EMBELLISSEMENTS DES VILLES
chevaux des troupes de passage à l'écurie du Graille' , laquelle appartenait avec la boucherie au curé de Coolus, et lui était louée 120 livres ^ .
Les habitants qui n'étaient pas exempts du logement des soldats et qui pouvaient le leur offrir sous leur toit, devaient marquer d'une plaque la porte de chacune des chambres qui leur étaient destinées, et ne pouvaient détacher ces plaques sans s'exposer à une amende de 500 livres, ni louer les chambres marquées, à peine de payer la dépense [dans les auberges] des gens de guerre ^ .
Chàlons n'aura ([u'en 1784 sa première caserne, destinée aux gardes du corps ; elle votera, le 27 juin, pour cet objet 60,000 livres ^ .
Les villes, qui n'avaient plus à redouter la présence de l'ennemi sous leurs murs, commencent à s'embellir. Quelques-unes songent à se construire des hôtels de ville plus dignes d'elles. Après Sainte- Menehould, qu'une cruelle nécessité contraignit d'en élever un, dont Philippe de la Force, ingénieur ordinaire du Roi, donna les dessins, et dont le fils de l'intendant Lcscalopier assit avec solennité le premier fondement le 1'^'' mai 1730, c'est Chàlons qui, suivant les inspirations de M. Rouillé d'Orfeuil (l^"" juin 1771), se met en mesure de refaire, avec ses prisons, son hôtel de ville, et d'établir une place devant celui-ci. Il fallait sacrifier une église, l'église de Saint-Germain, que le voisinage de Notre-Dame et de Saint-Alpin rendait assez inutile : on la rasa, et le 27 juin 1772, l'Intendant luimême posait la première pierre de l'iVlifico municipal •• .
Déjà liouillé", justement soucieux de l'iiouucui' de rinlcndance, avait obtenu ce (jue réclamait, le t) janvier l()t)8, un de ses prédc'cesseurs. Larcher, qui occupait alors un hôtel loué, proposait de l'acheter : c'était, disait-il, la « seule })iaison convenable de la ville,
^ Place Nolro-Dame.
^ Registre des Conclus., 5 avril 17(i'.).
3 Ordonnance de l'Intendant du 7 août 1773 {Arch . Irgisl., Statids. t. l^"", p. f)i')). — L'Intoiidant avait (>X(Mii|i|r du louciiu'nl les pères de (//.»• enfants vivants ("22 mai 177!)).
^ C'est la caserne d'innuHcric (pii se Irouvc linrs de la purlc Saiiil- Jacques, à i'eidrée de la route de lieinis.
^ licgistrc des ConchAsions, années citées.
« les autres n'étant pour la plupart bâties qu'en bois ». Pareille acquisition s'était-elle Jamais pratiquée ? il ne savait, mais il la jugeait nécessaire pour la dignité des réceptions ; elle ne coùtciail pas plus de 25 ou 20,000 livres ' .
La i)roposition ne l'ut sans doute pas goûtée, et les intendants conliriuércnt tl'élre logés dans les mêmes conditions jusqu'en l7o(), (juc la maison l'ut achetée par le roi. Alors, sur les instances de M. Houille et les plans de Legendre, ingénieur en chef de la Champagne, commença de s'élever, en 1759, le palais de l'inlendance, aujourd'hui l'hôtel de la Préfecture de la Marne, un des plus beaux de France sans contredit, et l'un des plus heureusement situés - .
C'étaient également les plans de Legendre, adoptés en 17uo par le roi, que la ville de Reims exécutait alors pour la construction de la Place Royale. Huit ans après l'ouverture des travaux (17()4), l'Intendant posait (20 octobre) la première pierre du piédestal destiné à recevoir la statue de Louis XV, et, le 20 juillet de l'année suivante (1765), le corps de ville inaugurait celle-ci au bruit des acclamations populaires uni à celui des cloches et du canon ^ .
D'un autre côté, les remparts d'Epernay, autrefois hérissés de canons, se couvrent d'arbres (1721) ; sa promenade du Jard est dessinée et plantée en 1749. Troyes plante les siennes de 1755 à 1770. Château-Thierry fait combler les fossés de THôtel-Dieu, et y élève des ombrages ; on en orne également tous les terrains vagues de la ville (1751). Plus tard (1780), Chaumont confiera à Mugnerot, artiste ingénieur autant que dévoué patriote, le soin de dessiner les promenades qui réunissent ses faubourgs.
Du moment qu'il n'y a plus de remparts à défendre, la milice bourgeoise n'a plus de raison d'être, et si elle continue de subsister, il semble que ce ne soit plus que pour offrir aux maires l'occasion d'exercer un reste d'autorité militaire. Aussi les officiers se recrutent-ils dans des classes moins élevées qu'autrefois'*, en même
' Corresp. des contrôleurs généraux avec les intendants, t. I^'', p. 469.
2 il fui achevé en 1771 et coûta 640,000 liv. (Lettre de Rouillé crOrfeuil à Tiirgot, 8 novcmlîro 1774. — Papiers de rinlendance, art.olO).
'■ L'œuvre de Pigalle devait être renversée et t»risée le 15 août 1793.
^ Tous étaient à Troyes négociants, « soit à l)outiqiie, soit à magasin.» [Lettres inédites de Grosley. n° 80).