S. POURSUITES EXERCÉES. — IL Y EST MIS FIN. 30o
la même province, 1,000,000 de livres ; Héron, également receveur général de Champagne, pour 333,000 livres. Nous savons d'ailleurs que demoiselle Marguerite Vabois, veuve de M. Pierre Geoffroy, receveur des gabelles à Epernay, fut taxée à 6,000 livres ; Jean Geoffroy, son beau-frère, secrétaire et conseiller du roi en l'élection d'Epernay, à 15,000 livres ; Antoine Quatresols, ci-devant lieutenant du maire d'Epernay, à 10,000 livres ; Adam Bertin du Rocheret, ci-devant président au grenier à sel d'Epernay, à 3,000 livres, dont il a été déchargé ^ . Enfin Buvat nous apprend qu'au mois d'août 1716, « le sieur Germain Dubois de Grancey, receveur des « tailles à Chàlons en Champagne, fut démis de sa charge et taxé « à 200,000 livres. On le disait riche au moins à 40,000 livres do « rente - »...
L'Etat demeurant aussi endetté qu'auparavant, « un point capital « était de rétablir le crédit et la circulation^ ». C'est alors que le Régent, qui, par lettres patentes des 2 et 20 mai 1716, avait autorisé Law à établira ses frais une banque générale, voyant de quelle confiance elle jouissait auprès du commerce et de l'industrie, dont elle ranimait et développait les opérations, se décida à la convertir en banque royale (27 décembre 1718) et à déclarer ses billets reccvables dans tout le royaume en paiement des impôts. Déjà, au mois d'août 1717, il avait en faveur de Law autorisé la création d'une Compagnie cV Occident (Indes occidentales), à laquelle était concédé pour 25 ans le monopole du commerce de la Louisiane et des castors du Canada. Les avantages qu'offraient ces établissements étaient séduisants : chacun voulut en jouir, et la passion de s'enrichir devint générale. Law ne put satisfaire aux demandes du public, comme il ne put satisfaire aux frais de ses vastes entreprises, qu'en multipliant outre mesure ses actions. Le trafic qui s'en fit donna naissance à des fortunes inouïes, et l'enivrement où celles-ci jetèrent la foule entraîna la spéculation dans les voies les plus hasardeuses.
^ Fonds Berlin du Rociieret, ibid.
^ Journal de la Régence, t. l'^'", à Tannée et au mois indiqués. — Il ne saurait y avoir intérêt ni prolit à pousser plus loin les rcclierchos sur ce chapitre.
^ Mémoires politiques et miiilaires du duc de iNoailIes. (Colleclion Mich. et Pouj., ibid., p. 26o.)
300 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE. iti'j-it-o.
Mais, quaiifl U-s agiolcnrs voulun^it, on décembre 1719, réaliser leurs briirrioes, on s'ajx'iriil f|iril y avait moins de numéraire que de papier' . Il y eut une baisse subite dans les aclions, la baisse amena une panique générale, et les porteurs de billets mirent à les échanger contre des espèces le même empressement avec lequel ils les avaient recherchés à prix d'argent. 11 en résulta un eflondrement effroyable des valeurs, et aux rêves d'opulence on vit succéder avec les ruines les désespoirs les plus lamentables.
Le mal, après tout, avait plus affecté la capitale que le reste de la France. Le Régent crut y remédier en intéressant la nation à la fortune de la Banque, et, le 27 février 1 720, il faisait défendre de garder chez soi plus de 500 livres en espèces, sous peine de confiscation ou d'amende, et de payer 100 livres et plus autrement qu'en billets de banque "-. 11 ne fit que provoquer la disparition de l'argent. « Sur la fin de l'année 1720, dit notre journal rémois, il devint si « rare qu'on n'en voyait presque plus. Les remboursements étaient « faits en billets qu'on ne savait où placer, personne ne voulant s'en « charger. Les notaires ne pouvaient passer contrat avec une com- « munauté à un denier plus haut qu'à 2 0/0. Il n'y avait qu'à l'hôtel c( de ville de Paris où il était permis de contracter à 2 et demi 0/0, « c'est-à-dire au denier 40. Nous dûmes y recourir comme le reste « de la France », et supporter la perte de la moitié des rentes « que « nous avions touchées en 1719 ^ ». Ainsi, dès la fin de juillet, perdait-on 4 livres par billet de banque de 10 livres, 50 à 60 par billet de 100 livres \
Cette situation ruina plus d'une entreprise ; elle entrava la construction du collège de Vitry ; elle mit un terme aux travaux d'édification de l'évêché de Ghâlons ; on alla même ici jusqu'à démolir ce qui avait été fait. En voyant s'écrouler l'échafaudage de ses plans et s'amasser contre lui les fureurs populaires, Law s'était enfui le 14 décembre 1720, emportant les malédictions de ses victimes, qu'il
* Les actions en étaient venues à valoir 80 fois tout l'argent qui pouvait circuler dans le royaume.
2 Journal de la Régence, t. 11.
^ Hist. de la Congrég. de Notre-Dame, p. to9, 160.
* Buvat, Journal de la Régence, p. 172 et 173. V. aussi p. 197 (année 1721).