‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 139 sur 232 · LES ATELIERS DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

LES ATELIERS DE CHARITÉ

tribulion nouvelle, en frappant exclusivement les taillables, aggravait malheureusement le poids des impôts ; elle ne fut perçue, dit une assemblée d'élection' , qu' «entre les sanglots de l'indigence », et provoqua bien des murmures. Le paysan eût mieux aimé donner son temps que son argent ; il ne demandait qu'à être payé proportionnellement à son travail.

Quoi qu'il en soit, si ce travail avait d'abord été lent, il parait qu'il avait à la fin produit un bon résultat : « Les chemins sont « beaux en Champagne », écrivait une voyageuse en 1779^.

La corvée roj/a^e supprimée, les routes furent divisées en stalionnements, placés chacun sous l'autorité d'un conducteur, et subdivisés en cantonnements qui étaient confiés chacun à un pionnier, (aujourd'hui cantonnier). Nous voyons, par les feuilles mensuelles d'émargements des salaires des pionniers du dix-septième stationnement dans l'élection de Bar-sur-Aube, que ce stationnement comprenait neuf cantonnements longs de 900 à 1,214 toises. Les pionniers touchaient par mois 20 livres, plus une gratification ou moins une retenue selon la qualité de leurs services '.

Quant aux chemins vicinaux et aux rues des villages, ils étaient réparés et entretenus par corvées bourgeoises, d'une durée de quatre jours environ, pris sur ceux de la corvée royale ou ajoutés à cette corvée. Quand l'abbé Terray, appelé, en 1769, au poste de contrôleur général des finances, grâce au patronage du chancelier de MaupeouS établit, en 1770, les ateliers de charité "çomt donner du travail pendant une disette aux ouvriers sans ouvrage, on les appliqua principalement à la réparation et à l'ouverture des chemins vicinaux. L'état alloua ensuite aux communautés et aux seigneurs qui concouraient à l'entretien des ateliers des sommes proportionnelles aux fonds qu'ils avaient versés. Ainsi accorda-t-il, en 1783, une somme de 94,000 liv., alors que les particuliers qui en avaient

' L'asserublcc dY-loction de Bar-sur-Aul)e, p. 24.

2 Lettres de M""do(i., p. lo, (57 cl 23(), où olle (inalitio diftoreiits chemins.

3 Arch. de VAtcbe, C 280. La longueur moyenne du canloMnoment élail de 1,000 toises : r'étail relie que M. Le Jolivet, ingéiiienr en elief. i>roposail à l'Assemblée provinciale de li.^er.

* L'aiil)('; était seioneur de Béllion (Marne) et abbé commendalaire.

sollicité IVmploi conliibiiaicnt pour :U). 1)27 livres. Kn 1781, il n<' donne que 71 ,2;{() livres, pour ^;{,51ij livres versées par les particuliers ; en 178(), il élève son allocation k 100, 000 livres pour 31,1()0 livres de contributions volontaires, (hélait, comme on le voit, un peu plus du triple des sommes souscrites'. L'assemblée provinciale de Champagne avait, le 12 décembre 1787, arrêté un règlement intéressant sur le régime de ces ateliers, qui étaient alors au nombre de 145, répartis dans les huit départements qu'embrassait l'administration des ponts et chaussées^ .

Grâce à l'amélioration des routes, les voitures publiques se multiplient, et leur service s'améliore en devenant plus rapide. En 1771, le carrosse de Meaux, contenant douze places du prix de 4 livres 10 sols chacune, et partant pour Paris deux lois par semaine, faisait le service en douze heures ; trois ans plus tard, il ne met plus que dix heures, mais le prix de la plac(; est porté à 5 livres. En 1777, nouveau et signalé progrès : le carrosse s'appelle diligence, et le prix des places est porté à 8 livres dans l'intérieur, à 5 livres dans le cabriolet : il est vrai que la diligence justifie son nom en faisant le trajet en cinq heures. En 1785, un départ de plus, trois par semaine, le lundi, le mercredi, le vendredi, et l'on peut revenir le mardi, le jeudi ou le samedi. Il en est encore ainsi en 1789.

Ajoutons à ces avantages celui de pouvoir au besoin prendre place dans les voitures de Chàteau-ïhierry et de la Ferté-sous- Jouarre, qui passent deux fois par semaine, et dans celle de Sézanne, qui passe le lundi seulement.

Les autres villes de la Champagne n'étaient pas moins bien dotées. Troyes possède, en 1776, une diligence qui part tous les dimanches à sept heures du matin, et arrive à Paris le mardi, repart de Paris le jeudi, et arrive à Troyes le samedi matin. Un messager privilégié de Troyes à Sens correspond d'ailleurs avec le

1 En 1789, il la porta à 110,000 1. pour 49.3io fournies par les villes, communaulés et particuliers.

^ Ces départements avaient pour chefs-lieux Reims, Cliàlons, Relliel, Joinville, Langres, Sainte-Menehould, Troyes et Sézanne.

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