PAVAGE DES RUES
Tous CCS hospices jouissent de revenus plus ou moins importants ; mais il est à remarquer qu'à Château-Thierry, tandis que l'hôpital gén(''ral, auquel on avait réuni celui des Petits Orphelins, n'a que 2,000 livres de rente, sur lesquelles il faut acquitter un certain nombre de fondations, l'hôpital de Saint-Jean-Baptiste de la Charité, où il n'y a que sept lits fondés, avec quatre religieux et un aumônier, possède plus de 6,000 liv. « Ce qui faisait la richesse « de la Charité, c'étaient les personnes qui y étaient renfermées « par lettres de cachet : aucune ne payait moins de 600 liv., et « plusieurs payaient beaucoup plus : la pension se montait quel- « quefois à mille écus' ».
Une des améliorations les plus utiles dont les municipalités s'appliquèrent ensuite à doter les villes fut la restauration ou l'établissement des-pavés. Les guerres qui désolèrent si longtemps la province y avaient fait négliger cet intérêt, et les rues présentaient de dangereuses fondrières ou des réparations partielles qui, étrangères à tout nivellement du sol, en rendaient le parcours difficile et pénible. Tout était, en effet, sous ce rapport, livré à l'arbitraire pendant le XVII® siècle ; il suffisait, comme à Troyes, que chacun entretint le pavé « en droit soy », et chacun, libre d'employer des ouvriers à son choix, faisait exécuter tant bien que mal le travail à ses frais Mais, au XVIII'^ siècle, cet état de choses changea : l'intendant et les trésoriers de Champagne commencèrent à s'immiscer dans les opérations de pavage, et à prescrire des mesures (1727-1733), dont le corps des ingénieurs fut chargé de surveiller l'exécution. Les propriétaires durent continuer de réparer à leurs frais le pavé, mais en se conformant à des règles qui améliorèrent singulièrement la voirie intérieure -.
L'intendant se plut parfois à seconder le bon vouloir des villes par des subventions : ainsi lit, en 1750, M. de Caze de la Hove à l'égard d'Epernay, qu'il gratilia, pour l'établissement de son pavé, d'une somme de 1,400 livres, en même temps qu'il l'autorisa à
1 Hist. de Château- Thierr;/, t. Il, p. 187.
' Rnniiot, t. IV, ]). r)7() ot 577. — Le 10 dècciiihio 1777, \c conseil do ville de ("Ji,"i|(iiis drcidc (|i|\i il sci;i l'iiil idioix diiii liiniiiiii' r\|icrl jivt'C. « Iciiiicl un (r;\it<T;i à la loisc |K)nr la main truMivrc sculeiiicid. en lui l'uni- « nissaiil le pavé el la gi'cvo ». [Concl. du Con.seil.)
3o8 LA PROVINCK DE CIIAMPAGM':.
imposer, pondant cinq ans, sur les tailles de l'élection 1,800 livres par an, et 1,000 livres sur la capitation des taillahlcs ào, la ville. Les privilégiés d'Kpernay s'imposèrent, de leur côté, par un rôle particulier, à 1,000 livres par an pendant cinq ans. On arriva ainsi à réunir une somme de 20,400 livres, qui sulTit pour la constiiiction du pavage à cette. époque, le roi s'élaut cliargi- de eelui d'un ou deux faubourgs^ . Messieursdu conseil, justement reconnaissants du service que leur avait rendu rinlendant, lui demandèrent son portrait pour le placer dans un médaillon de la boiserie qu'on faisait faire alors à l'hôtel de ville.
D'autres améliorations de voirie se réalisent à cette époque. On ne se borne pas à redresser les rues sur les plans des ingénieurs. Le logement des troupes tant de passage que de garnison occasionnait journellement des réclamations. L'intendant M. Rouillé d'Orfeuil, dans une circulaire écrite au mois d'avril 1700, en exécution d'une instruction donnée par le roi pour le service des places, prescrit aux maires de faire marquer tout d'abord et au reçu de sa lettre toutes les rues de leur ville, « afin que chacun puisse connaitre le « nom de chaque rue », puis de faire « numéroter les maisons,. . . « en commençant par celle de l'hôtel de ville, et continuant jusqu'à « la fin, en sorte qu'il y ait autant de numéros qu'il y a de maisons « actuellement bâties- )).
Les rues commencent à être éclairées par des réverbères. Troyes en avait, en 1766, 150 allumés pendant l'hiver. Château-Thierry en possède, à partir de 1731, dans toutes ses rues. A Châlons, le lieutenant de ville, d'accord avec l'intendant, avait, en février 17o8, proposé de mettre des lanternes dans les rues ; mais « le conseil de « ville et les communs, assemblés pour en délibérer, avaient été « unanimes au contraire^ ». Cependant le conseil accepte, le 4 décembre 1773, l'offre de cinq réverbères que lui font, pour la rue Saint-Jacques, les personnes y demeurant, et il est autorisé à
1 Fiévet, t. V^% p. 263.
^ Ceci explique les numéros élevés dont ou trouve encore la trace sur plus d'une maison de nos villes. Troyes comptait 2,76(j maisons numérotées.— Pour l'alignement, v., par e.\., les Archives de la Marne, C 3o07, f"^ 69, 129.
■^ Correspondance de M. Morel, lettre du 13 février 17o8.
