‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 112 sur 232 · LE JANSÉNISME A CHALONS · texte numérisé non relu

LE JANSÉNISME A CHALONS

donnait le rang de sa nomination et réception, telle qu'il la prenait en la présente séance. Cette déclaration remplit de joie le conseil, qui s'empressa de remercier l'êvéque ^ .

Mais c'était surtout à pacifier son diocèse envahi par l'erreur que M. de Saulx-Tavannes devait s'appliquer, et il y mit en général tant de douceur que, le 8 janvier 1730, les Nouvelles ecclésiastiques elles-mêmes étaient obligées de reconnaître que les appelants perdaient tous les jours du terrain à Chàlons *.

Toutefois il dut sévir à l'égard de plusieurs élèves de son séminaire et remplacer les directeurs de cet établissement. Comme il s'apprêtait à conférer les ordres le samedi saint 4 avril 1722, il n'eut pas plus tôt déclaré sa volonté de faire signer aux ordinands un formulaire d'adhésion à la bulle Unigenitus, que tous les exercices de la retraite furent suspendus : on tint des conférences, on se répandit dans la ville pour y chercher conseil, et la nuit suspendit à peine l'agitation dont fut remplie la journée du jeudi saint. Appelés le lendemain à paraître devant le prélat, « les ordinands « ne se décident à le faire qu'en entrant tous ensemble, et non c( séparément, comme on le voulait ». Ils avaient compté « que leurs « dispositions étant les mêmes, ils prendraient tous le même parti »; mais, comme ils furent invités nommément à signer le formulaire, si le premier à qui on le présenta et qui manifesta quelque scrupule à y donner son adhésion, fut immédiatement congédié, la plupart des autres, comme notre chroniqueur, Gagney, qui aspirait au sous-diaconat, firent moins de difficulté de se soumettre. Les récalcitrants u n'eurent que deux ou trois heures pour faire leur « paquet et se retirer 3 »,

Après le séminaire vint le tour des maisons religieuses, et particulièrement des couvents de filles. Les Ursulines de Chàlons se signalèrent surtout par une opiniâtre résistance aux invitations réitérées de l'évèque : il fallut leur ôter leur supérieure, leur confesseur, et leur interdire toute communication avec le

1 Conclus, du 22 (léccmbrc 1721.

2 M. (le Saiilx-Tavaniios avait doinu'', (mis ans auparavant (1727) un catècliiaiiu' d(;stiiio sans doute à fain^ oïdjlior le Catècliisiin' à l'usage des enfants (1709; de Mgr Gaston de Noaillcs.

■"' (îai'iioy, eufé de Clianceiiav, ji. 'i'i'i el si|.

328 LA PR0V1NCI-: DK CHAMPAGNE. 1728-1730.

dehors ; encore n'obtint-on qu'une obéissance plus apparente que réelle'.

Quant aux ecclésiastiques, ils cédrrent assez lacilenient.

Dès le 10 avril 1723, M. de Saulx avait déclaré son adhésion à la bulle, et cinq ans après (21 avril 1728), le chapitre de l'Eglise métropolitaine avait l'ait d(''pôt de l'acte par lequel il acceptait avec respect la Constitution, et renonçait à tous appels -'. Ces exemples, joints aux pressantes exhortations que la visite de son diocèse * permettait au digne prélat d'adresser aux curés suspects ou manifestement appelants, ramenèrent au devoir la meilleure partie du clergé, et s'il y eut encore quelques récalcitrants obstinés, M. de Saulx ne leur infligea pas d'autre peine que celle de les obliger à méditer plus sérieusement sur leurs obligations vis-à-vis de l'I'^giise et de son chef. Ainsi pensait-il en user à l'égard du curé de Baye, qu'il avait condamné à passer trois niois dans la maison des Jésuites. Mais le curé, loin de se soumettre, en appela au Parlement, et celui-ci, le 20 juillet 1730, faisait défense à l'évêque de mettre son arrêt à exécution sous peine de 1000 livres d'amende ' .

Le successeur de M. de Mailly sur le siège de Reims, Armand- Jules de Rohan (1721-1762), ne devait guère être moins heureux que l'évêque de Châlons, dans la campagne qu'il mena contre le jansénisme^. De prétendus miracles, dont le parti faisait grand bruit, attiraient à Avenay une foule exaltée sur le tombeau du curé Rousse, mort le 9 mai 1727, appelant et réappelant : l'autorité archiépiscopale dut arrêter ce concours en interdisant le pèle-

2 Recueil Arnould, t. P"".

3 Ou peut juger du soin avec lequel M. de Saulx procédait à celte visite par la lecture des procès-verbaux paroissiaux conservés aux archives du département de la Marne,

* Nouvelles eccUsiast., "il Aëcemhve. 1730.11 y eut cependant, s'il faut en croire Gagney, quelques rebelles invités à aller chercher ailleurs lui établissement ; quelques-uns auraient même été emjjrisonnés, mais il y a lieu de penser que ce fut à la façon du curé de Baye.

s Mail). Marais (t. III, p. 48) raconte qu'en décembre 1723 la justice emprisonna un imprimeur rémois dont les presses travaillaient à répandre, avec la chanson augustinienne, le dogme Jauséniste qu'elle contenait en 20 couplets.

