‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 137 sur 232 · PRINCIPALES BRANCHES DU COMMERCE · texte numérisé non relu

PRINCIPALES BRANCHES DU COMMERCE

diplômes de sage-femme seront désormais délivrés par les professeurs spéciaux ' .

En un mot, l'Intendant est le protecteur né des populations et des intérêts agricoles ; rien de ce qui touche les unes et les autres ne lui est étranger, et le soin vigilant et éclairé qu'il en prend fait de sa personne la providence des campagnes. Protéger la vie de l'homme contre les attaques des animaux malfaisants, en encourageant la destruction de ceux-ci -; prévenir les incendies ou du moins en diminuer le nombre en interdisant les couvertures en paille, ou en encourageant par des décharges de taille l'emploi de la tuile ^ ; veiller à la santé publique en adressant aux subdélégués soit des boîtes de drogues destinées aux communautés, soit des instructions sur le traitement du ver solitaire, l'inoculation de la petite vérole*, etc., tels étaient les bienfaits d'une administration provinciale dont le dernier représentant, M. Rouillé d'Orfeuil, ne fut pas une des moindres gloires.

Les différentes branches de l'industrie champenoise formaient naturellement autant de branches de commerce. L'industrie manufacturière continuait d'avoir ses principaux débouchés aux grandes foires de la province, et à ce sujet Rouillé écrivait au garde des sceaux : « Les villes de ïroyes, Châlons, Reims etYitry sont, à « proprement parler, les seules qui se soient maintenues, enCham- « pagne, dans la possession d'avoir des foires à certaines époques « de l'année. 11 s'en tient bien dans les autres villes, mais elles « ressemblent plus à des marchés renforcés qu'à des foires -'. » Les foires n'ont plus d'ailleurs leur antique importance ; celles de Reims, en particulier, « ont bien diminué depuis la franchise des foires

faisaient les démonslrations, mais au moyen d'une machine; ainsi on usait M"^« du Coudiay à Cliâlons. [Ibkl.)

' Arch. départ, de la Marne, C 352.

^ 10 livres de gratilicalion pour la dostruolion d'une louve; ti livres pour celle d'un loup ; 3 livres pour celle d'un louveteau. [Archives de la Marne, C 443.)

3 Arch. de VAubr, C 1254, 1256.

5 A}-ch. de la Marne, C 481.

WO LA l'hOVINCI' \)K CIlAMPAiiMi:.

a accordée à Troyos pai' ariôl du (loiiscil d'I^lal du roi du 27 août « l()'J7. X) Ou y vend le plus ordiuaircuiciil des grosses et petites dra[)eries appoi'lf'^es des « villes de Uouen, Elheul", Vir (Vire), Beau- (( vais, Amiens, Troyes, Toui-s, Orléans, Chaalons en Champagne, « Nogent-le-Uotrou cl Le Mans » ; on y voit aussi quchjues soieries de Paris et de Lyon. Les- acheteurs viennent de la Picardie, de Champagne et Brie, de Lorraine, des Trois-Evéchés, de Flandre, Liège, llainaull, Luxembourg et des villes i'rontières de la Champagne '. La franchise do ses foires ne semble pas, d'autre part, avoir beaucoup profité à la ville de Troyes ; elle expédie en Normandie du chanvre, et envoie à Paris et à Uouen l'excédent du lin qu'elle emploie dans ses fabriques de toile. Mais la bonneterie, comme nous l'avons vu, devait, dans la seconde moitié du siècle, donner à son industrie une activité féconde, et développer avec le temps la richesse de la cité. Quant au commerce des grains, soumis, jusqu'en 1703, à des règlements restrictifs, puis admis, par la déclaration du 23 mai de cette année, à la jouissance d'une entière liberté, après être retombé, par arrêt du 15 décembre 1770, dans la servitude des restrictions, il était enfin, depuis l'avènement de Louis XVI, émancipé par arrêt du conseil du 15 septembre 1774^, sans avoir à redouter désormais la concurrence du gouvernement et d'agents qui « peu- « vent à son insu se permettre des manœuvres coupables », ou tout au moins être exposés à de regrettables soupçons dont pâtit l'administration qui les emploie. La liberté, bien qu'octroyée pour le bonheur du peuple, ne pouvait manquer de devenir parfois entre des mains avides un instrument d'oppression. Ainsi voyons-nous le subdélégué de Bar-sur-Aube se plaindre à l'intendant de manœuvres commerciales qui élèvent le prix des grains, en les

^ Jd., C 499. Mémoire de 173."i sur la manufacture de Reims.

* Jsambert, t. XXIII, p. 30-39. Les considérants de l'arrêt sont très intéressants ; ils témoignent à la fois d'une grande honnêteté et d'un profond souci du bien-être du peuple. 11 ne s'agit d'ailleurs que de la libre circulation des grains dans le royaume, « n'entendant Sa Majesté « statuer quant à présent et jusqu'à ce que les circonstances soient « devenues plus favorables, sur la liberté de la vente hors du royaume », où chacun peut toujours introduire des grains étrangers dans l'intérêt des populations malheureuses .

