‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 99 sur 232 · J.-B. DE LA SALLE ET L'LNSTITUT DES FRÈKES · texte numérisé non relu

J.-B. DE LA SALLE ET L'LNSTITUT DES FRÈKES

Grâce au concours d'Adrien Niel de Beauvais, de M'"« de Maillefer et de quelques autres personnes, La Salle put, dès les premiers mois de 1679, ouvrir sur la paroisse Saint-Maurice une première école dont les maîtres étaient logés à la cure. Au mois de septembre suivant, une donation de 10,000 livres faite par madame Catherine Leclerc, veuve d'Ant. Lévêque de Croyère, lui permettait d'en fonder une seconde sur la paroisse Saint-Jacques; bientôt il dotait de la troisième la paroisse Saint-Symphorien. Puis, quittant la maison paternelle, il allait, le 24 juin 1682, s'établir avec toute sa petite communauté dans une maison de la rue Neuve, au faubourg Saint-Denis : ce fut la i^remière maison de l'Institut ' . Cinq ans après (1687), La Salle en fondait le noviciat, où l'on était admis de 14 à 16 ans. Il avait, dans l'intervalle (1684), ouvert à Reims, à la sollicitation des curés de la campagne, une sorte de séminaire de maîtres d'école, où il préparait des jeunes gens pour les écoles rurales, et le nombre de ceux qu'il y réunit s'était rapidement élevé à 25. Quand ils étaient bien formés à l'exercice de leur profession, il les envoyait aux communes qui en sollicitaient. Ainsi avait fait, dès 1597, le P. Fourier, alors qu'il créait à Mattaincourt une école normale de filles, et qu'il leur donnait un règlement proumowwe/, que le temps devait mûrir et transformer en ces admirables constitutions où ont puisé tous les éducateurs de la jeunesse.

Quoi qu'il en soit, tant de bien n'avait pu se faire sans avoir quelque retentissement. Dès 1682, le duc de Mazarin, les échevins et les curés de Rethel, aidés des libéralités de mademoiselle Bonvarlet, offraient à M. de La Salle tout ce que pouvaient demander l'ouverture d'une école et l'entretien des maîtres. Deux frères leur furent envoyés. Mais le duc veut avoir en même temps une ccolc normale cV instituteurs, et, dans les bâtiments destinés aux petites écoles, il crée, le 20 avril 1685, « dix-sept bourses potu- jeunes « hommes choisis comme bons sujets, pour être instruits des « nïaximes de pédagogues chrétiens, comme aussi pour lire, écrire, « chanter et élever la jeunesse dans les bourgs, après que le choix « en aura été fait par le duc, avec l'agrément des supérieurs ecclé-

' Elle a clé ac([nisc en 1880 par iiiio sooK'-lé do catlioli(Hios rémois ol rendue géncrousemcnf aux frères liaimis des écoles coinnmnalcs, pour être convertie en écoJe chrétienne libre.

280 LA PROVINCI-: Dl-: CIIAMI'AGM':.

« siastiquos ' )). Celle inslitiilion noiivcllf^ trouve (huis quelques ecclésiastiques une opposition à laquelle l'archevêque de Keims vient prêter l'appui de son autorité. Pour y échapper, le 22 septembre de la même année, les pieux fondateurs transportent leur établissement dans le marquisat de Montcornet, partie du domaine ducal qui dépendait dé l'évêque de Laon, dont les sympathies leur étaient acquises. Au mois de juin, Châicau-Purricn avait sollicité et obtenu deux frères pour l'éducation de ses enfants. La capitale de la Champagne, Troyes, devait recevoir les deux premiers en 1702 pour une école fond<M' sur la jjaroisse Saint-Nizier.

Cependant les obstacles n'avaient pas manqué dans Reims même à l'œuvre naissante, et de La Salle, après tant d'autres, avait éprouvé la vérité de la parole divine que nul n'csl pruphête en son pays. Les maîtres écrivains ne voyaient pas sans effroi pour leuiindustrie l'instilution nouvelle ; les établissements charitables craignaient qu'elle ne vînt diminuer les sources de leur prospérité : dominée par ces influences, la ville tardait à lui reconnaître l'existence légale. La famille même de La Salle gémissait de le voir enfouir dans un dévouement obscur les trésors d'intelligence et de crédit qu'il possédait. Rebuté de tant de difficultés, et attiré par les pressantes invitations du curé de Saint-Sulpice, il quitta Reims pour Paris (1688). Mais celte ville ne devait point lui donner le repos dont il avait besoin : persécuté par le jansénisme et la jalousie, il alla porter à Rouen (17Uo) le centre de son action et de ses établissements. Deux années à peine s'étaient écoulées depuis son départ de Reims que le noviciat rémois commençant à chanceler avait dû être transféré à Vaugirard (1C91), en attendant que, suivant les destins de la communauté, il fût établi à Rouen dans la maison de Saint Yon. C'était là que devait s'éteindre le pieux fondateur de l'Institut, le vendredi-saint de l'année d719.

Les Petits Frères, comme on appela tout d'abord les disciples de La Salle, les Frères des écoles chrétiennes, comme ils s'appelèrent eux-mêmes, obligés d'aller deux à deux pour éviter les ennuis et les dangers de l'isolement, n'étaient point destinés à vivre au milieu des populations rurales. A celles-ci sont réservés les maîtres d'école

* Etude sur Charles Maurice Le Tellier, p. 166.

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