CRÉATION DE COURS D'ACCOUCHEMENT
En même temps l'Intendant annonce que, « à compter de l'année « 1767, il accorde annuellement, pour chacune des douze élections « de la province de Champagne, deux prix aux particuliers, de « quelque étal et condition qu'ils soient, domiciliés dans lesdites « élections, qui lui auront présenté les plus beaux poulains et pou- « lïches de l'âge de deux à trois ans... Le premier prix sera de « quatre-vingts livres, le second de quarante " ».
Enfin un arrêt du Conseil d'Etat, du 1" mars 1761, vient donner à la fois une nouvelle impulsion et une direction aux travaux agricoles, en instituant une Société royale d'agriculture, composée de quatre bureaux dont les sièges sont établis, suivant l'ordre où les désigne l'almanach royal de 1762, à Meaux, Beauvais, Sens et Paris. Meaux se signalait particulièrement alors au choix de l'autorité royale non-seulement par un commerce actif de grains et de laines, ainsi que paV l'industrie de la mouture, mais encore par la prospérité de sa culture maraîchère et la réputation de ses fromages de Brie"^. Yingt-six ans plus tard (1787), l'intendant de la généralité de Paris venait y tenir une séance académique, où, après avoir parlé de la façon d'alterner les cultures, et de la pratique des prairies artificielles qui faisait la richesse des cultivateurs anglais, il remettait comme prix une médaille au sieur Gibart de Neufmoutiers, qui était le plus résolument entré dans cette voie féconde.
Une administration qui se montrait si jalouse du progrès de l'agriculture ne pouvait manquer de seconder, autant qu'il était en elle, le développement de la population, et en particulier de celle des champs. Là, trop souvent, en effet, livrée à l'inexpérience d'une sage-femme improvisée, l'épouse n'enfantait qu'au prix de sa vie. C'était un mal qu'il importait de combattre, et dont un ancien chirurgien de l'Il(')lel-l)ieu de Paris, M. Fourot, indiquait parfaitement la cause, quand il écrivait : « Dans les campagnes, la réception « (les sages-femmes se l'ait à la [)luralilé des voix dans une assemblée c( que MiM. les curés convoquent. Le lieu de celte assembh'e est « l'église, et, après l'élection faite [)ar les femmes, celle sur laquelle
' Arch. de VAube, C 342 (Liasse).
■'' Uist. de Meaux, p. ;J8'J-3'J1. Mi';ui\ (lopciKl.iiU ODiiinio St'us, do la yéiiéralilé de l'a ris.
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a les suffrages se sont rt'unis est désignée à l'instant, s'avance au « pied de l'autel, y reçoit les instructions de son pasteur, selon la « formule de réception qui est dans le rituel: elle est alors nommée « sage-femme, et cette qualité suffit pour la rendre capable et la « maintenir en exercice '. » C'était trop peu assurément ; mais du moins, dans l'enfance de l'art et surtout dans l'abandon où l'art laissait les campagnes, l'Eglise, qui s'intéressait à la multiplication de la vie chrétienne, ne négligeait-elle rien de ce qui pouvait sauvegarder les naissances. Frappé des avantages qu'il offrait, l'intendant Rouillé favorise la création, à Ghàlons, d'un cours d'accouchement par une dame du Coudray, et il invite les curés à y envoyer des élèves sages-femmes ; le cours s'ouvrira le 1^'" décembre 1772. Les dignes curés accueillent avec empressement la nouvelle de l'institution et l'ordre qui l'accompagne. Celui de Moncetz félicite en vers M. Rouillé de sa bienfaisante sollicitude qui lui a fait trouver « le sûr moyen... d'étendre partout la population » :
C'est de former des Liicines Qui président aux gésines, Et dont les savantes mains Assurent la naissance aux fragiles humains * .
Le curé de Ville-en-Selve, peu satisfait du succès de sa mission, s'appuie de la voix de la nature et de la religion pour réclamer de l'Intendant la contrainte contre ses paroissiens, qui refusent d'envoyer une élève. « Us ont, prétend-il, plus de soin de leurs vaches, « quand elles veulent déposer leurs veaux, que de leurs femmes « pour ce qui regarde leur accouchement \ »
Quoi qu'il en soit, l'œuvre de M™* du Coudray produit les meilleurs fruits ; les chirurgiens démonstrateurs qu'ont formés ses leçons se répandent de Chàlons à Reims, à Sainte-Menehould, à Sézanne, àVitry^ Troyes aura, en 1773, un cours fait par M. Le Maire de Ternantes, démonstrateur breveté d'accouchement "•. Les
1 Arch. de la Marne, C 355.
s M., ibid.
3 Id., ibid.
o Arch. de VAube, C 1167. Ce n'étail point du reste sur le vif que se