L'EGLISE S'OCCUPE AUSSI DE L'INSTRUCTION DES FILLES
Les écoles de garçons n'étaient pas d'ailleurs l'unique objet de la sollicitude pastorale. L'instruction des filles avait de bonne heure appelé l'attention des apôtres de l'éducation chrétienne, et dès le temps de Louis XIII, nous l'avons vu, de nombreuses communautés de femmes s'étaient vouées à cette mission. Les écoles qu'elles avaient ouvertes continuaient de subsister, et d'autres vinrent s'y ajouter, fondées par de nouvelles congrégations. Touché de l'abandon auquel étaient exposés les orphelins réunis par M'"" Yarlet, et dont la ville de Reims refusait de se charger, M. Roland s'était décidé à en prendre la direction, et aux sœurs de la Providence que lui avait envoyées de Rouen le P. Barré, n'avaient pas tardé à se joindre quelques jeunes filles pieuses de
à la Révolution pour que la nation sente « le besoin d'une instruction « populaire » ? [Hist. de Troyes, p. 49'i, et Hist. de l'instruction publique et 2^opulaire à Troyes, p. 62, 70. )
Nous avons voulu nous-môme, clans l'impossibilité de faire un travail complet sur l'état scolaire du diocèse de Troyes au XVII* siècle, sonder au moins sur (pielqucs points la situation, et prenant au hasard, dans les arrondissements actuels d'Epernay et de Vitry, cinq communes parmi celles qui appartenaient alors à ce diocèse [Meix-Tiercelin, Somsois, Anglure, Corfèlix, Marcilly), nous y avons fait faire quelques recherches dans les limites de 1670 à 17 lo. Toutes ont abouti à la confirmation de l'existence d'écoles en cette période. Corfèlix compte alors jusqu'à lo maîtres d'école ; Anglure en a 9 seulement qui se succèdent de 1646 à 1717. A Marcilly, les mentions de maîtres remontent bien audelà de 1670 : ils jouissaient d'une pièce de terre de 2 hectares environ, connue encore aujourd'hui sous le nom de la Pièce au maître d'école. Au Mcix-Ticrcelin, les mentions sont rares, mais on constate (pie les trois quarts des parrains savent signer. Somsois ne présente de mention et de série ininterrompue de recteurs d'école qu'à partir de 1703 ; mais tout indique, comme au Melx-Tiercelin, l'existence antérieure d'un enseignement public.
On l'a dit du reste et avec trop de raison : c'est le conirepied de la légende révolutionnaire qu'il faut prendre pour arriver à la vérité. La Révolution n'a fait pour l'instruction du peuple que des lois aussi absurdes que stériles. (V. VHistoire de l'instnirtion populaire dans V Yonne de 1790 à l'an MIT, par M. l'abbé Ricordeau : Extrait de la Revue catholi(pie de Luuvain. et Y Instruction primaire dans la Marne pendant la Révolution de 1789 à ISOO, par M. l'abbé Puiseux, 1882.)
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la province; co lui lo noyau do la communautcî du Saint-Enfant- Jésus (1674), qui no tarda pas à étendroscs soins des orphelins aux enfants de la ville, et à qui J.-B. de La Salle, ln-ritier de l'œuvre de Roland, devait, en 1(579, grâce à l'appui de Le Tellier, obtenir la faveur de la reconnaissance légale. Une des conditions de cette reconnaissance était que les filles du Saint-Enfant-Jésus tiendraient quatre écoles dans différents quartiers de la ville.
Mouzon n'avait pas attendu l'approbation des autorités pour demander au nouvel institut une maîtresse d'école (22 juin 1008). Ay vint ensuite, qui appela trois sœurs pour instruire ses filles (168:]).
Vers le même temps, Saint-Thierry (1687), Louvois (168'3), confiaient les leurs à des sœurs de Saint-Vincenl-de-Paul, de même que les communautés de Réveillon et de Baye. La mère de l'évêque Ant. de Noailles en avait fait venir à Châlons en 1682, et elles commencèrent dès lors à y remplir leur double mission d'institutrices et de sœurs hospitalières.
Si l'Eglise prenait ainsi en main l'éducation des filles, ce n'était pas que les maîtresses laïques manquassent, même à la campagne : nous en avons pour preuves l'opposition qu'en 1613 rencontra de la part de celles de Châlons l'établissement de la Congrégation de Notre-Dame' , et la défense que faisait en 1648 Félix Yialart aux maîtres d'école de recevoir dans leurs classes les filles avec les garçons, en disant qu'elles « pourront être instruites plus convena- « blement par quelques honnêtes filles ou femmes du lieu ■». Mais il faut bien avouer que cette ressource était insuffisante ; outre que les maîtresses laïques, ainsi que le fait justement observer l'évêque de Châlons, « ne pouvaient s'acquitter comme il faut de « cette importante fonction, pour n'y avoir pas été dressées, ni pris « l'esprit et la conduite qui y est nécessaire^». L'éducation des filles trouva donc dans les congrégations religieuses de l'époque une
' Hist. de l'Institution de la Congrégation de Notre-Dame, par le P. Dorigny, de la société de Jésus, 1719.