PR1ISC1PAI.es branches du commerce. 4^1

accaparant avant la récolte pour les transporter dans d'autres pays'. Mais, outre que l'abus des meilleures institutions est aussi inévitable que le jeu des passions humaines, la plainte môme du subdélégué témoigne que l'autorité veillait à la répression du mal.

L'un(î des villes de la généralité les plus riches en grains était Vitry-le-François ; elle en approvisionnait les marchés voisins et particulièrement celui de Reims '^.

Le prix commun, dans la Généralité, du sac de froment de 200 livres était, en 1720, de 12 livres 18 s.; de 1753 à 1762, de 14 livres 18 s.; en 1766, de 12 livres 6 s.; en 1771, de 18 livres 6 s. ; en 1780, de 16 livres 10 s. ^; le prix du boisseau de froment pesant 40 livres, de 1 livre 9 sols au marché de Troyes (janvier 1719) ; le prix du boisseau, nouvelle mesure, estimée 36 livres, de 3 livres 16 sols (janvier 177S).

A Troyes même, la livre de froment, en 1770, valait un sol ; celle de méteil, 10 deniers; celle de seigle, 8 deniers ; celle d'orge, 7 deniers ; celle d'avoine, 6 deniers *.

Le pain fine fleur coûtait dans la même ville, en 1767 (taxe du 3 octobre), 2 s. 9 den. la livre; en 1774 (taxe du 9 juillet), 2 s. 3 den.; le pain bis blanc, en 1781 (novembre), 1 s. 8 den.

A ces renseignements joignons-en ici quelques autres qui intéressent également l'alimentation :

La viande (bœuf, veau, mouton) se vendait, en 1768 (janvier), 6 sols la livre ; en 1774 (juillet), 7 s.; en 1781 (novembre), ri sols 6 den,; en 1784 (février), 9 sols le bœuf et le veau, 10 sols le mouton ; la livre de lard, 15 sols.

Le vin de Champagne coûtait, en 1776 (janvier), de 320à3o0 liv. le muid de Paris ; en 1777 (janvier), de 350 à 400 livres. Le vin de pays, à la première date, valait de 40 à 80 livres ; à la seconde, de 45 à 100 K

^ Arch. de l'Aube, CSDO. — Un ne liill pas iiiiciix atijourd'lmi.

2 Arck. de la Marne, C 499. Mémoire de 17;J3.

3 Id., C 406, 407. — Id. de l'Aube, C 1909.

* Arch. de l'Aube, C 1170, 1173. — En 1740, la (^(iMi;rég'ation de Reims avait dû acheter 292 scliers de grains à 20 et 21 livres le selier. « Celle « clierlé dura deux ans. » {Annales de la cnDrniiomHtè .)

^ Arcli.. de l'Aube, C1910, 1911, 1912. Le vin de Roiirgogne se vendail. en 1770, de 250 à 280 livres ; en 1777, de ;5()0 à ii-'iO livres.

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L'administration prend soin d'ouvrir au commerce, soit par eau, soit par terre, de nouvelles voies, ou d'améliorer celles qui existent. Désireuse de canaliser l'Aisne à partir de Sainte-Menehould, elle en avait fait étudier le cours dès 1716, depuis le village de Charmontois jusqu'à sa jonction avec l'Aire, et les deux ingénieurs de la province, chargés de ce travail, avaient reconnu que l'on pouvait rendre l'Aisne navigable depuis l'endroit où elle reçoit l'Aire, et flottable à partir de sa jonction avec la Biesme ; la Biesme ellemême pouvait devenir flottable ainsi que l'Aire (1717). On commença, en conséquence, au mois de juin 1718, les travaux du canal de Biesme, et on y employa, outre les ouvriers du pays qui s'offrirent d'eux-mêmes, trois cents Suisses du régiment de Hernel, qui arrivrrent le 4 juillet à Vienne-le-Ghâteau ' : on leur donnait 16 sols par mètre cube. L'année suivante, au mois de juin, le canal était achevé, et le 23 novembre 1723, on y faisait flotter les premiers bois. Mais, faute de soin et d'entretien, il ne tarda pas à se remplir, et tout fut perdu-. A Reims, on reprend, en 1748, le projet de canaliser la Vesle qu'avait formé, en 1721, M"'^ la duchesse de Duras', et, en 1775, un magistrat rémois, Cliquot de Blervache, fait sur la navigation de cette rivière un mémoire plein d'intérêt ; mais on recule devant la dépense qu'imposerait l'exécution de ses plans. Quatre ans après, un autre Rémois, Dérodé, trouve plus simple et moins coûteux d'imaginer un canal qui de Reims conduirait directement à Berry-au-Bac les eaux de la Vesle. Ce nouveau projet ne trouva pas plus grâce que le précédent aux yeux de l'autorité.

Le principal effort de l'intendant devait se porter sur les voies de terre, dont l'état était généralement déplorable, encore bien que

' On avait déjà vu, en 1714, un régiment suisse « travailler aux travaux a de la rivière de Seyne (Seine) », près de Troyes (Arch. de IWube, C 107o).

* Hist. de Sainte-Meyiehould, p. 391 .

^ V. la Correspondance des Contrôleurs généraux avec les Intendants par M- de Boislisle, 1. 11, p. 27.

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