‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 103 sur 232 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

ou arithmétique jusqu'aux règles de trois inclusivement, et pour les garçons le plain-ciiant, pour les jeunes filles le travail « en « diverses sorles d'ouvrages manuels honnestes... qui de soy puisce sent apporter quelque profit à celles qui les apprendront et « voudront s'en servir^ ».

La méthode en usage depuis le P. Fourier était celle de la leçon générale ou enseignement simultané, pour le succès de laquelle les maîtres devaient distribuer leurs élèves en trois classes différentes, et « faire en sorte qu'ils aient tous, dans chacune de ces « classes, des livres semblables et d'une même édition-». Les livres ne manquaient pas plus d'ailleurs à l'enfance que les écoles On peut en voir une liste intéressante dans Portagnier-' .

Beaux-Arts. — Le règne de Louis XIV n'a vu s'élever en Champagne aucun monument digne d'être signalé. Les guerres et la

* P. Fourier, art. il, parag. 10.

2 Le texte de la prescription est emprunté au règlement de Mgr do Juigné (1770) ; mais déjà la méthode à laquelle sont restes fidèles les écoles des Frères et qu'oui adoptée nos maîtres contemporains, était recommandée par le P. Fourier, dont ou n'a pas encore surpassé les enseignements pédagogiques. C'est lui qui, posant le principe de Venseignement muttiel, si fort en faveur dans la première moitié de ce siècle, recommandait de faire venir, après la leçon générale, les élèves deux à deux près de la maîtresse pour lire séparément : « Les fautes do toutes « deux seront marquées, dit-il, et si l'une ou l'autre en laisse échapper « quelqu'une à sa compagne sans la reprendre, ce sera une faute pour <i elle ». Constitutions, liv. lli, c. 11.

Au nombre des livres suivis dans les écoles des Frères i)0ur la leclnre des manuscrits, était la Cicilitè chrétienne de La Salle. Cet ouvrage rappelle un petit livre imprimé à Troyes en 1714, et (pii a pour titre : « Civilité honneste pour l'instruction des enfants, en la([uelle est mise « au commencement la jnanière d'apprendre à bien lire, prononcer et « écrire ; do nouveau corrigée, et augmentée, à la tiu, d'un très beau « traité pour bien apprendre l'orthographe, dressée par un missionnaire. « A Tntyes, chez la veuve Garnicr, 1714 ».

3 Truoaux de l'académie de lieiinsy i. LX, anu. 187d-187G, p. l.jo.

im LA P1U)VL\CE DE CHAMPAGNE.

misère (ini en a r\*'' la sniff on! à pciiif permis de réparer le (li'sordrc des ('-^liscs : sliiniih' |)ar les plaiidcs poilres jusqu'au trône, le j)roeiireiir du roi du hailliaj^e d(^ Troyes avait dû, le 'M) avril 1662, requérir huissier pour saisir le tiers du revenu des décimateurs, et l'appliquer à la restauration desédilices religieux '. Ce fut le principal objet de la sollicitude des autorités dans la seconde moitié du XVII" siècle. Ainsi, tandis que s'achève à Châlons l'église du collège (1678), Félix V'ialart remplace par deux flèches en pierres la flèche unique de la cathédrale détruite en 1668, substitue quatre nouveaux piliers à ceux qui soutenaient le sanctuaire, et que le feu avait fort endommagés, élève les trois chapelles du rond-point {Chapelles des Syhilles) placées derrière le sanctuaire, achève le collatéral, qui jusque-là s'arrêtait au deuxième pilier de l'abside, et rétablit le jeu d'orgues que l'incendie avait anéanti. Il consacre à ces réparations et à la construction à'nw jubé une partie de son patrimoine, les dons généreux de sa mère et les libéralités qu'il reçut de la cour à l'occasion des mariages de Monsieur, frère unique du roi, avec la princesse Palatine, et du Grand Dauphin avec Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, tous deux célébrés à la Cathédrale, le premier au mois d'octobre 1671 -, et le second en présence de Louis XIY, le 8 mars 1680. Le roi devait encore, en traversant Châlons au mois de mars 1681, encourager par ses largesses l'érection du maitre-autel et de son magnifique baldaquin, due à Louis-Antoine de Noailles.

