LES ECOLES DE L'ENFANCE SONT NOMBREUSES AU XVI1« SIECLE
laïques^ , et les écoles étaient nombreuses sous Louis XIV. Si les troubles de la Fronde en avaient tenu la jeunesse éloignée, les jours calmes et prospères du règne les avaient vues se rouvrir et se multiplier pour elle, il est facile de s'en convaincre, car il existe une série de documents à l'aide desquels on a, dans plus d'un diocèse de la Champagne, dressé la statistique scolaire du XYII'' siècle : ce sont les registres de l'état civil, déposés aujourd'hui à la mairie de chaque commune, et où les curés durent, depuis 1667, c'est-àdire depuis la promulgation du Code Louis, inscrire aux actes de naissance, de mariage et de décès, la profession des personnes, dont l'édit de 1539 n'avait point exigé la mention.
Grâce à ces documents, nous savons que les mandements et les règlements de Félix Yialart- ne furent pas plus stériles pour l'instruction de l'enfance, .que le programme de 70 questions qui fut adressé en 167i par Le Tellier aux doyens ruraux^ . Mais nous en
* M. Jules Simon se trompe assarémcnt quand il dit ({u" « autrefois il « n'y avait pour ainsi dire pas de maîtres laïques », et (|u' « il semblait « qu'avoir des enfants fût une exclusion pour pouvoir en élever ». [L'Ecole, p. 26.) C'était tout le contraire. Le maître d'école de La Fontaine n'était pas plus un religieux que le magister Mathieu (la plus forte tête du lieu) de Gresset. C'étaient d'honnêtes laïques qui avaient sans doute plus de bonnes mœurs que de lettres, mais que leurs fonctions ne vouaient pas au célibat (V., entre autres preuves, notre premier volume, p. 316, le second, p. 105, et ce que nous disons des instituteurs de Bassuet au chapitre de l'Etat intérieur de la Cliampagiie sous Louis XV et Louis XVi, § 8.)
2 V. en particulier les règlements sur plusieurs points «de la discipline « ecclésiastique faits en l'assemblée des archidiacres, doïcns et i^romo- « teurs ruraux, tenue les 7 et 8 novend)re tC6;2 », et (jui ont été reuouvclés i)ar le successeur de M. Vialarl, Louis-Anloiuc de Noailles. L'extrait qu'en doime M. Puiseux, p. IJ'i)), [Wi [Mcni. de la Société d\cgricullurc, etc., 1881) est des plus édifiants.
^ Porlagnier, L'enseignement dans rarchidioeèse de Reitns... l87o- 1876, p.. 303, 304 :
Art. 31. — S'il y a un maisire ou maistresse d'escollc de bonnes nui'urs et de bonne doctrine ;
Art. 32. — Si les filles vont à l'iiscolle avec les gar(;ons ;
Art. 33. - S'il y eu a (|ui négligent piibliiiucment de se faire iiislruiri> ou leurs enfants des choses du salut, n'assistans ou ne los envoyans pas au catéchisme ou à l'escoUe.
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avons pour le diocèse de Reims une autre preuve dans les procèsverbaux des visites décanales de cette époque, qui établissent « authentiquement que toutes les paroisses, à très peu d'exceptions « près, étaient pourvues d'écoles, ainsi que de bons maîtres ou « maîtresses, et que les parents étaient généralement exacts à y « envoyer leurs enfants' ». Les consciencieux travaux de M. l'abbé Puiseux sur les écoles du diocèse de Châlons avant 1789 nous ont appris, d'autre part, que presque toutes les communes de ce diocèse en étaient dotées au XVII" siècle ; car l'auteur a pu, par les seuls documents conservés aux archives départementales ou à l'évéché, constater, d'un côté dans le cours de ce siècle, l'existence de 363 maîtres d'écoles, dont 13 exerçaient à Chàlons ; de l'autre, compter en 1()97, dans le seul doyenné de Perthes, 60 maîtres d'école pour 61 paroisses, et dans le doyenné de Yilry-lc-Château 40 maîtres d'école pour 41 paroisses ^
Ce que nous disons des deux diocèses les plus considérables de la Champagne peut également s'appliquer aux quatre autres, qui n'y entrent que pour une part de leurs circonscriptions : témoins les savantes recherches de M. Quantin pour le département de l'Yonne, partie du diocèse de Sens ; de M. Fayet pour le département de la Haute-Marne, partie du diocèse de Langres, et de M. d'Arbois de Jubainville pour l'Aube, partie du diocèse de Troyes ^ .
' Portagnier, L'enseignement dans l'archidiocése de Reims.
* Puiseux, U instruction primaire dans le diocèse ancien de Chdlonssur-Marne aimnt 1789, 1880-1881. — Vitry-le-Château était aussi nommé Yitry-Je-Bri'ilè ou Vitry-en-Perthois .
^ V. Recherches historiques et statistic^ues sur les com)nunes et les écoles de la Haute-Marne, par M. Fayet. Paris, Dumoulin, 1880, in-8. — Le mémoire publié par M. Quantin, archiviste, dans l'Annuaire de l'Yonne de 1875, ç.wvV Instruction primaire avant 1790 dans les pays qui forment le département de V Yonne, et qui faisaieiat autrefois partie des diocèses de Sens, de Langres et d'Autun. — U Administration des Intendants, par d'Arbois de Jubainville, p. 108 et sq. — L'intéressante Géograp)hie de l'Aube, par le regretté M. Lescuyer. — Comment M. Boutiot a-t-il pu dire qu'il n'y avait point de petites écoles dans ie XYU^ siècle ; que l'initiative ou la sollicitude royale ne se manifesie alors ni à Troyes ni partout ailleurs ; que « ni l'Etat ni le clergé ne se préoccupaient de donner « une instruction quelconque à la masse de la nation », et qu'il faut arriver