit Lacourt, « couvertes de plus de 25,000 chevaux », la plupart volés à l'habitant des campagnes.

Grâce aux sages mesures concertées avec le maréchal et au dévouement infatigable de la bourgeoisie, qui seule montait la garde et faisait les patrouilles, la ville n'eut point trop à souffrir de la présence des troupes de Praslin. Le service était rude sans contredit, et quelque peu lourd pour la générosité bourgeoise ; car le clergé, au lieu d'y concourir en personne, s'était fait remplacer par de pauvres hères, « gens de mauvaise grâce et de peu do dol- « fense, sur lesquels les bourgeois n'osent pas bien se reposer

< Ond. Coq., p. 114.

5 Id.. p. 112.

3 Id., p. 122.

« pour la crainte que leur pauvreté ne leur baille sujet de « souhaiter plus tôt une révolution dans la ville, pour dans le « désordre s'accommoder « : « pauvres hommes nécessiteux », qui étaient à la charge de leurs compagnons d'armes plus heureux, et que ceux-ci, habitués à faire « dépenses aux portes », entretenaient de leurs « restes», en fjrossissanl les parts \ Mais, à tout prendre, les sacrifices elles peines profitaient à la tranquillité de la ville. Les campagnes seules demeurèrent exposées aux incursions et aux brigandages de la cavalerie allemande, qui, chaque jour, battait les environs de la ville à cinq ou six lieues à la ronde et rentrait le soir chargée de butin.

Enfin l'armée espagnole, qui avait semblé jusque-là incertaine de ses mouvements, s'ébranle. Cédant aux suggestions de Turenne, et pensant par sa présence soulever dans la capitale une révolution en faveur des princes prisonniers, l'archiduc s'est décidé à se mettre en marche pour Paris ; Turenne, à la tète de l'avant-garde, après avoir battu d'Hocquincourt, qui tenait Fismes et barrait la route de Paris avec dix régiments de cavalerie, a déjà poussé jusqu'à la Ferté-Milon, répandant partout sur ses pas la désolation-'. Léopold s'est avancé lui-même jusqu'à Braisne et a installé son quartier général à Bazoche ; mais, dès le 28 août, l'autorité royale, avertie de ses desseins, avait fait transférer les captifs de Vincennes à Marcoussy derrière la Marne et la Seine. Elle allait même, le 1" septembre, jusqu'à enjoindre à l'abbesse de Saint-Pierre, Madame de Longueville, suspecte d'attachement au parti des princes, de se retirer à Coulommiers. Trompé dans son attente, l'archiduc se décide à revenir sur ses pas et à quitter définitivement son quartier général de Bazoche. Le 20 septembre, il occupait Juniville, et le 27,

< 0. Coq., p. 98. — Notre bou bourgeois parle ici en homme jaloux de réserver aux classes supérieures la possession des armes, et dédaigneux de tout mendiant, qu'il porte la bure du religieux (ibid.) ou l'habit de Toiivrier. A quel nombre s'élevaient d'ailleurs les remplaçants du clergé ? à vingt (p. 97) : c'est déclamer pour peu, alors surtout que, le danger passé et les gardes cessées, on sera très heureux de pouvoir mettre aux portes de la ville quelques guigne-deniers (janvier 1651, p. 177).

5 Le faubourg de Fismes est incendié le i*"" septembre.

1630. CHUTE DE MOUZUxN ET DÉFAITE DES LORRAINS. 2o

il venait asseoir son camp sous les murs de Mouzon. La garnison était brave et accueillit l'ennemi au son du violon. Mais, si elle n'était secourue, l'issue du siège n'était guère incertaine, et de quels maux Reims n'était-il pas alors menacé, lorsque déjà la garnison espagnole de Rethel avait incendié Pontfaverger, pillé Saint-Thierry (28 août), et frappé de réquisitions toute la campagne jusqu'aux portes de la cité et de Châlons ! '

Les plaintes de la population rémoise émurent sans doute Praslin et le décidèrent à prendre les champs *. La cavalerie décampa la première, le 22 septembre, pour se porter à Pontfaverger et à Bétheniville (24), non sans marquer aux bons bourgeois son dépit, disant qu'elle allait vendanger leurs vignes après avoir fait leurs moissons ; puis, le 28, Praslin prit le long de l'Aisne avec l'infanterie, se dirigeant sur Montois. La ville est enfin libre et brûle de se répandre au dehors : mais elle a à peine « le temps de sortir « de l'arche pour voir à l'œil les désolations du pays ^ ». Les soldats de Praslin n'avaient garde de se hâter, aimant mieux manger le vignoble et faire la chasse aux vaches que de poursuivre l'ennemi, si bien que, le M octobre, ils n'avaient point encore dépassé Pontfaverger, malgré les nombreuses provisions de guerre que Reims ne cessait de leur envoyer.