Mais, à défaut des monuments de l'architecture, les chefs-d'œuvre de la peinture et de la statuaire ne manquèrent pas à la province. Le couvent des Récollets de Sézanne comptait parmi ses religieux un frère dont on admire plusieurs tableaux dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu de cette ville. On le nommait frère Luc, et il avait été à Rome le compagnon de Lebrun .

Reims possédait Jean Hellart (1618-1685), agréé de l'académie

1 Boutiot, t. IV, p. 408, 409.

2 Vialart fut appelé à bénir celui-ci. V. aux Arch. départ., G 29, f° 10, la ratification du mariage, et l'extrait du registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de la Trinité de Cbâlous, revêtu de la signature de Louis XIV, de la reine Marie-Ttiérèse, de Louis, dauphin, et de Marie- Christine.

AUTISTES CE[.EBRES. 291

royale do Peinture; Jacqiies Hellart, ^o\\ fils (1664-1 71U), peintre ordinaire du duc de Bourgogne, et Hulllot {Claude), habile peintre de fleurs, qui fut employé sous Louis XIV à la décoration du château de Versailles.

Langres avait aussi son peintre de fleurs, Robert Nicolas (de 1610 environ à 1684), qui acquit dans son art une grande célébrité. Nommé peintre du cabinet du roi, il composa un Recueil, qui, continué depuis par d'autres artistes, u est devenu le plus beau qui « soit au monde en ce genre ». La même ville compte parmi ses enfants un peintre sculpteur, Richard Tassel, qui s'est fait un nom par ses travaux, où il parait avoir assez bien imité la manière du Guide et de Caravage.

xMais c'était à la ville de Troyes que semblait appartenir le sceptre des arts : c'est une ville, disait, en 1677, le prévôt du bailliage, en donnant à Denis Chabouillé permission d'y professer la peinture, la sculpture et l'architecture, c'est une « ville qui renferme grand « nombre de personnes ayant cette inclination qui semble naturelle « à ceux du pays, d'où il est sorti tant d'excellents hommes pour « l'un ou l'autre de ces arts' ». kiwii Jacques Ninet de VEstain couvrait de ses tableaux le rond-point du chœur de Saint-Etienne, et faisait à Saint-Urbain, où les peintres-verriers et les brodeurs avaient fait élever un autel, le grand tableau du retable de la chapelle de la Croix ; ainsi Nicot peignait, en 1671, pour Sainte-Madeleine, le « mystère et vie de sainte Marie-Magdeleine » en dix tableaux- ; Jacgaes Carré., élève de Lebrun, l'histoire de saint Pantaléon en six tableaux pour sa paroisse ; ainsi Guillaume Cossard ornait de ses œuvres l'église Saint-Jean. Mais le héros de cette pléiade d'artistes était Pierre Mignard, dit le Romain (1610-1695), que ses contemporains ont porté jusqu'aux nues, que Molière, La Hruyère, Mme de Sévigné ont illustré, et dont on contemple encore à Troyes deux tableaux que l'église Saint-Jean doit à son pinceau (1667) : l'un re|)réseiitaiit le Baptême de Jcsus-Christ par saint Jean-Baptiste ; l'autre le Père éternel proclamant la divinité de son fds^ . Pierre avait un frère aine, Nicolas Mignard, membre

' Boutiot, I. IV, p. 480.

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29;2 I.A IMtOYLNO: DK CHAMPAGM!].

(le l'acadriiiic <h' l'ciiiliirc (]iii i)figiiail de la main gauche, et dont les œuvres, reinarquabh-s par leur coloris, sont répandues dans les galeries étrangères. Nicolas était aussi graveur, et, comme tel, estimé pour la force du dessin et l'intelligence de la pointe.

