LE CONCORDAT DES ARQUEBUSIERS
tir I . Ils étaient au nombre de 349 -, venus de 42 villes tant de la province que de riIe-de-France et de la Picardie. Quant ils défilèrent devant l'hôtel de ville, ils y furent régalés, et il y eut là « plus « de 2 ou 3,000 verres cassés en réjouissance^ ». Quatre-vingts prix à remporter, d'une valeur totale de 12,000 livres, étaient offerts à leur habileté. Les quatre premiers furent gagnés par les compagnies de Coulommiers, Sainte-Menehould , Reims et Charleville. Le 15, après vêpres, une autre solennité réunissait les chevaliers dans la basilique épiscopale : le 23 août, un fils était né au Dauphin, et l'Eglise par le chant du Te Deum en rendait au ciel de pompeuses actions de grâces, appelant ses plus chères bénédictions sur la tète du nouveau prince. Hélas ! il devait être plus tard l'infortuné Louis XYI. Les l'êtes terminées, on songea à la remise du bouguet, qu'avait obtenu la. ville de Saint-Quentin. C'était une pendule monumentale de six pieds de haut, enrichie d'ornements et de figures symboliques qui représentaient l'alliance de la Victoire et de la Paix. Le 2 mai 1755, il fut solennellement introduit dans la ville, sous l'escorte de ses arquebusiers, par leurs confrères de Reims, et de Laon, tout fiers de la préférence dont ils avaient été honorés.
Cependant les villes, dont les ressources s'épuisaient tous les jours, commençaient à trouver lourds les avantages de toutes sortes dont elles avaient jusque-là gratifié les compagnies. Chàlons, qui, en 1754, avait alloué à la sienne 4,000 livres, en venait successivement à convertir en une somme de 131 livres 3 sols les exemptions qu'elle accordait à Vcuipcreur (31 décembre 1757), et à cesser de payer cette somme (1704). Les charges qui pesaient sur les chevaliers en réduisaient en même tenq)s le nombre : Troyes n'en comptait d(''jà plus que IcS en 1727'' ; Chàlons n'en avait que 30 en
.lalouses de ne i)oint laisser déchoir l'institution, les nobles compagnies d'arquebusiers de la province conçurent, en 1775, la pensée
' « lillos atlirèi-L'iit bien du iiKiiide à Cliàloiis, où les lils so liniaioiil « par les bourgeois lui éeii par iitiil ». [Cùrrcspotuiaiwc ilii prcaidcnt Mord.)
' Le rrèsideiil dil pbis de (lOO.
=* /t/., ibid.
'* lîoutiol, l. IV, p. o73, ibid.
370 LA PUOVINCI-: Di: CHAMPAGNH.
de renouveler, sous le litre do concordat, le pacte d'union de 1439, et les délégués de 47 villes de rile-d(!-France, de la Br'ie, de la Champagne et de la Picardie, se réunissant à Paris le 18 décembre, dans le grand couvent des Cordeliers, arrêtaient, sous le patronage du duc de Bourbon, les statuts de la nouvelle association. Elle n'avait « d'autres intentions que de se consacrer plus directement « à la conservation de la personne sacrée de Sa Majesté », et, pour atteindre plus sûrement le but, on commença par élever le nombre des arquebusiers de chaque compagnie, de telle sorte que relTectir, qui n'était alors en totalité que de 1127 noms, s'élevât désormais à
Chacune des ciuatre provinces forma un bataillon de quatre compagnies, et les quatre bataillons lurent placés sous le commandement d'un chef unique, qui prit le titre de lieutenant-colonel.
Le bataillon de Champagne devait se réunir à Chàlons. Ses quatre compagnies comprenaient : la première, Chàlons, Avize, Vertus, Avenay et le Mesnil ; la seconde, Reims, Epernay etRethel ; la troisième, Yitry-le-François, Mézières et Yitry-le-Brùlé ; la quatrième, Sainte-Menehould, Saint-Dizier et Bar-sur-Aube.
Troyes faisait partie du bataillon de Brie, dont Meaux était le chef-lieu.
Un conseil exécutif permanent, désigné sous le titre de Conseil général de l'arquebuse royale des quatre lyrovinces, et siégeant à Paris, avait pour mission de proposer et de faire exécuter toutes les mesures que commandaient les intérêts et la bonne direction de l'association. Sur son initiative, toutes les compagnies étaient appelées à porter le même uniforme (1788-1789). On en discutait encore quelques points, quand un décret du 12 juin 1790 vint dissoudre toutes les sociétés d'arquebusiers, en leur enjoignant de s'incorporer dans la garde nationale. Les drapeaux de ces corps devaient être suspendus à la voûte de l'église principale, « pour y « être consacrés à V union, à la concorde et à la paixy>. Ainsi fut-il fait partout à la suite d'un service solennel, mais non sans qu'il en coûtât aux nobles chevaliers de se séparer de leur drapeau. Et c'était raison, car, moins de trois ans après, des mains impies, les arrachant des voûtes, les lacéraient et les livraient aux flammes ' .
