MARIAGE DU ROI
signala son ministère que par des fautes, soit que le rigoureux édit du 14 mai 1724 soulevât contre le gouvernement les philosophes, dont l'influence sur l'opinion publique allait grandissant ; soit que l'établissement pendant une période de douze années de l'impôt du 50^ (5 juin 1725) sur tous les revenus, sans en excepter ceux des nobles et du clergé, indisposât les classes privilégiées ; soit que le brutal renvoi (5 avril) de la jeune Infante solennellement destinée à Louis XV vînt ébranler l'alliance de la France et de l'Espagne, sans trouver aucune compensation dans l'union du monarque avec la fille d'un roi détrôné et vivant obscurément à Weissembourg (Alsace).
C'était le 17 mai, après son diner, que Louis XV avait déclaré son mariage avec Marie Leczinska. Le 15 août, M. le duc d'Orléans avait, au nom du roi, é430usé la princesse à Strasbourg, et le 27, la future reine de France, franchissant la frontière sous l'escorte d'un régiment de dragons et de la maréchaussée de la province, faisait son entrée dans Sainte-Menehould, après avoir joui, dans la traversée de l'Argonne, du spectacle d'une chasse au cerf, que lui avait ménagé Joyeuse, lieutenant général de la Champagne. Reçue par l'intendant, M. Lescalopier, et haranguée par le maire, elle s'avança par des rues jonchées de fleurs et ornées de tapisseries qui dissimulaient à ses yeux les ruines de la ville, jusqu'à la maison où elle devait descendre, et qui était la seule un peu logeable échappée à l'incendie. Des illuminations et un feu d'artifice égayèrent la soirée. Le lendemain matin (28), Marie Leczinska partait pour Chàlons, où, grâce aux pluies qui avaient défoncé la grand'route, elle n'arriva qu'à huit heures du soir, pour être reçue aux flambeaux.
La capitale de la généralité n'avait rien épargné pour l'accueillir avec honneur. Des arcs de triomphe avaient été élevés à l'entrée comme à la sortie de la ville, et devant la maison destinée à son logement ; les rues étaient ornées de tapisseries et jonchées de fh^u's, et le portrait du roi se dressait sous un dais devant l'hôtel de ville. M. de Parvillez, lieutenant de ville, à la tète d'un escadron de IGO jeunes gens, tous vêtus d(; rouge avec un nœud de rubans à l'épaule et la cocarde blanche et jaune, était allé au-devant de la princesse jusqu'à L'Epine, et précédait la voiture, suivi du régiment (le Noailles et des gardes du corps. Elle se rendit ainsi, au milieu des acclamations enthousiastes de la foule, à la cathédrale, où l'ut
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chanté un Te Dcum. Los r(!'Ccptions eurfnl lion ensuite, et les déput('ïs de Reims furent tout d'abord appelés à olTrir à la reine les hommages et les présents de leur ville ; ces derniers, consistant en confitures sèches et poires de rousselet, furent très goûtés des seigneurs et des dames de la cour, qui s'en firent « sur le champ « un vrai régal ». Le corps de ville de Ghâlons fut admis après la dépulalion rémoise' . Quant aux représentants de la ville de Troyes, on les renvoya « au lendemain, au voyage de Pocancy..., où la reine « devait dîner », ce qu'ils acceptèrent « sans aucun murmure ». Après avoir séjourné le !^1) à Chàlons, Marie Leczinska partit le )J0, se rendant à Fontainebleau pour la célébration de son mariage, qui s'y fit le 5 septembre. Elle était arrivée le 2 à Provins, et le 4 près de Moret, où l'attendait le roi ; là son carrosse s'embourba de telle sorte c( qu'il fallut y mettre plus de 30 chevaux pour le retirer - ».
Monsieur le duc triomphait : le mariage était son œuvre, et il y avait fondé sa fortune. Mais, au moment où il comptait le plus sur la faveur de la reine, son impopularité le perdit. Exilé, le 11 juin 1726, à Chantilly ^, il dut céder la place à l'ancien précepteur du roi, qui, peu de mois après (septembre), devenait le cardinal Fleury.
^ Le conseil de Aille offrit à la reine « des confitures sèches, des bougies et des fruits de la saison ». Sa suite ne fut point oubliée, et les ducs d'Antin, de Noailles et de Beaumont reçurent particulièrement, chacun, deux douzaines de flacons de vin. (V^. le Registre des conclusions, ann. 1725, qui présente de longs détails sur le passage de Marie Leczinska.)
2 Barbier, t. 1, p. 227.
3 II en fut rappelé l'année suivante (décembre 1"27), mais sans espoir de retour à la direction des affaires. 11 devait, en juillet 1728, épouser au château de Sarry la princesse de Hesse-Rhinfelds.