■^ Ordonn. . . Mandements, p. 146.
3 Vie de Vialart, p. 2o7. — Ajoutons que le Journal des expéditions de Vèvèchè de Châlons (Arch. de la Marne, donne, de 1681 à 1711 les noms de 18 maîtresses d'école laïques .
LKS DAMES UEGExNTES. iSo
direction d'autant plus précieuse qu'elle était à la fois éclairée et désintéressée.
Les Ursulines s'établissent à Meaux en 1()48, dans la maison qu'occupait le collège ; à Chàlons, en 1660 : elles tiennent ici trois écoles.
Rosoy confie ses enfants aux religieuses du Tiers-Ordre de Saint- Dominique (1648) ; Crécy, aux Filles charitables (1674) ; La Fertésous-Jouarre aux Filles de Sainte-Geneviève ou Miramionnes (1693).
Les sœurs de la Coyigrégalion de Notre-Dame ouvrent une maison à Goulommiers en 1643. Elles continuent à Chàlons « de s'em- « ployer diligemment et tout à fait à l'instruction des petites filles, « gratuitement et pour l'amour de Dieu... et d'enseigner par clles- « mêmes, et non par autres, toutes les jeunes filles et pauvres et « riches (\\x\ se présentent en leurs écoles' », et elles le font avec un succès croissant.
Mais ce n'est point encore assez pour l'évèque de Chàlons. Ce prélat, « qui avait toujours regardé l'éducation de l'enfance comme « étant d'une extrême conséquence pour la suite, et qui, dès le « commencement de son épiscopat, avait fondé quelques écoles et a en avait rétabli d'autres que l'on avait abandonnées^», veut enfin pourvoir de bonnes maîtresses les écoles rurales de filles. Le 21 novembre 1666, jour de la Présentation de la Sainte-Vierge, il créait l'ordre des Dames-Régentes ou NouveUes-Catholiques, ainsi nommées parce qu'elles avaient pour mission non seulement d'instruire les jeunes filles, et spécialement, à partir de 1681, les nouvelles converties, des mystères de la religion, et de « leur enseigner « tout ce qu'elles doivent savoir et faire pour se sauver dans l'état « et la condition où Dieu les appellera», mais encore « et surtout « de former des maîtresses d'école capables de servir dans la cam- « pagne^ ». Définitivement constitué en 1(572, le nouvel institut eut en moins de seize années six maisons f()n(l('H's à (Chàlons, Vitry ', Vertus, Wassy, Sainte-Mcnehould et Sarry. C'étaient autant d'écoles
' V. les Vrayes Constitutions, etc., du 1*. Eoiirior.
- Vie de Félix Yialart, p. 2o6.
2 Elles étaient eiieore eliaryées de la visite des nialtides.
* Oélihéialioii du 10 novembre lOSO.
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normales (\c fillos, dont les ('•lèves se répandaient dans le voisinage : cent dix sœurs formées par ces établissements dirigeaient, au commencement de 1701, 02 écoles dans Do paroisses ' .
Cette institution diocésaine des Dames-Régentes en rappelle une particulière, mais d'un caractère diilérent, duc à la propagande de Port-Uoyal : celle des Sœurs-Rcy entes ou Sœurs noires, dont l'auteur des Essais de morale, Nicole, jeta les fondements à Troyes en 1G08, et dont il dota définitivement cette ville en 1678. Ces sœurs enseignaient, avec les premières connaissances, les travaux manuels les plus indispensables, et le produit de ces travaux servait à l'entretien des élèves les plus pauvres ^
Ajoutons à ces fondations celle que fit à Gharleville Jcanne- Idelette de Morel, fille de Claude de Morel, lieutenant général au présidial de Sedan, de la communauté des filles séculières de la Providence vouées à l'instruction des jeunes filles (30 septembre 1694).
Maîtres et maîtresses étaient cfioisis par les communautés et approuvés par les curés des paroisses ou les personnes ecclésiastiques qui avaient droit de les nommera Après que leur salaire et leurs obligations avaient été débattus et réglés d'un commun accord avec les habitants, ils recevaient de l'évèque ou de l'écolâtre leurs lettres d'institution. A l'évèque appartenait également le droit de les révoquer ou de ratifier la mesure de révocation prise contre eux par la communauté.
L'article IX de la déclaration du 13 décembre 1698 avait prescrit
* Les Dames-Régentes furent d'abord établies près de l'hôtel des Arquel)usiers, dont le jardin occupait l'emplacement des nouveaux ateliers et des cours de l'Ecole d'arts et métiers. Mgr de jN'oailles, désireux d'agrandir leur maison en y ajoutant ce jardin, proposa à la noble compagnie un échange, qui, accepté et définitivement ratifié le 14 janvier 1688, la mit en possession de l'hôtel qu'elle occupa [rue de l'Arquebuse) jusqu'à la Révolution. (Note due à l'obligeance de M. Godart, ancien notaire, et destinée à rectifier sur ce point la Notice historique de M. Sellier, sur les Arquebusiers de Châlons.)
2 Bouliot, Hist. de V Instruction à Troyes, p. 60.
3 Ordonn. de décembre 1606, art. 14, Isambert, t. XV, p. 307.