' A. Janvior. Notice sur les anciennes corporations d'Archers. .. . de
LES GOUVERiXEURS DE LA CHAMPAGNE AU XVIIP SIECLE. 371
Quand on lit dans les lettres patentes du 11 février 1769, par lesquelles le roi nomme M. le duc de Bourbon à la charge de gouverneur et lieutenant général de la province de Champagne et de Brie, la pompeuse énumération des pouvoirs conférés à ce grand seigneur, il semble qu'il fût investi de l'autorité suprême ; mais nous savons ce qu'il faut en rabattre, et ce que les intendants avaient usurpé sur cette antique souveraineté provinciale. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les attributions de nos gouverneurs étaient exclusivement militaires, sans aller toutefois, la plupart du temps, au-delà de la limite honorifique de la fonction. Ainsi, tandis qu'ils avaient le commandement des forces militaires, étaient-ils réduits à ordonner des feux de joie, à pacifier les différends entre les compagnies d'arquebusiers et les villes ou les milices urbaines, à régler l'organisation des premières, etc. Grandes figures, faible puissance.
A Hercule-Mériadec, duc de Bohan-Bohan, prince de Bohan— Soubise, appelé, le 7 novembre 1693, au gouvernement de la Champagne, avait succédé, en 1741, Charles de Bohan, prince de Soubise.
En passant, dix ans après (1751), au gouvernement de Flandre, Charles eut pour successeur dans celui de la Champagne Louis de Bourbon-Condé, comte de Clcrmont.
Celui-ci, démissionnaire, fut remplacé, le 11 février 17()9, par Louis-Joseph, duc de Bourbon, prince de Condé, qui devait clore la glorieuse liste des gouverneurs de la province.
Tant que Louvois avait tenu dans ses mains de fer l'admniistration militaire, l'organisation et la discipline de l'armée avaient ('-té de sa pai'l l'objet constant d'une atlenlion sévère. Mais, Louvois disparu, on n'avait pas tardé à voir renaître quelques-uns des abus
Picardie, elc, p. Id i\ !2L -■ ScUior. Xoticc Jii.stori(/Ht' sio' la compaçjnic des Archerf! nu Arbalétriers, et l'nsidlt' des Ar^/uehKsiers île la ville </«• Chdluns-sur-Marne .
372 LA IMU)VIN(;i-: \)\i CHAMPAGNE.
engen(lf(''S par la vrnalil/- des charges, et des colonels acheter des régiments, à la tenue desquels leur assiduité à la cour les rendait à peu près étrangers : ainsi, en avril 1724, défilait à Meaux, sous les yeux attristés de la population, un bataillon déguenillé du régiment de Tourainc-Inlantcrie, qui avait pour colonel le prince de Tingri, de la maison de Luxembourg : il y avait six ans que les soldats n'avaient él<'' habillés '. Heureusement il se trouva un ministre jaloux d'enlever à la noblesse ce qui lui restait (rinlluence sur l'armée, en amenant le soldat à no eonnailre d'autre mailrr que le roi. Interdire aux régiments de porter le nom de leur colonel, et leur assigner un numéro d'ordre ou le nom d'une province, d'un prince du sang (1762) ; enlever aux capitaines le recrutement des hommes nécessaires à la compagnie (17()2), pour le confier à des sergents nommés par les colonels et agissant au nom de l'Etat - ; faire passer l'administration de la compagnie des mains du capitaine dans celles d'un officier comptable (quartier-maître) attaché à chaque régiment et soumis à la surveillance d'un conseil d'officiers ; mettre les vivres en régie (1765), et assurer de la sorte à l'Etat les bénéfices que réalisaient auparavant les fournisseurs ; profiter de ce que l'habillement était, depuis 1747, au compte du roi pour le rendre uniforme (drap gris-blanc pour l'infanterie) ; charger la maréchaussée de surveiller les militaires, soit isolés, soit en corps (19 août 1762), telles furent les principales réformes que M. de Choiseul (1761-1770) introduisit dans l'organisation de l'armée. Il n'omit pas d'ailleurs de fixer les règles de l'avancement, ni d'améliorer le sort du soldat, l'admettant à se retirer dans ses foyers après 24 ans de service avec solde entière et le droit de porter l'uniforme. Le gouvernement alla même, en 1771, jusqu'à donner aux vieux soldats qui s'étaient particulièrement signalés par leur bravoure un témoignage spécial de bienveillance, en leur accordant un médaillon orné de deux épées en sautoir : c'était pour
^ Rist. de Meaux, p. 373.
- Dans ces conditions le gouvernement allouait à chaque régiment une somme pour chaque recrutement, 92 livres en 1789, dont oO à l'engagé pour prix de son engagement, 30 de pourboire et 12 pour les recruteurs. Sur les 50 livres le nouveau soldat en touchait immédiatement 35 ; le reste était versé à la masse. (Boutaric, p. 448.)