LA MILICE ET LES ARQUEBUSIERS
temps que le nombre des exempts tend à se multiplier. Les fils et les maitres-clercs des procureurs de la ville de Meaux prétendaient à ce privilège, et l'Intendant venait de rejeter leur demande, quand, le 14 mars 174(5, la milice urbaine est appelée tout entière à prendre les armes : il s'agissait d'aller, le lendemain, 15, à May, au-devant de 2,500 prisonniers de guerre, qui de Bruxelles, de Gand et d'Ostende i , étaient dirigés sur Orléans, de les escorter jusqu'à Meaux et, le jour suivant, de les conduire sur la route de Melun jusqu'à Tigeaux, où les prisonniers seraient remis à une autre milice. Le service avait quelque chose d'honorable, mais il devait être pénible- : quand les procureurs s'y virent eux-mêmes convoqués, ils résistèrent vivement ; il fallut, pour qu'ils en prissent leur parti, que le premier secrétaire de l'Intendant vînt les sommer de marcher par provision, remettant à d'autres temps le soin d'examiner leur droit.
Quoi qu'il en soit, la milice ne laissait pas de tirer de ces missions quelque éclat. Elle continuait d'ailleurs d'avoir sa place marquée dans les fêtes publiques, où elle relevait par sa présence le prestige de l'autorité municipale ; aussi les maires se montraientils jaloux de la juridiction qu'ils exerçaient sur elle. S'ils furent quelquefois obligés de partager cette juridiction avec le gouverneur, si l'on put appeler de leurs décisions à cet officier, à l'intendant ou aux bailliages, ils n'en demeurèrent pas moins investis de la direction suprême de la bourgeoisie armée.
Grâce à la protection du maire de la ville, une compagnie spéciale de jeunes gens revêtus d'un uniforme bleu put, à la faveur d'une bénédiction de cloches, se former à Sainte-Menehould en 1757, et se poser en rivale de celle de l'Arquebuse même, en se donnant la mission d'entourer le corps municipal et de lui constituer une garde d'honneur. Menacée d'être éclipsée par la compagnie bleue, que le maire eut, un jour do Te Deuiii, l'imprudence d'encourager à lui disputer le pas (17 juin 1760), la milice urbaine n'hésita point
* La victoire de Foiitcnoy avait eiilraiiu'' la prise de ces villes.
* Deux journées de marche de neuf lieues chacune, et une nuit passée sons les armes à garder les prisonniers, pour le repos desquels on avait jonché de paille les juagasins de la galx'lle cl li's principales écuries de Meaux {Uist. de Meaua; p. 370.)
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à iniinilcslcr son nK-conlriitcincnt cii tcriisMiil d'accueillir, selon Tiisaj;»', le IVii de joie par des coups de liisil. Le inairr' la punit en la Taisant désanner, mais la division n'en devint que plus prol'onde entre les partisans et les advcrsaiies de la compagnie bleue. Un arrêt du conseil vint y mettre un terme, en décidant que celle-ci marcherait la dernière de toutes celles de la bourgeoisie : c'en fut assez pour qu'elle finît insensiblement par se dissoudre d'ellemême.
Il devenait néanmoins nécessaiic de soumettre à une réglementation sérieuse la composition, la discipline et le service de la milice pour faire cesser une infinité d'abus et de disputes dont elle était la source. C'est ce que Sainte-Menehould fera en 178G, à la satisfaction de chacun. Chàlons, dès le 24 août 1781, réorganisant sa milice, l'avait répartie en six compagnies, et, le 28 octobre suivant, le conseil de ville décidait qu'on ferait faire pour ces compagnies de nouveaux drapeaux, ceux qu'elle avait étant en très mauvais état, « et plusieurs même perclus depuis longtemps ' . » Si ces dispositions ne devaient avoir qu'une durée éphémère, elles préparèrent du moins la milice à sa tranformation en garde nationale (1789). A cet égard, on peut dire que l'insiitution reprit vie au moment où elle semblait généralement condamnée ; seulement elle renaissait avec un esprit et au milieu de circonstances qui devaient la rendre plus dangereuse qu'utile.
L'existence plus brillante des compagnies de V arquebicse ne devait pas avoir une autre fin. Les nobles chevaliers de l'arquebuse commencent à ressentir rinlluencede l'esprit nouveau. Maintenant qu'ils n'ont plus à disputer le pas à la milice bourgeoise, après s'être montrés si jaloux de leurs droits, ils manifestent des tendances à s'affranchir du joug de l'autorité municipale. A Sainte- Menehould, sous le prétexte que leur projet de se construire un nouvel hôtel ne trouve pas chez les officiers municipaux un libéral appui (1773), ils refusent, à l'époque du tir annuel de l'oiseau, d'aller en corps, selon l'usage, trouver le maire à son domicile, pour l'inviter à tirer le premier coup, le co^tp du roi, et prennent le parti de venir le chercher à l'hôtel de ville. Le maire ne s'y trouvait pas, et sans plus d'égard pour sa dignité, ils se rendent
^ Registre des Conclusio7is.