‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 12 sur 232 · MISERE DES CAMPAGNES DE REIMS A RETHEL · texte numérisé non relu

MISERE DES CAMPAGNES DE REIMS A RETHEL

la vie, comme les soldats avaient lait le pillage et la mort, les braves missionnaires avaient établi différents postes dans la vallée de la Vesle, depuis Pars jusqu'à Magneux, d'où, secondés par les Filles de La charité, ils multipliaient dans plus de trente villages les prodiges de leur dévouement '.

Mais c'était surtout entre Reims et Rethel que le mal était grand. « Après avoir soutenu depuis six mois», disent en leur relation de janvier 1651 les missionnaires de Vincent accourus à l'aide des populations champenoises, « après avoir soutenu le joug pesant « d'un impitoyable ennemi et le passage des armées, la Champagne « est en état de dire ce qui est dit du fils de Dieu, appelé l'homme « de douleur : « 0 vous tous, qui entendez ce récit, voyez et conte sidérez s'il y a une douleur pareille à la mienne ». « Il n'y a point « de langue, en effet, qui puisse dire, point de plume qui puisse « exprimer, point d'oreille qui ose entendre ce que nous avons vu « dès le premier jour de nos visites : toutes les églises profanées « ou pillées, les prêtres ou tués ou maltraités ou mis en fuite ; « toutes les maisons démolies, toute la moisson emportée, les terres « sans labour et sans semence ; la famine et la mortalité presque « universelles ; les corps sans sépulture et exposés, la plupart, à « servir de curée aux loups. . . ».

Pour comble d'horreur, plus de 1,500 cadavres étaient restés, depuis environ deux mois, sur le champ de bataille de Sompy, sans autre sépulture que le ventre des chiens et des loups qui en avaient dévoré un grand nombre. Ces restes informes et hideux, dédaignés même à la fin par les animaux, exhalaient une odeur qui empestait la contrée. Grâceà l'héroïsme du missionnaire Desehamps, secondé par les paysans du voisinage, les secours de la ville de Reims, et une petite gelée qui survint à propos, on put les confier à la terre 2.

En même temps les Filles de la charité, de concert avec les prêtres de la Mission, prodiguent aux malheureux leur vie av^c les secours envoyés de Paris : des potages préparés selon les prescrip-

' Maynard, id., p. lo'i. — Cf. Oiid. Co(i., p. 188.

- L'opération coûta cent éciis. Maynard, t. IV. p. l.")l>, IGU, 1G4. — Conclusions du Conseil de Reims, 31 déconibre, ])our faire enterrer les morts de la bataille; — 8, 13 février, id.

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lions de Vincent ', sont distribués de toutes parts ; des hospices, ouverts à Rctliel, à Bonlt-sur-Suippe, à Sommepy, à Donclierv, etc., reçoivent les malades. Ce fut, pendant les mois de janvier et de février, une dépense de plus de 3,000 livres par semaine pour la Champagne et la Picardie -.

Malheureusement rien n'est sacré pour le soldat et surtout pour la horde allemande de Rosen. Sa rapacité n'épargnait pas même « les provisions de vivres, d'habits et d'autres choses qui étaient « destinées pour les pauvres », en sorte qu'il devenait impossible aux prêtres de la Mission « de continuer une œuvre si charitable « et si importante à la gloire de Dieu et au soulagement du peuple, ce si Sa Majesté ne les prenait en sa protection et sauvegarde « spéciale ^ ».

Dès le 3 janvier 1651, Fabert, s'adressant à Mazarin, avait sollicité l'intervention de ce ministre pour arrêter un mal qui ne ruinait pas seulement l'humble chaumière des champs, mais qui s'attaquait aux châteaux mêmes des gentilshommes, entravait le commerce et poussait déjà les paysans à prendre les armes pour sauver ce qui leur restait ^'. Une ordonnance royale du 14 lévrier vint faire défense expresse aux gens de guerre de loger « dans les villages « des frontières de Picardie et de Champagne pour lesquels les « prêtres de la Mission de M. Vincent leur demanderaient sauve- « garde pour assister les pauvres et les malades, d'entraver ces « prêtres dans l'exercice de leur pieux ministère », et de rien leur prendre, ainsi qu' a aux personnes employées avec eux ou par eux, « à peine de vie^ ».

' Maynard : Nourriture pour cent pauvres, p. 139.

2 Mayn., p. 164, et Oud. Coq., p. 188. — « La Champagne n'avait pour « sa part que mille livres par semaine, ce qui n'estait qu'une goutte d'eau « dans un A^aste océan de misère » (Marlof, p. S9o). Avec cela, « il n'est « pas croyable, écrivait Vincent à Rethel, le 20 mars 1651, combien ces « dames [de Paris] ont de peine à soutenir le faix d'une si grande dépense, « qui va à plus de 15,000 livres tous les mois pour ia Champagne et la « Picardie. » (Lettre conservée aux Archives de Rethel.)

3 Ordonnance royale du 14 février 1651, apud Feillet, p. 246.

'* Apud Feillet, p. 294. La lettre était signée à la fois par Fabert. Noirmoutiers, Bussy-Lamet et Montaigut.

^ Feillet, p. 246. Ordonnance citée plus haut.

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