ïroyes, qui s'honore de leur avoir donné le jour, n'est pas moins fière de compter parmi ses enfants François 6' «/-«/-cZon (1028-1715), l'ami de Pierre Alignard, et l'un des plus célèbres sculpteurs français. Si les principales productions de son génie embellissent les jardins de Versailles {Bain cVApollo7i, Enlèvement de Proserpina) et la Sorbonne {Mausolée de Richelieu), Girardon n'a oublié ni sa ville natale, à qui il a offert son fameux médaillon de marbre blanc représentant Louis XIV, ni l'église Saint-Hemi, sa paroisse, à laquelle il a donné un christ de bronze, qui n'est pas le moins beau de ses ouvrages.

Sans se placer au même rang que Girardon, le rémois Jacques {Nicolas) (1050), fils de Pierre Jacques, a laissé un nom justement estimé. Reims lui doit, entre autres ouvrages, la clôture du chœur de Saint-Remi, la statue équestre de Louis XIII et les ornements qui décorent la façade de l'hôtel de ville.

Dans l'art du graveur, Reims présente comme s'étant illustrés Regnesson Nicolas (1625-1070), maître et beau-frère de Nanteuil, et Nanteuil Rohert (1030-1678), qui surpassa son maître en célébrité et mérita par son talent le titre de dessinateur et graveur du cabinet du roi. Son œuvre, en grande partie recueilli à la bibliothèque de sa ville natale, comprend plus de 250 portraits exécutés avec une rare pureté de burin. — Troyes nous offre, de son côté, Nicolas Cochin, qui a gravé dans le goût de Callot, dont on croit qu'il fut l'élève, et Louis Cossin (1033-1682), dont les portraits sont recherchés.

En musique se sont signalés Pascal Cotasse, de Reims (1630- 1709), gendre et élève du fameux Lully, et maître de musique de la chapelle du roi ; les frères Coaperin, de Chaumes-en-Brie, célèbres

« deux anges qui soutiennent Notre-Seigneur rappellent les gracieuses « figures de la femme et de la fille de l'artiste troyen », qui avait épousé une romaine, fille d'un architecte. {Les Arts et les Artistes dans l'ancienne capitale de la Champagne^ p. 57 à 60.)

organistes, dans la descendance de qui devait, pendant près de deux siècles, se perpétuer le goût délicat de leur art.

Comme acteurs tragiques et comiques, Troycsa donné au théâtre les frères Raisin, fils d'un organiste et comédien distingué : Jean- Baptiste (1656-1696), qui a surtout excellé dans le genre comique, et Jacques (+ en 1694), qui au talent de la représentation a joint celui de la composition dramatique légère.

Sciences et lettres. — Indépendamment des grands noms mêlés aux événements que nous avons exposés, la Champagne en compte plusieurs qui brillent dans le monde savant d'un éclat plus ou moins vif, et qu'il importe de rappeler :

Comme médecins, François Monginot, de Langres (1569-1650), successivement attacha- au prince de Coudé et à la personne du roi ; — Jacques Mentet, de Château-Thierry (-f en 1661), professeur de chirurgie et d'anatomie à Paris ; — Claude Tardy, des environs de Langres (1607-1670), qui embrassa avec chaleur la doctrine de la circulation du sang, et écrivit un Traité de l'écoulement du sang et un homme dans les veines d'un autre; — Jeati Bienaise, de Mézières (1601-1681), chirurgien non moins recommandable par l'élévation de son caractère que par son talent et ses succès ; — Denis Fournier, de Lagny (-}- 1683), chirurgien qui s'est surtout signalé dans la prothèse.

Comme moralistes, théologiens et critiques sacrés, Louis Cappel le jeune, de Saint-IIilaire-le-Grand (1585-1658), célèbre hébraïsant que Henri de La Tour, duc de Bouillon, choisit, dès 1607, pour précepteur des jeunes princesses ses filles, et qu'ont honoré la droiture de son caractère, la netteté de son esprit et la méthode de sa critique ; — le jésuite De:;, de la Neuville-au-Pont (164;M71i2), confesseur du Dauphin, fils de Louis XIV, que la confiance du roi chargea de l'établissement à Strasbourg d'un collège, d'un séminaire et d'une université dirigc-e par les Jésuites français ; — le jésuite Tho7nas Le Blanc, de Vitry-le-François {-\- 1()<)9), qui a écrit un certain nonibic^ d'ouvrages sur les devoirs desdifierents états, et un ample commentaire fort estimé sur les psaumes de David ; — le jésuite Nicolas Frizon, de Ueiius ( |- 1700), docteur en Sorbonne, qui a laissé une Vie de Sigisbert, une vie du cardinal Bellarmin et plusieurs autres ouvrages.

