LES VOITURES PUBLIQUES
coche de Sens à Paris, et « se soumet de partir même pour une « personne seule en payant place double en allant, et six livres en « revenant à Sens, où il loge au Phaisan, l'aul)Ourg Notre-Dame ». Les carrosses de Langres et de Dijon à Paris traversent en outre, à jour fixe, la ville de Troyes, qui reçoit, d'autre part, tous les lundis, le messager de Ghâlons, repartant le lendemain, et tous les quinze jours celui de Sézanne. En 1788, la diligence de Troyes à Paris a gagné un jour de marche, partant, en été par exemple, le jeudi à onze heures du matin pour arriver à Paris le vendredi, et en repartant le samedi pour arriver à Troyes le dimanche, à onze heures du matin ; le prix des places dans l'intérieur est de 30 livres 10 sols, et au cabriolet de 19 livres 5 sols. — La diligence de Besançon, passant par Dijon et Troyes, ne fait pas le trajet moins rapidement ; au retour elle part de Paris le lundi et arrive à Troyes le mardi ; repari le même jour à onze heures du matin et arrive le mercredi à Dijon, le jeudi à Besançon ; prix des places de Troyes à Dijon, 28 1. 8 sols ; de Troyes à Besançon, 42 livres 15 sols. — Le carrosse de Langres semble regagner le gite à regret : il était parti de Troyes, en été, le samedi à quatre heures du matin, pour arriver en poste à Paris le dimanche ; mais, reparti de Paris le mercredi, il n'arrive à Troyes que le vendredi à quatre heures du soir; il y couche, part le samedi à quatre heures du matin pour Langres et y ariive le lundi ; prix des places de Troyes à Langres, 14 livres 15 sols « par « personne ». — Il en coûte 9pour Chàlons, et 13 livres et demie pour Reims ; on part le mercredi pour arriver à Chàlons le jeudi, et on repart de Chàlons le vendredi pour arriver le môme jour à Reims. — Les messageries particulières correspondant avec Troyes sont alors nombreuses.
Ainsi Reims a-l-il, à la même époque, des départs une fois la semaine pour trente-huit communes des environs. En 175'i, son almanach citait des courriers partant pour Paris, Soissons et \a\o\\ tous les jours, à dix heures du malin, et poui' Hclhcl, l^pernay et Chàlons trois fois par semaine. En 1771), il y a deux l'ois [)ar semaine une berline pour Paris, partant à dix heures tlu soir cl arrivant le lendemain à cinq heures du soir ; le prix en est de 9 livres. Enfin, en 1784, Reims possède deux sortes de voitures faisant chacune, deux fois par semaine, le trajet de Paris : les dUigeiices, partant à neuf heures du soir et ari'ivanl !<> leiidemaiii à liiiil IhMU'es du soii'.
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et les cochi's, partant à deux heures du iiialiu puuf arriver à Paris le surlendemain au soir.
Même progrès pour le service de la poste. En 1771, les lettres ne partaient que trois fois par semaine ; en 1774, elles partent tous les jours. Celles qui de Paris sont adressées à Lagny, Brie-Comlo Robert, Rosay, Coulommiers, Meaux, La Ferté-sous-Jouarre, Château-Thierry, sont taxées, simples, 4 sols : avec enveloppe, 5 sols ; doubles, 7 sols, et l'once des paquets, IG sols.
Quant à celles de Paris à Dormans, Epernay, Chàlons, Reims, Fismes, Laon, Provins, Bray-sur-Seine, Méry-sur-Seine, Nogent-sur- Seine, il est payé, pour la lettre simple, 0 sols ; pour la lettre avec enveloppe, 7 sols ; pour la lettre double, 10 sols ; pour l'once des paquets, 24 sols.
De Paris à Bar-sur-Aube, Chàteauvillain, Chaumont-en-Bassigny, Donchery, Joinville, Mézières, Mousson, Rethel, Rocroy, Sedan, Sainte-Menehould, Saint-Dizier, Stenay, Yendeuvre, Yitry-le-François et Vassy, le port est, pour la lettre simple, de 7 sols ; pour la lettre avec enveloppe, de 8 sols; pour la lettre double, de 12 sols, et pour l'once des paquets, de 28 sols.