1733-1734. A UEIMS ET A MEAUX. 329

rinage < . Certains couvents avaient laissé l'erreur pénétrer dans leur enceinte ; Saint-Reniy, nous l'avons vu, n'en était pas exempt, et la Congrégation de Notre-Dame était tenue pour suspecte ; mais au jour de l'élection d'une supérieure (12 juin 1722), le vicaire-général qui présidait la cérémonie ayant l'ait dresser un acte d'acceptation de la constitution Unigenitiis, en invitant les religieuses à le signer, celles-ci le firent de si bonne grâce et protestèrent si bien de leur soumission aux décisions de l'Eglise, que Tabbé, satisfait, « consentit « à ce que l'acte signé fût nul -», Aussi bien l'Université de Reims en était-elle venue à exiger de ses nouveaux officiers laïques la signature de la bulle ^ . On vit, d'autre part, en ce même temps deux chanoines de la collégiale Saint-Symphorien pousser le scrupule jusqu'à refuser de servir la messe d'un appelant *.

Cette disposition schismatiquc, qui menaçait de se répandre, alarme l'organe clandestin du jansénisme : si les décisions du pape trouvent dans les âmes docilité et soumission, que deviendront les libertés gallicanes ?^ussi le parlement viendra-t-il en aide au parti, et le 23 février 1733, la grand'chambrc autorisera-t-elle tout-à-coup l'appel au futur concile, contrairement à « tous les arrêts du conseil « rendus au sujet de la Constitution => ». Cne telle autorisation, en fortifiant les appelants dans leur résistance, ne pouvait manquer de paralyser l'œuvre de l'épiscopat.

C'est en vain que le cardinal de Bissy, évêque de Meaux, dont l'âge aurait dû faire respecter la parole, entreprend deux Voyages à Faremoutiers, à la fin de décembre 1732 et en juin 173't, pour ramener l'abbesse à de meilleurs sentiments; Olympe deBcringhen ose même rétracter devant lui la signature qu'elle avait préc(''demment donnée au formulaire prescrit par Alexandre VU ^ . A Reims,

^ 29 août. Voir itlus liauf, p. 24.3 ; — V Histoire de l'abbaye d'Avenai/, citée ibid., et VHist. d'Epernarj,^. 267 à 282.

^ liist. manusc. du monastère de la Congrégation de Notre-Dame de Reims, p. 162.

3 Nouvelles ecclèsiast . , 1730, 10 novcml)re.

* 7^/., 1731, l't janvier.

^ Barbier, t. IJ, p. 3.

'' C/tronif/ue des évt'-r/ues de Mcan.v \y,\r M'^r Angnsie Allou . De lîissy avait 81 ans quand il relourna à Farenioutieis.

330 LA PROVIiNCE DE CIIAMPAGNK. 17:j'j-1741.

les sœurs du Saint-Enfant-Jésus, communément appelées Orphelines, étaient considérées par le parti » corn mes les restes en quelque sorte « miraculeux d'une iujlise violemment ravagée » par M. d(* Mailly : saiil' « un très petit nombre », elles ne voulaient point entendre parler d'adhésion à la bulle. M. de Rohan se transporta au milieu d'elles le 12 mai 1739, et tenta, mais vainement, de vaincre leur opiniâtreté ; il dut envoyer les supérieures tenir école en différentes villes des Ardennes, et les remplacer par des religieuses d'une docilité éprouvée' .

En présence d'une si grave obstination, le clergé fidèle ne se borne plus à refuser de servir la messe des anti-constitutionnaires; il refuse de donner les sacrements aux moribonds rebelles, ou d'entendre en confession les chrétiens réfractaircs- .

A Troyes, par exemple, le curé de Saint-Nicolas, appelé à porter le Saint-Sacrement chez un ancien officier de feu S.A. le duc de Berry (14 mai 1741), croit devoir interroger le malade sur les principes de sa foi, et comme celui-ci déclarait croire tout ce que croit la Sainte-Eglise catholique, apostolique et romaine, et recevoir ses décisions : « Ah ! Monsieur, reprit le curé, que je suis heureux de « vous voir dans des dispositions autres que celles où vous étiez « ci-devant? Vous recevez donc par conséquent la dernière décision « de l'Eglise, la bulle Unigenitus? » — « Oh! pour cela non )>, Monsieur, répondit le malade. Et le curé, après avoir pris à témoin l'assistance de l'impuissance de son ministère, se retirait remportant

' Rocroy, Branx, Mézières reçurent les disgraciées. {Nouvelles ecclésiast. 1739, 21 novembre, p. 181.)

'^ Le curé de Saint-Julien, à Reims, osera même, le 17 avril 1740, refuser publiquement la communion pascale à deux paroissiens indociles ; ils se plaignent (19 juillet), et l'official condamne le curé aux dépens pour avoir agi sans autorisalion, renvoyant les parties à se pourvoir devant l'archevêque pour la communion (6 septembre). Mais le présidial, intervenant alors, assigne le curé à se présenter devant lui le 14 septembre, sous peine d'être pris au corps et amené aux prisons du siège ; dès le 8, le curé avait fait appel au pape et au conseil du roi, en même temps qu'il mettait ses meubles en sûreté, et sa personne à couvert. 11 fallut juger par défaut, et le 26 septembre une sentence du tribunal le condamnait à 20 livres d'aumône en faveur des pauvres de sa paroisse, et à 50 livres de réparation civile au profit des plaignants. [Ibid., 1740, p. 169.)

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