294 LA PROVhNCK DB CHAMPAGNE.

Comme Uttcratcurs, Nicolas Bourbon, de Vcndeuvro (lo74-l()44), prolesscur dY^loqiionco grecque au coll«'ge royal et membre de l'Académio française, qu'ont illustré ses poésies latines, non moins remarquables par l'c-lévation de la pensée que pai- l'énergie de l'expression ; ses Imprécations contre le parricide de Henri IV passent avec raison pour son chef-d'œuvre. — Nicolas Perrot d'Ablancourt, de Chàlons (1()00-1064), avocat érudit que la variété de ses connaissances a fait admettre dès l'âge de 31 ans à l'Académie française, el qui a laissé de nombreuses traductions d'auteurs grecs et latins ; malheureusement ces traductions se recommandent plus par les grâces du style que par la fidélité : aussi les appelait-on les belles infidèles ; — Thomas des Hayons, de Sedan (1G1^?-IG70 ?), l'un des poètes sortis de cette académie protestante qui comptait parmi ses théologiens Tinelus, le précepteur de Turenne, et qui jeta un moment un assez vif éclat ; mais, si le calviniste se montre dans les Larmes de Sion (1636), il paraît être revenu au catholicisme dans les Mystères de notre Rédemption, représentés en quatre tableaux {\}àh!o], et l'on peut assigner sa conversion à l'époque de celle de Frédéric Maurice de La Tour (1637) ; du reste ses ouvrages brillent plus par la pensée que par le style, — Pierre le Moine, de Ghaumont(5 mars 1602, 22 août 1671), jésuite qui s'est fait principalement connaître par son poème français : Saint Louis ou le lièros chrétien, publié d'abord en sept livres (1653) et plus tard (1658) en dix-huit sous le titre : Saint Louis ou la Sainte couronne reconquise, ouvrage qui, à son apparition, a été exalté comme un chef-d'œuvre, mais où les belles qualités et les défauts sont tellement mêlés que Boileau a dit de l'auteur : « 11 est trop « poète pour qu'on en dise du mal ; il est trop fou pour que j'en « dise du bien ». — Simon Pittre, de Fumay (1620 7-1690?), jéronymite du Mont-Calvaire, près de Charleville, qui, associant aux devoirs de la vie monastique le commerce des muses, a chanté en vers latins la vie et les vertus de la Sainte-Vierge. Quand son couvent passa aux chanoines Prémontrés, il alla professer la théologie au couvent de Fenare dans l'état de Gènes. — Edme Boursault de Mussy-l'Evèque (1638-1701), poète dramatique et financier, à qui la gaieté franche de ses comédies a fait une réputation méritée. Sans connaître le latin ni le grec, Boursault écrivait le français de telle sorte que ses amis lui proposèrent de le présenter aux suffrages

de l'Académie. Il se déroba modestement à cet honneur, en disant qu'il n'était point assez instruit. — François deMaucroLv, de Noyon (8 janvier 1619-9 avril 1708), sans être champenois, appartient à la Champagne par ses relations et sa vie' : chanoine de l'église de Reims, en digne ami de la Fontaine, avec qui « il a vécu en frère », il montra, comme lui, un esprit indolent et capricieux, du penchant pour la vie contemplative et un goût naturel pour la poésie. S'il a traduit plus d'ouvrages qu'il n'en a composés, le commerce des grands orateurs de l'antiquité. n'a point altéré l'heureux calme de sa philosophie, ni donné à son style une meilleure trempe : partout chez lui se voit plus de grâce que de force, et la grâce n'est pas toujours accompagnée du charme de la pudeur. Le Tellier, qui appréciait le talent aimable de Maucroix, se fit accompagner de notre chanoine à la célèbre assemblée de 1682, où il remplit les fonctions de secrétaire. — Simon Mopinot de Reims (1686-1724), savant bénédictin de Saint-Maur, professa les humanités avec succès, travailla à la collection des Lettres des Papes, et fit des hymnes, qui sont peut-être inférieures à celles de Santeuil pour l'énergie et la vivacité des images, mais qui l'emportent sur elles par le sentiment et la grâce.

