‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 102 sur 232 · TRAITEMENT ET RÈGLEMENT DES MAITRES D'ECOLE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT ET RÈGLEMENT DES MAITRES D'ECOLE

qu'à défaut d'autres revenus, il serait imposé sur la communauté 150 livres pour servir d'appointements aux maîtres, lUO livres pour servir d'appointements à la maîtresse : c'était là le traitement fixe. Les familles fournissaient en outre une certaine quantité de blé ou •de seigle, selon les régions ^ , et payaient, quand elles en avaient le moyen, une rétribution mensuelle de quatre sols pour les enfants qui lisaient, de six sols pour ceux qui lisaient et écrivaient. Les ressources du maître s'accroissaient encore du casuel fixé par les règlements épiscopaux, et du revenu du greffe de la communauté^. « Ajoutons qu'il était exempt du tirage au sort pour la milice pro- « vinciale; qu'd ne payait point la taille [ou qu'il la payait fort « réduite ^ ], et qu'il n'était taxé qu'à un petit nombre de pintes de « sel * «. Sa situation n'avait donc rien de misérable. Dans le duché de Mazarin, il n'aura même pas à « se distraire de son devoir «pour solliciter chaque mois son paiement : ce sera l'affaire du maire ou du syndic des habitants ^.

Les écoles ne sont pas d'ailleurs abandonnées à elles-mêmes « sans règle et sans direction^ ». Non seulement la déclaration royale du 13 décembre 1698 (art. X) faisait aux familles une obligation d'envoyer les enfants à l'école jusqu'à quatorze ans; non seulement l'ordonnance du duc de Mazarin leur défendait de les envoyer « glaner et ramasser des bois » avant quinze ans, et leur faisait « payer le salaire de leur éducation», qu'elles les envoyassent ou non à l'école ', mais les maîtres avaient, pour se guider, des

< C'était oi'dinairenu'iil nn l)oisseaii comble ou raclé ; un demi-boisseau seulement pour la veuve d'un manouvrier.

^ Léoiior d'Estampes faisait défense aux maîtres de tenir eabaret ou de remplir des fonctions de greffe et autres offices pouvant leur ôter le tem{)s d'instruire la jeunesse (Portagnier, ibid., p. 3l'9).

•^ Réduite à o sols par exemple. ['S . Admin. des Intendants, \i. 110.)

* Puiseux, U Instruction primaire dans l'ancien diocèse de Chdlons, etc. p. 33a des Méni. de la Société d'agriculture, 1881,

5 Règlement du duc, art. XXII, ap. Portagnier, p. 388.

'^ L'Ecole, par Jules Simon, p. /i3.

^ La durée de l'année scolaire était en principe ce ({u'elle est aujourd'bui ; mais Léonor d'Estampes se montrait éminenmient pratique, t[uand il prescrivait aux maîtres de tenir école particulièrement depuis la Sainl-Remi juscpi'à iVi(pies, n'y eût il (pie douze écoliers. En l'ail c'est

2>88 I.A l'MOVI.XCK \)K CIIAMPAGNK.

iri^lciiiciils qu'ils Icnaicnl des (''yrtiucs, ri «lonl les dispositions «'•laiciil iiiissi sagos que |>i;irK|iics. (jifoii lise, par cxciiiidc, le prfniici' aiMiclc do la sccoikIc^ pailic du irylcuK ni dv I''(''lix \ ialail : « [Les maîtres] recevront avec mesnie estime et allection les pau- « vrcs garçons comme les riches, et auront un mesme soin do leur « instruction ; et le VI'' article : « leur feront réciter la Ijcçon douce cément, sans se presser... S'ils y commettent quelque faute, ils c( s'empêcheront de rire ou de se couroucer, mais les reprendront « avec douceur, sans leur dire des injures, ni les frapper et pousser « rudement* » ; et le XII*^ : « s'informeront diligemment de leurs « (léporlcmcnts hors de l'école,... et [s'il y a lieu] leur en feront le « chastiment et la correction convenable en esprit de charité'». Il serait difficile de trouver rien de plus chrétien ni de plus humain qu'une telle direction.

Quant à l'enseignement proprement dit, les règlements scolaires qui nous restent, ainsi que les traités passés entre les communautés et les maîtres d'école, témoignent qu'il comprenait avec la connaissance de la doctrine et des pratiques religieuses, la lecture du français, du latin et des papiers [manuscrits], l'écriture, le calcul

ce qui a lieu de nos jours dans la plupart des écoles, et encore les dernières instruclions ministérielles affranchissent-elles l'élève de Tobligalion de fréquenler la classe jusqu'à 14 ans, quand il a obtenu à 12 ans le certificat d'études.

' Le duc de Mazarin recommande aiissi une certaine modération dans le châtiment, mais c'est « pour éviter tout démêlé avec les familles ». On voit ici toute la différence ({ui sépare l'esprit religieux de l'esprit laïque. Relativement à la conduite à tenir vis à-vis des filles de convertis, on peut admirer la sagesse du P. Fourier, quand, le 26 février 16'2i, il écrivait à ses sœurs de Metz : « Vous avez beaucoup d'escliolières... Si « quelque fdle de la religion prétendue réformée se trouvait parmi les « autres, traitez-la doucement et charitablement. Ne permettez pas que « les autres la molestent et lui fassent quelque reproche ou faschcrie. « Ne la sollicitez pas ouvertement à quitter son erreur, et ne lui parlez « pas directement contre sa religion ». {Lettres 11, 80, Recueil du Père Rogier.)

2 V. Puiseux, ibid., p. 32.^ et sq. — Cf., ibid., le Règlement du P. Fourier pour les écoles de tilles, p. 3o0 et 3G4.

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