CHAPITRE II
DE SEPTEMBRE i72U AU MARIAGE DU DAUPHIN AVEC MARIE-ANTOINETTE (1(3 MAI 1770).
Bienfaits du ministère de Fleury. — Maladie du roi à Metz ; inquiétude de la Champagne.
— Le retour du roi à la sanlé ramène la joie dans tous les cœurs. — Agitation janséniste. — Les prélats champenois s'efforcent de la calmer. — Conduite de Saulx-Tavannes à Ghàlons, de Jules de Rohan à Beims. — Le parlement intervient dans la querelle en faveur des anti-constitutioiinaires. — Ordre royal de se renfermer dans le silence général.
— Condamnation et exil de Poncet de la Rivière. — Cédant aux instances de l'assemblée générale du clergé, le pape prononce sur le respect dû à le bulle Unigenilus. — Le Parlement condamne le bref de Benoit XIV. — Le roi, au contraire, l'appuie de son autorité. — Sur ces entrefaites, a lieu l'attentat de Damiens. — Les jansénistes ont l'art d'en rejeter l'odieux sur les Jésuites : l'institut est banni.— Ce coup enhardit le Parlement ; fatigué de ses résistances^ Louis XV le casse. — Création de six conseils supérieurs, dont un est établi à Chàlons, — Résislance du bailliage de Troyes à l'enregistrement de l'édit : le bailliage est cassé. — Mariage du Dauphin avec Marie-Antoinette. — Fêtes à Chàlons à l'occasion de leur passage en celte ville.
L'administration du cardinal devait être assez habile pour calmer le trop juste ressentiment de Philippe Y, qui, en le jetant dans les bras de l'Autriche, menaçait d'embraser l'Europe, et pour donner aux Bourbons d'Espagne le royaume de Naples, à la France les duchés de Bar et de Lorraine. Le beau-père de Louis XY, Stanislas Lcczinski, porté une seconde l'ois au trône de Pologne par les sulTrages de la diète, avait dû se retirer devant l'invasion des armées russes et autrichiennes unies à celles de la Saxe, et quitter son royaume en fugitif. L'affront était sanglant pour Louis XY ; la nation le ressentit : elle « est comme folle », écrit Mathieu Marais (20 octobre 1733), et court à la vengeance de son roi ». Dès le mois d'août, il y a tant de troupes « en Alsace et dans le voisinage que « les derniers régimentsqu'on envoie ne peuvent pas passer par Barce sur- Aube »(27 août). Une ordonnance du 12 novembre a augmenté de 30 bataillons les milices levées en exécution de l'ordonnance du 2o février 1720 ; ce qui en porla le nombre à 123 en 1734, et celui
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Û0& miliciens à 84,000'. Tandis que Ifs armi/cs confédérées de la Franco, de l'IUspagne el de la Sardaignc envahissent l'Italie, où ne lardait pas à se signaler le régiment de Champagne^, on entre dans la Lorraine : nous voici « en pleine possession » du duché, et « la Champagne » est désormais « à couvert des Allemands ». On vole au Rhin et on le franchit les 13, 14 octobre et jours suivants''. La victoire couronne partout nos armes, et le traité de Viorne (1738) permet enfin à Stanislas Leczinski de se reposer jusqu'à sa mort (17(56) dans la jouissance des duchés de Bar et de Lorraine'' .
Ce prince n'avait pas allendu le traité pour aller avec la reine de Pologne prendre possession de ses nouveaux Etats. Dès le 1^' avril 1735, partant de Meudon, il était allé coucher chez Paris-Duverney à Mont-Saint-Père (près de Château-Thierry), et de là à Epernay ; puis, passant par Jalons, Aulnay, « dont les demoiselles vêtues « galamment vinrent le complimenter », il franchit en cet endroit la Marne et arriva à Chàlons, qu'il ne fit que traverser pour se rendre à Sarry. Il ne s'arrêta du reste qu'une heure au château épiscopal et se dirigea sur Vitry pour gagner Saint-Dizier. Deux jours après son départ de Meudon, la reine, quittant à son tour cette résidence, et prenant la route de La Ferté à Chàlons, par Montmirail, était venue coucher à Congy, où l'attendait l'intendant de la généralité, et où elle arrivait à 7 heures du soir. De là elle s'était rendue à Sarry, en passant par le château de Renneville, où elle déjeuna ; puis, après un court séjour à Sarry, elle était partie pour Vitry, où elle arrivait, le 10, à six heures du soir, et recevait l'accueil le plus
^ Le contingent de la généralité de Champagne est de 600 h.
2 Notamment au siège de Pizzighitone, où, le 18 novembre 1733, il entra « dans la tranchée tambour battant, coutume usitée dans le seul régi- « ment de Champagne. 11 y a effeclivement de la hauteur à avertir les « assiégés que c'est lui qui monte la tranchée ». (^Barbier, t. Il, p. 31.)
^ Le 14 octobre même arrivaient à Sézanne, conformément à l'itinéraire tracé par « le roi de Sardaigne, de Chypre et de Jérusalem » et adressé aux communautés qu'il regardait, huit bataillons (5,480 hommes) et six escadrons (960 chevaux) piémoutais, se dirigeant sur le Rhin (M. Marais, t. IV, p. o34. V. aussi p. o30 et o31).
* La maison de Lorraine, qui avait pour chef François-Etienne, depuis deux ans époux de Marie-Thérèse, fille aînée de Charles VI, obtenait en compensation de la perte des duchés, l'expectative de la Toscane.