‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 111 sur 232 · LA LORRAINE ACQUISE. — MALADIE DU ROL · texte numérisé non relu

LA LORRAINE ACQUISE. — MALADIE DU ROL

cordial. De Vitry elle avait pris la route de Saint-Dizier pour entrer en Barrois ' .

Cette sympathie respectueuse qu'elle s'était plu à manifester à Leurs 3Iajestés pour l'amour de son roi, la Champagne devait la l'aire éclater d'une façon singulière pour le roi lui-même, à Toccasion de la maladie qui faillit l'emporter à Metz (1744). Il était venu à Chàlons le 1^'' août, allant rejoindre l'armée qui devait secourir l'Alsace envahie, et la cité n'avait rien omis pour le recevoir dignement. Après y avoir passé la nuit, il était parti pour Sainte-Menehould, où il avait été accueilli en restaurateur de la ville, et complimenté avec autant d'esprit que d'aisance par un maire dont la bonne mine égalait raffabililé. Le soir il y avait eu illumination générale, et pour éviter tout accident, on avait pris soin de disposer de distance en distance des tonnes d'eau au coin des rues - .

Quelques jours après, on apprenait qu'à peine arrivé à Metz, le roi était tombé malade d'une fièvre maligne qui mettait ses jours en danger. Cette nouvelle jeta la France entière dans une profonde douleur ; mais la Champagne en fut d'autant plus consternée qu'après avoir vu Louis XV si brillant de santé, elle voyait se succéder les membres de sa famille, qu'une pieuse sollicitude appelait à Metz : Mgr le Dauphin, qui, se dirigeant sur Sainte- Menehould, coucha, le lo, à Chàlons sans vouloir accepter aucun honneur, et que le canon seul, les cloches et la foule avec ses acclamations accompagnèrent à son départ ; puis, quelques heures après (16), la reine, qui ne s'arrêta que quelques instants, et prit sa route par Vitry, ainsi que Mesdames de France arrivées dans la nuit. On ne pouvait croire qu'on fût exposé à perdre un prince adoré et qui promettait un règne sage et honnête ; on adressait nuit et jour au Ciel d'incessantes et ferventes prières ; on attendait sur la route les courriers, et l'on faisait c7^«me pour transmettre les bulletins d'une santé si chère ^ . Quand, dans la nuit du 18, l'un des courriers

' Recueil Arnould, t. 1'^'", lettre écrite de Vitri/.

2 Ruircttc, p. 439.

3 Le roi fut aclmiiiislré, m;iis il n'avait poiiil rceii \i^<. sacreineiits (pic iroLit élé éloijii^née sa favorite, Mme de Cliàteauronx. VAW repassait incognito, le ]8, à Sainte-Meiielioiild, (|iiainl. a|)rès ([ii'elle eut diiié eliez Tcntr(>pos('iu' des tabacs, I(> p(Mi|>le, averti de sa présence, la poursuivit de si's Inicrs à SDii di'parl cl ciHi\ril de Iiduc '^a vnitnre. J-ltTrave, (die se

annonça quo le roi était hors de danger, la joie (''clata de toutes parts par des actions de grâces. Les Chàlonnais en particulier illiiminrrent d'eux-mêmes, et le 27 septembre, à 7 heures du soir, entonné par l'évêque, retentissait le chant du 7c' JJenm sous les voûtes de Notre-Damc-en-Vaux éclairées de mille leux.

Fleury ne fut pas témoin de ces trans[)orts d'allégresse : la mort l'avait enlevé le 29 janvier 1743. Mais on peut dire que les témoignages d'affection qui allaient directement au roi étaient aussi des manifestations de la reconnaissance publique pour les bienfaits d'une administration laborieuse, économe, probe et désintéressée, qui avait arrêté le gaspillage des finances, mis un terme aux variations des monnaies, diminué les tailles et supprimé le cinquantième (7 juillet 1727).

Pourquoi fallait-il qu'un ministère si sage fût troublé par l'opposition janséniste ?

A Gaston de Noailles avait succédé sur le siège de Chàlons M. de Saulx-Tavanves,(\m, nommé le l"' janvier 1721, avait fait, le 1(3 décembre suivant, son entrée solennelle dans sa ville épiscopale. Celle-ci lui avait offert, avec le vin d'honneur, un « calice de verce meil en dedans et en dehors » du poids de cinq marcs, et « trace vaille de la main d'un habile ouvrier et du goût moderne, de (( manière qu'il fit honneur à la cité' «. La patène n'avait point été oubliée, et le tout était du prix de 610 livres. Le prélat avait été touché ; il était d'ailleurs animé d'un grand esprit de modération, et possédait une parole douce et persuasive.

A la première séance du conseil qu'il présida (22 décembre), il se plut à annoncer que, si la paix avait été un moment troublée par les prétentions de son prédécesseur à la préséance et présidence de son bailli dans le conseil de ville, il avait à cœur de la rétablir, et entendait que ledit bailli n'eût d'autre place que celle que lui

jette dans un chemin de traverse, et arrive le soir à Possesse, où le curé lui fait bon accueil et lui offre le gîte. Elle lui promet en retour, si elle revient en faveur, de ne pas oublier ce service. Elle recouvre, en effet, bientôt après les bonnes grâces du roi, mais elle en jouit peu, et avec les jours de cette favorite s'évanouirent les promesses faites au charitable curé (Buiretfe, p. 440).

1 Conclus, du conseil de ville, du J7 février.

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