‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 119 sur 232 · MISÈRE ET CHARITE · texte numérisé non relu

MISÈRE ET CHARITE

l'élection de Troyes. Le tableau qu'en faisait au roi Tintendant de Pommereu en 1G98 continue d'être exact en 17o9 : « En Cham- « pagne », écrit l'intendant de Saint-Contest, « le champ et le culti- « valeur offrent le spectacle de la plus profonde misère. Le cheval « peut à peine se soutenir. Le cultivateur n'a pas la subsistance de « première nécessité. La moisson est grêle en seigle, orge, avoine « et blé noir. Les chaumes sont ramassés pour chauffer le paysan « et cuire son pain de sarrazin . . . Les marchés sont mal approvi- « sionnés et la vente se fait mal ». Si le pauvre paysan veut ensemencer son champ, il lui faut, comme le remarque Massillon dans une lettre de 1740 au cardinal Fleury, ce acheter des grains d'un « prix alors exorbitant », dont l'avilissement, aux jours meilleurs, le forcera à vendre trois fois plus de blé qu'il n'en avait acquis ; de sorte qu'il est exposé à « retomber dans le même gouffre de misère». Ainsi le veut l'inclémence de la nature ' . Quelques années plus tard (1767), le duc de Ghoiseul pensait détruire en France la mendicité, en faisant arrêter les mendiants et confier les uns aux dépôts, jeter les autres sur les galères du roi. L'intendant demande en conséquence, l'année suivante, « le renfermement des men- « diants » : mais à ces mesures violentes les temps opposent un redoublement de détresse : le conseil de ville de Troyes décide, en 1770, qu'il sera fait un emprunt de 12,000 livres à appliquer aux secours- .

C'était la même somme qu'avait votée Ghàlons en 1740, pour subvenir aux besoins des malheureux. En 1770, cette ville charge des commissaires de fournir du pain, deux fois la semaine, à tous les pauvres, et nomme un trésorier pour recevoir les dons ; mais, dit le président Morel, « je ne sais... si l'on portera bien des charités « ù cette caisse. Ce qui me déplaît dans tout cela, ajoule-t-il, c'est

' Cf. les observations météoroIogi([iies et agricoles que M. Marchand, curé de la Forestière, a consignées à la (in du registre de 1711, ap. Fiévet Hist. d'Epernay, 1. 1, p. 2o5, 261) : « Le grain était si maigre que, [dans] « les ménages où il ne fallail poiu" vivre que 120 à l'M) boisseaux, mesure « ordinaire, il en fallail MO ou XM) ; encore ce blé ne faisail-il pas du bon « pain ». Quant au vin, ce ne fut ([ue du co'Jt'S, « que les uns appelaiciil « vin cadet, iViinivci^ du possède. »

2 Bouliol, 1. IV, p. 532 à o3o et i)l)2.

356 I^A PMO VINCI-: DK CIIAMPAGNIi;,

« que c'était autrefois l'Eglise qui prenait soin des pauvres, et je « ne vois |)lns la uirnie (''nnilation. ("est nu inlcudaut, un maire, « des ('clicvins (pii s'en uirlcnt lont seuls, et la eharilé passera « avec le lemps en taxes de vill(^ et de i)olie(^ ». Ainsi l'avait voulu le progrès du Laïcisme, dirions-nous aujourd'iuii, en matièrede charité ' .

Quoi qu'il en soit, on suivit à Epernay la même voie, et les quêtes qu'on y fit rapportèrent 513 liv. 8 s. 3 den. On en acheta du blé pour apaiser un moment la faim du peuple. Ainsi forma-t-on à Sens un bureau de c/ia?7Yéi (1775). Le mal était général, et il ne diminuait pas les impôts : il fut d'autant plus poignant.

La ville de Troyes, si attentive au soulagement des pauvres, ne l'était pas moins à celui des malades. Son Hôtel-Dieu-le-Comte était devenu insuffisant, et sur plus d'un point menaçait ruine. On abattit les anciennes constructions, et le 14 mai 1733, le maire, M. Louis de Mauroy, fondé de pouvoir d'Hercule-Mériadec, prince de Rohan-Soubise, gouverneur de Champagne, jetait les fondements d'un nouvel hospice, dont la grille, due à l'habileté du serrurier Delphin, de Paris, devait être placée en mai 1760.

Dans le même temps (1732), s'agrandissaient les bâtiments de l'hôpital de Meaux à la faveur des dons du roi, unis aux libéralités du cardinal de Bissy, et se reconstruisait, grâce au généreux appui de ce prélat, la chapelle de l'Hôtel-Dieu, dont il posa la première pierre l'année même de sa mort (1737).

Peu après (1743), Provins transformait son antique monastère des Cordelières en hôpital destiné à recevoir les pauvres et les vieillards - ; Sainte-Menehould jetait les fondements de son nouvel Hôtel-Dieu (25 juillet 1742), après avoir pris le parti, pour ne point embarrasser les ouvriers, de renvoyer dans leurs familles les pauvres et les infirmes, en donnant à chacun d'eux, par mois, un boisseau un quart de froment.

* L'Eglise ne se désmtéressait pas, en effet, de l'enlrelien des pauvres ; mais elle en avait été dépossédée par les laïques .

2 Les lettres patentes d'érection de cet hôpital sont du mois de mars 1743. Celles portant règlement sont de décembre 1749. (Ythier, Histoire ecclésiast., t. VIII, p. 20.)

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