Comme historiens ou chroniqueurs. Clément Macheret, d'Hortes (15.. -1660), chapelain de Saint-Pierre, curé d'Hortes, qui, outre différents ouvrages d'histoire ecclésiastique aujourd'hui perdus, a fait un intéressant Journal de ce qui s'est passé de mémorable à Langres et aux environs depuis 1628 jusqu'en 1658, lequel vient d'être publié pour la première fois par les soins du docteur Bougard. — Guillaume Marlot, de Reims (1596-1667), grand-prieur de l'abbaye de Saint-Nicaise, où il facilita l'introduction, en 1634, de la réforme de la congrégation de Sainl-Maur, a ('cril, entre autres ouvrages, une Histoire de la ville, cité et université de Reims, contenant l'état civil et ecclésiastique du pays, qui, successivemcnl composée en français et en latin, embrasse plus d'étendue dans le texte français, mais présente dans l'ensemble et le style moins de perfection -que dans le texte latin. — Oudard Coquault, de Reims (?-l()72), marchand, qui a laissé d'intéressants Mémoires embrassant une période de dix-neuf années (164'.l-1668), où, animé

' Sn villt' natale cii avail fait [lartio avant l,')!),').

2"j(; LA puo VINCI-: \m Champagne.

du désir do poindre an \]\' los hommos ot los choses pour l'instruction do la postorif('', il iriontro im ospriL g(''néralomont droit, sonsô et ferme, mais à l'égard dos .losuitos et des moines plus passionné que ne le voudrait la justice '. — Cluirles Le (Jointe, do Troyes (16H-1()81), savant religieux do la congrégation do l'Oratoire, qu'Alexandre Yll et Louis XIV ont honoré d'une estime particulière, et à qui Colbort lit accorder une pension en récompense de son mérite. Son principal ouvrage, Annales ecclesiastici Francorum, fruit d'une immense érudition, sera toujours utilement consullé pour l'histoire des quatre premiers siècles do la monarchie ('il 7-8'io). — René Bourgeois, de Reims (1G08, 19 novembre — 1G88), avocat au Parlement, qui a laissé des Mémoires encore inédits et fort curieux sur les événements arrivés à Reims depuis 1G40 jusqu'en 1078, c'est-à-dire durant une période double de colle qu'embrassent les mémoires d'Oudard Coquault, son contemporain. Membre du conseil de ville, il s'attache bien plus à la défense des intérêts publics qu'à l'appréciation do la société : c'est un narrateur exact, au besoin un avocat ardent plutôt qu'un philosophe. — Jean Mabilloii, de Saint-Pierromont près Buzancy (1632, 27 décembre — 1707), l'un des plus doctes religieux de la savante congrégation de Saint-Maur, on fut aussi l'un des plus vertueux et des plus modestes. Il avait fait ses études à Reims et pris l'habit à Saint-Remi. Bientôt chargé par le gouvornomont d'aller rechercher en Allemagne et en Italie tout ce qui pouvait servir à l'histoire et à la gloire de la nation, il en rapporta de précieux manuscrits dont il enrichit la bibliothèque du roi, et à l'aide desquels il composa la Litiirgia gallicana et le Museiim Italicum. Rome l'avait accueilli avec honneur, la renommée de son savoir était universelle ; seul Mabillon semblait l'ignorer. Colbort lui offrit vainement des récompenses ; l'académie dos Inscriptions fut trop heureuse do pouvoir inscrire son nom parmi ceux de ses membres honoraires (1701). Quand Le Tellier le