Aussi la campagne est-elle plus malheureuse que jamais, pressée qu'elle est entre l'armée de Praslin, qui achève de la dévaster*, et la garnison de Rethel, qui, n'épargnant pas môme les malades, les

' Cette garnison no respecte pas même les archives de l'hôtel de ville de Rethel, qu'elle pilla le 22 août 16o0, ainsi que le constate un procèsverbal, qu'on peut voir aux Archives dép. de la Marne, C oOo.

2 Le campement de ses troupes causa dos maladies qui enlevèrent plus de 1,300 personnes (René Bourgeois).

2 On constate que « les premiers villages, comme Orme, Tilois, Bezanne, « les Mesneux et senibla[)les sont sans portes, sans fencstres, huis ny clos- « tures » (Coq., p. lo5). Les Allemands semblaient s'acharner contre les églises : « ils ont pris les plombs des clochers en divers lieux », enlevé les orgues de Sacy, brisé le tabernacle, pensant y trouver de l'argent, brûlé Coulomme pour n'y avoir point « trouvé ce qu'ils pensaient » (0. Coq., p. 151).

* Gen^ d'Ejioy rançonnés. — Sompy, faute de contribuer. bn"il''\ (Id., p. 162.)

dépouille de leurs couvertures. Les fièvres, la misère, le défaut d'assistance multiplient les victimes. Les gémissements de ces malheureux devaient être heureusement entendus, et tandis que saint Vincent de Paul priait « l'archevêque de Paris de recomman- « der aux fidèles les besoins de la Picardie et de la Champagne », le 2 novembre, jour des trépassés, de grandes aumônes se faisaient dans la capitale pour les pauvres gens de cette dernière province, avec la coopération des présidentes de Lamoignon et de Herse, et des sieurs de Bernières, Lenain, etc. '. Mais le mal était grand, et en s'aggravant encore dans la suite, il sembla défier la puissance même de la charité.

Cependant, pressée par l'armée royale, la ville de Bordeaux, où s'était jetée la ducliesse de Condé avec les ducs de Bouillon et de Larochefoucauld, avait dû faire sa soumission (l^"" octobre), et, quelques jours après (9 octobre), les troupes du duc de Lorraine, qui avaient envahi le Barrois pour seconder l'expédition des Espagnols en Champagne, avaient été battues à Saint-MihieP. Par compensation, il est vrai, Mouzon tombait, le 6 novembre, au pouvoir de l'archiduc, élargissant sur la Meuse les quartiers de l'armée enne-

< Oct. Feillet, p. 242, 243.

2 Le moment n'était pas éloigné où, unis par des traités (9 et 28 août), les Langrois et les Chaumontois allaient ruiner le château d'Aigremout, que le comte de Rosnay venait de vendre à l'ennemi (6 août), et qui, occupé par de vaillants soldats des armées du duc et de Turenne, menaçait de devenir pour la frontière champenoise une autre La Mothe. Deux fois déjà ils avaient été sur le point de s'en emparer, et n'en avaient été empêchés que par les intrigues d'une noblesse jalouse de se rendre nécessaire, en perpétuant les hostilités (13 au 16 août — 30 août) *. Ces échecs n'avaient fait qu'enhardir la garnison, dont l'audace ne connaissait plus de bornes. Mais les Langrois, ayant surpris la place le 11 janvier 16ol, à une heure après minuit, commencèrent aussitôt à la démolir et poursuivirent leur entreprise avec tant d'ardeur que, le 4 février, il ne restait plus rien de cette redoutable forteresse dont les paysans demandaient depuis quarante ans la destruction.

■ C'est le sentiment qu'exprime Cl Macheret ; « Ici, dit-il, tome 11, p. 60, je considère combien la noblesse est ennemie de la paix et de la gran:leur et prospérité des villes de France, et de la fidélité qu'elles ont pour leur roi, et voudraient voir tout en ruine pour se rendre nécessaires; mais Dieu nous veuille garder d'avoir besoin d'elle, etc. > (Cf. p. 61).

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