SACRE DU ROI
a Cependant », dit le rapport de la députation cliàlonnaise au conseil de ville, « M. le marquis de Dreux, grand maître des cérémonies, « fit appeler MM. les députés de la ville de Châlons avant ceux de « Troyes ; ils se présentèrent, et MM. de Troyes ayant renouvelé « leurs prétentions, comme le lieu n'était pas convenable pour a soutenir les droits de la ville de Chàlons, M. le garde des sceaux « a autorisé les partis à donner leurs moyens.... après le retour à (( Versailles, pour être réglé définitivement sur les- prétentions « respectives K » On ne pouvait plus habilement déguiser sa déconvenue. Nous savons, en effet, qu'après des « discussions et contes- « tations...j qui furent si violentes qu'on fit usage de part et d'autre « de voies de fait^ », les Troyens, forts de la convention de la veille et de la place qu'ils occupaient devant la porte, furent introduits avant les Chàlonnais : M. de Baugier l'avoue dans une lettre du 25 novembre 1723, insérée dans le Journal de Verdun^.
Ces particularités ne furent pas les seules qui signalèrent le sacre de Louis XV ; en voici deux autres qui se rapportent au cérémonial lui-même. « Les quatre otages de la Sainte-Ampoule, au lieu de « rester, suivant la règle et l'usage, à l'abbaye de Saint-Remy « jusqu'à ce que l'ampoule y fut rapportée, ne voulurent pas se (( priver du spectacle du sacre, et l'on se contenta de leur serment « de rapporter l'ampoule ». « Ces otages », ajoute Duclos, après avoir raconté l'irrégularité qu'ils commirent, « ne sont, à la vérité, « qu'une formalité, mais le mépris des formes entraine bientôt « parmi nous celui du fond. Nous employons si souvent la formule ({ sans tirer à conséquence, qu'à la fin tout sera sans consé- « quencc* ».
Une autre coutume qui avait été jusque là scrupuleusement suivie
* Le rapport est de Baugier, et comme on peut le voir, il présente les faits sous un jour fort équivoque.
2 Avis de l'intendant Rouillé d'Orfeuil sur les prétentions soutenues par les deux villes en prévision du sacre de Louis XVJ. (Nous y reviendrons à cette époque). Cf. le Mèinoire présenté par Al. Cellier au congrès archéologique de mai 1855.
3 Ann. t7;24, p. 84. — V. à V Appendice quelques courtes rélloxions sur la question de la capitalité de la Cha^npagne.
'" Mém. secrets de Duclos, dans la colleclion Midi, cl Pouj., (. XXXIV,
cl qui consacrait \o soiiv<'iiir dos droits primitifs de la nation, fut aussi transgressée : « c'était de laisser enlrfr dans la nef de l'église (( le peuple, bourgeois et artisans, qui joignaient leur applaudisse- « ment à celui du clergé et de la noblesse, lorsqu'avant de faire (( l'onction du roi, on demande à haute voix le consentement de <( l'assemblée représentant la nation. Au sacre de Louis XV, on « n'ouvrit les portes au peuple qu'après l'intronisation. L'ancien « usage, fait encore observer Duclos, ne devait pas s'abolir sous un « ministère sorti de la lie du peuple* ».
Le troisième jour après la cérémonie, le roi alla voir son camp établi sous les murs de la ville, et, le lendemain 29, il toucha près de 2,500 malades des écrouelles. Le 30, il quitta Reims pour aller coucher à Fismes, et de là, le 31, il se rendit à Soissons, où il passa le jour de la Toussaint '-.
Un an ne s'était pas écoulé que le cardinal Dubois mourait (10 août 1723), bientôt suivi dans la tombe par son élève le Régent (3 décembre). 11 semblait assez naturel que le fils de ce prince lui succédât ; mais le nouveau duc d'Orléans ^ , pieux et modeste, ne demandait qu'à rester obscur, ainsi qu'il le montra, quand il vint à Sarry épouser incognito la princesse de Baden (8 juillet 1724), et qu'il refusa les dons et les compliments de la ville de Ghâlons. Le précepteur du jeune roi, Fleury, qui aurait pu recueillir l'héritage du pouvoir, crut sage de le faire passer aux mains d'un autre prince du sang, qui semblait y avoir quelque droit. Louis-Henri de Bourbon, dont l'esprit était aussi borné que le cœur corrompu, ne
' Id., ibid.— Duclos se trompe en cela. Les parvenus n'ont rieu tant à cœur que d'égarer l'opinion sur leur origine, et de rompre avec le passé .
^ Au sacre de Louis XV, l'évêque de Langres, malade, fut, parmi les pairs ecclésiastiques, remplacé par celui de Châlons ; celui-ci, par l'évêque de Noyon, et ce dernier par l'ancien évêque de Fréjus.
Les pairs laïques étaient représentés, le duc de Bourgogne, par M. le duc d'Orléans, régent du royaume ; celui de Normandie, par le duc de Chartres ; celui d'Aquitaine, par le duc de Bourbon ; le comte de Toulouse, par le comte de Charolais ; le comte de Flandre, par celui de Clermont, et le comte de Champagne, par le prince de Conti.
L'arclievêque de Sens et l'évêque de Troyes assistaient à la cérémonie.
3 Louis, auparavant duc île Chartres.