‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 130 sur 232 · LI£S MILICES PROVINCIALES · texte numérisé non relu

LI£S MILICES PROVINCIALES

taire, prit le parti de l'interdire '. Mais il n'était prescription qui tint contre la mise au chapeau, dont la générosité pouvait être assez séduisante pour déterminer un miliciable à offrir spontanément ses services^; aussi finit-on par fermer les yeux sur la cotisation, comme, après l'avoir tour à tour interdite et tolérée, on en vint à autoriser et à régler la substitution ou remplacement qui y était essentiellement liée ^. L'Etat ne semble avoir d'autre souci que de protéger les intérêts des communautés, soit qu'il les melte en garde contre une excessive prodigalité, soit qu'il les empêche d'accepter les services de a coureurs et de vayahonds qui, après s'être vendus « fort cher,. . . désertent avant même d'arriver au bataillon », et les exposent à la ruine en les obligeant à de nouveaux frais de remplacement. En réalité, l'Etat se préoccupe des intérêts du Trésor, car, « au moyen de tous ces hommes admis à grand prix dans les « milices », « les autres troupes ne font plus leurs recrues qu'avec « des peines et des dépenses infinies^ «.

La prime de substitution variait naturellement en raison de la gravité des circonstances. Elle était, à Reims, de 18U livres de 17G() à 1769^. Sous Louis XYl, dans la généralité de Paris, c'était l'intendant lui-même qui pourvoyait au remplacement, en se faisant remettre la somme de 210 livres par le milicien, auquel il substituait un homme fourni au prix de 120 livres par un agent de recrutement. La différence de 90 livres profitait à l'Etat, qui destinait cet argent aux pionniers'' .

La milice était organisée par bataillons, et chaque bataillon avait son quartier de fon nation ç,x\. un chef-lieu d'élection ou en quelque autre localité importante. C'était là que le milicien se rendait soit

' Ordonnance du Vt novemljre 171};}.

- « Vous avez très l)i(Mi l'ait, écrivait en 1731 le miiiislro de la «juerre à « l'intendant de Cliaiu[)agMe, de réduire à 10 éciis la yratilicatioii de 13t) « livres que le garçon avait prétendu recevoir de sa paroisse pour servir « à la milice. II est important de réprimer de pareils abus, qui tourneraient « à la ruine des communautés ». [Arch. de l'Aube, C lOtii. Cf. C3;20.)

3 Ordonnance du 19 ocf()I)re, et circtil. du 2t décembre 1773. — Ordonu. du l*"" déceud>re 177'!.

* Cire, du 27 novoMd)re 1747.

'•> Arch. lèyisl. de Reims, Statuts, t. I, p. .Mi.

•^ Gebeliu, Milices provinciales, p. 12().

382 LA MROVIXCh: m: CIIAMPAGNIi;.

en temps de paix, pour être passé en revue par l'intendant, soit, en Icrnps de guerre, pour recevoir i'Iiidjillernenl et l'c-cpiipenient uniformes ([U(! lui l'ouruissait Tintai, el qu'au retour de la campagne il remettait au dépôt. La généralité de Châlons avait cinq de ces quartiers, qui étaient Gliàlons, Chaumonl, Troyes, Helhel-Mazarin et Saint-Dizier. Elle entretenait donc cinq bataillons. Chacun de ceux-ci comptait de 600 hommes (172()) à 720 (1758) ' . Les officiers en étaient généralement choisis parmi les anciens officiers de l'armée, et le plus ordinairement sur la présentation de Tlntendant ; aussi ce magistrat reçoit-il de nombreuses demandes d'emploi ^ . Quant aux bas officiers, comme le service dans les troupes réglées ne dispensait pas du service dans la milice, et que celle-ci recevait dans ses rangs beaucoup d'hommes ayant déjà porté les armes, c'était parmi ces derniers que le gouvernement les recrutait de préférence, en même temps qu'il offrait aux anciens sergents de milice, comme appât au rengagement, l'espoir de parvenir au grade d'officier ^ .

Les bataillons ainsi constitués portent les noms des villes des régions dont ils ont été tirés : ce sont les bataillons de Chàlons, ChauDwnt, Troi/es, etc. Il en est ainsi jusqu'en 1771, où l'ordonnance du 4 août, modifiant l'organisation de la milice, enrégimente les bataillons, en substituant aux noms de milice et de milicien ceux de troupes provinciales et de soldat provincial. On forrne alors avec les bataillons de Châlons, Rethel et Saint-Dizier, le régiment provi?îcial de Châlons, et avec ceux de Chaumontetde ïroyes le régiment provincial de Troyes * .

Cette organisation de la milice, en la rapprochant de celle des troupes réglées, devait permettre de l'affecter, en temps de guerre, à un service plus actif que celui des places. Dès l'année 1738 (guerre de Sept-Ans), 15 bataillons, dont faisait partie celui de Juigny, ainsi que celui de Châlons, destiné à être relevé, trois ans plus tard, par le bataillon de Troyes, avaient été dirigés sur l'armée du Rhin, et, en 1761, on avait vu Troyes employé dans les communications, en

' Arch. départ, de la Marne, C 13i3 et 1347. (Porlef.)

2 Ibid., C 1347. (Portef.)

■^ Ordonn. du 2U novembre 1736.

'' Arch. départ, de la Marne, C 1347.

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