MESURES CONTRE LE FLÉAU DES INCEiNDIES. 3o9
accepter celles qui pourraient lui être faites pour d'autres rues. Mais il est si peu disposé à les prévenir qu'en présence des charges que lui imposent les logements de troupes et les contributions, il décide, six mois après (4 juin 177i), qu'on priera M. l'Intendant de vouloir bien permettre la suspension de l'éclairage. Il était impossible d'encourager un si étrange progrès : le 17 décembre de la même année, le chapitre proposait de fournir quatre réverbères du côté de la porte de Marne, et le conseil accueillait cette nouvelle offre'. — Quant à la ville de Reims, qui, en 1698-, avait 2o0 lanternes pour lesquelles elle adjugeait (1720) à André Moet la fourniture de chandelles de suif pur au prix de 3o livres le cent pesant, à charge de nettoyer lesdites lanternes une fois par mois, elle devait remplacer insensiblement celles-ci par des lanlernesà réverbères. En 176(5, la dépense d'éclairage et d'entretien s'élevait à 4,864 livres ^. — Le premier réverbère fait en 1 762 son apparition à Rethel dans la rue du Collège : c'est un essai ^ . — Sens reçoit (déc. 1789) de MM. de Loménie et de Chambonas 54 réverbères pour éclairer toutes les rues de la ville.
Après l'incendie de Sainte-Menehould (1719), on avait eu à déplorer, outre celui de Barbonne en 1730 (28 août), au sujet duquel Bossuet, évoque de Troyes, avait ouvert une quête générale dans son diocèse ^, celui de l'abbaye d'Avenay, qui surprit les religieuses dans la nuit du 31 août au l*"" septembre 1754, et dévora avec l'église la meilleure partie des bâtiments. Puis avaient éclalé ceux
' Conclusion du Conseil. Rcgistros déposés à l'hô(cl do ville.
- Arrêt du 18 lévrier réglant les frais d'enirelicn de ces lanternes, halles avaient été établies à Reims par édit du mois de juin 1697. et par snile de la réunion d'offices opérée par arrêt du conseil d'Etat le f"" décembre 1699 (V. ci-dessus, p. 112), c'était le bailli de l'arebevêché qui. en qualité de lieutenant général de police, en avait fait les adjudications. Le roi attribuait à l'entretien et fournitures desdifes lanternes la somme de .3712 livres. (Biblioth. de la ville de Reims, Cataloçjiie des srioirrs philosophiques et sneiales, X" 27f')9).
^ Arch. déjjurt. de la Marne, C 67't (.IVirlcIcuilIc).
* Chéri Pantrin p. 186.
^ Barl)()nne avait déjà été incendié en 17:2(1 et avait alor-^ pt-rdu. avec son église, plus de \^^^) maisons.
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de Fère-Champenoise (î) mai ITriO), du couvent de Saint- Joseph à Châlons (25 soptenibre 17()î)) ' . Averties par ces sinistres, auxquels devaient bientôt s'ajouter les incendies de Saint-lJizier eu 177'i (iO août), de Château-Porcicu (21 juin 177f)), de Cuchery (l'^"' juillet), les villes s'rtaient mises en mesure d'en arrêter du moins les progrès. On l'era patrouille, décidait, dès le 12 août 1719, le conseil de ville de Cliàlons, pour empêcher les rôdeurs de nuit de renverser les eaux des tonneaux que les habitants sont tenus d'entretenir pour le cas d'incendie. Et le 11 août : On fera faire deux pompes, l'une plus petite et l'autre plus grosse que celle qui a été ci-devant faite, avec le nombre d'échelles, de crocs et de haches nécessaire. On en achète une, en 1733, du i)rix de 490 liv., au sieur Plart, directeur des pompes de Strasbourg^ . Puis, le 31 décembre 1778 : On donnera aux pompiers, pour les reconnaître et les protéger, « des casques dont la calotte, garnie de tôle forte, sera « surmontée suivant l'usage de ces sortes de bonnets )>. — Vitry, la même année, commandait 400 nouveaux seaux goudronnés à l'intérieur et 30 échelles de grandeurs différentes ; revue faite chez les habitants, on constatait que la ville possédait 1102 seaux \ Elle avait fait acheter en 1719 une seconde pompe : en 1721, elle en acquérait une plus forte au prix de 500 livres, et en 1733 une quatrième, que lui vendaient pour 270 livres des marchands de Strasbourg. — Troyes avait acquis, en 1720, ses trois premières pompes; deux autres vinrent s'y ajouter en 1732, qu'elle fit venir, comme les premières, de Strasbourg, et qui lui coûtèrent 459 liv., dont 59 livres pour charroi et douane : pompes portatives, comme les six qu'en 1736 la ville acheta à des Suisses au prix de 10 à 12 livres chacune. Elle devait, en 1778, en posséder huit d'une force inconnue'* . Ainsi la ville de Chaumont, en 1776, en achètera une
* Sans parler de ceux de la dame Thénault, rue aux Vaches, dans la nuit du 4 au o octobre 1769, — du sieur Chrétien, le 14 avril 1770, — du sieur Soulié, rue de l'Autre-Monde, le 20 août, — de Letaulat, dans le Châtelet, le 30 du même mois, tous survenus à Clialons, et qu'expliquait la construction en bois de la plui>art des maisons de ceUf vilie.
2 Comptes de la ville, CG 188.
3 Cf. lamenlion de seaux ac([uis par Cliàlons en li82(T.l^'", p. o5o, n. 3}. ■* L'usage des pompes ne tarda pas à s'introduire dans les campagnes :