' Germain Beschefer, conseiller du roi, a laissé un journal qui embrasse 40 an7iées (1639-i679), et où il note sans art, avec les faits qui intéressent sa famille, les événements religieux ou civils qui se sont passés à Chàlous, sa ville natale. M. l'abbé Lucot, curé de la Catliédralc, qui l'a tiré de la bibliothé(|iie du Chapitre, se propose de le publier prochainement.

présenta à Louis XIV : « Sire, dit-il, voici le religieux le plus savant « de votre royaume ». — « Et aussi le plus humble », ajouta Bossuet, qui était présent à l'entrevue. Et « Mahillon, qui aimait mieux « mériter que d'entendre la louange, embarrassé de son maintien « et de toute sa personne, baissa les yeux ' ». Le nombre de ses ouvrages égale leur importance : après les deux que nous venons de citer, indiquons parmi les principaux , les Vetera analecta, De re diplomatica libri F/ avec le Supplément, \e% Acta sanctorum ordinis Sancti Benedicti ; les Anvales du même ordre, et un Traité des études monastiques. — Dont Thierry Ridnart, de Reims (1657-1709), le disciple et bientôt l'émule de Mabilion, dont il a écrit la vie. s'est signalé par les mêmes mérites et les mêmes vertus : il a particulièrement éclairé d'une critique judicieuse et ferme les actes des martyrs {Acta sincern niartyrum), son principal ouvrage. On lui doit aussi une vie du pape Urbain II, et le F/« siècle des saints de l'ordre de Saint-Benoit. — Jean Lacourt, de Reims (1695 ?-l 730, chanoine de la cathédrale, recteur de l'Université, a laissé sur sa ville nataledc nombreux documents historiques d'un vif intérêt, et des notes sur une foule de sujets d'érudition qui indiquent un savoir étendu et une critique scrupuleuse'. Soupçonné d'être l'auteur d'une épitaphe satirique qui parut à la mort de l'archevêque de Mailly, il fut enfermé à la Bastille, puis exilé pendant quelques années à Rouen.

VjOwwne g éograpJies, Claude Delisle, de Vaucouleurs (1644-1720), qui ouvrit à Paris des cours d'histoire et de géographie très suivis, a laissé divers ouvrages qui ne sont pas sans mérite, tels que Relation historique du royaume de Siam, Traité de chronologie, Introduction à la géographie avec un traité de la sphère ; mais sa principale gloire est d'avoir donné le jour au célèbre géographe Guillaume Delisle et au non moins célèbre astronome Joseph-Nicolas Delisle. — Jean Juhricn, « un naturel de Chàlons », qui brillait, en 1654, dans la géographie et le dessin, et qui publia une cartt^ géographique des pays et diocèse de Reims ^ .

' l:{oulliol (le C()nl)igiiy, Bioyrapldi' ardcnnaise .

- En niaimscrils dèposos ;'i la liiltli(t(liè(|ii(' lii» Uoiins : Mc)nnircs sur lex archevêques de Reims. — Varid selecld Reniensia. — Mélanges historiques . — Mariai aiuioté.

' Histoire de Chdlons, par doiii François (mauuscr.)

298 LA PROVLNCE DK CHAMPAGNE

Comme antiquaires et numismates, Claude Dumolinet, de Chàlons (l()20-l()87), chanoine régulier de Saint-Augustin <;t bibliothécaire (le ral>baye de Sainte-Geneviève, montra un goût spécial pour la numismatique et créa un cabinet de curiosités, dont il a publié la description ; il a aussi donné, entre autres ouvrages, une Histoire des Papes par médailles depuis Martin V jusqu'à Innocotl XL — Pierre Rainssant, de Reims (1623-1089), médecin, qui lut. en qualité d'antiquaire, nommé chef du cabinet des médailles de Louis XiV, et qui aida Le Blant dans la rédaction de son savant Traite des monnaies de France. — Marie-Antoine Oudinet, de Reims (1643-1712), qui succéda à Rainssant, son parent, dans la garde des médailles du cabinet du roi. Il fut membre de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et a laissé sur divers sujets de numismatique des dissertations estimées.

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