De Paris à Bourbonne et Langres, le port varie de 8 sols pour la lettre simple, à 9 sols pour la lettre avec enveloppe; il est de 14 sols pour la lettre double et de 32 sols pour l'once des paquets. . De toutes ces localités à Paris, les lettres étaient naturellement soumises aux mêmes droits ' . Ces droits sont plus élevés que ceux fixés au tarif de 1703.
La création de l'évêché de Dijon (1731), accordé aux vœux pressants des états de Bourgogne, entraîne le démembrement de celui de Langres, qui, sur 619 paroisses qu'il comptait alors, en cède 156 au nouveau diocèse.
' Dictionnaire universel de la France, par M. Robert de Hesseln, ci-devant professeur en langue allemande et inspecteur de MM. les élèves de l'Ecole royale militaire. Paris, 1771, in-12, t. V, p. 43U.
LES EVÊQUES ET LES LIVRES LITURG[QUES. 'i3l
Les évêques, qui avaient montré tant de zèle à combattre Terreur des jansénistes, n'avaient pas négligé les institutions les plus propres à affermir leur clergé dans la connaissance et la pratique de ses devoirs. Aussi les voyons-nous soutenir les conférences ecclésiastiques, convoquer des synodes, et recueillir tous les statuts émanés de ces assemblées' . En même temps ils multiplient les ouvrages liturgiques-, dans la pensée très louable assurément de régulariser, chacun dans son diocèse, la célébration du culte, mais avec une indépendance de l'autorité du Saint-Siège qui les expose, en multipliant ainsi les formules de la prière, au risque d'altérer la vérité religieuse. Depuis plus de cinquante ans le diocèse de Troyes manquait de missel qui lui fût propre. Bossuet y fit travailler dès 1726, et sept ans après, il le donnait à son église ; mais les soupçons qui s'attachaient à sa foi déterminent un certain nombre de mécontents à dénoncer son livre au métropolitain, et l'archevêque de Sens, que la publication des œuvres posthumes du grand Bossuet par son neveu avait déjà mis en défiance, interdit l'usage du nouveau missel. L'évêque de Troyes ne se tient pas pour battu; les mandements se succèdent de part et d'autre ; le débat s'envenime ; l'intervention seule du roi y met un terme, en obligeant Bossuet à réformer plusieurs points de son œuvre. Le prélat ne tarde pas alors à doter son diocèse d'un graduel (1739) et d'un proces&ionnal (174U).
Sous le poids d'autres soupçons, son successeur, Poucet de la Rivière, vit rejeter par le Parlement \qs statuts qu'il avait proposés au synode de 1749, et fut contraint d'ajourner la publication d'un
* Bossuet, évêqiie de Troyes, lieut un synode le 1" juin 17:22, des calendes en 17^3 ; donne en 17^9 un recueil de tous les statuts synodaux depuis M. Maller. — Poncel, son successeur, tient un synode le 20 mai 1749 ; de La Luzerne, évcque de Langres, en 1783, olc. — De Hissy, évèque de Meaux, fait faire, en 1724, un recueil des ordonnances de ses prédécesseurs.
* A Reims, par exemple, se succèdent le bréviaire et le diurnal de Jules de Rohan, imprimés à Charieville en 1709, Vantiphonaire du même prélat, conforme à son bréviaire ^Charieville 17G0) ; le missel et le graduel de La Roche-Aymon, imprimés à Paris, le premier en 1770, le second en
Wi» LA i'r,(»\ iNci: iH'; ciiami'ac.nk.
nouveau catéchisme, doiil il avait (•onrii le piojcl di'S los premirros aimées de son épiscopal ' .
De son côté, entrant i)lus avant dans la voie (pic lui avait ouverte son prédécesseur, Fortin de la Ilognette, en publiant un bréviaire en 1702, et un missel en 1715, Boulhillicr de Chavigny avait donné au diocèse de Sens un nouveau bréviaire (1725), d'où « lurent « bannies toutes les formules traditionnelles de l'Eglise, et où « l'Ecriture sainte fut seule admise' . » Ce fut pour le vaillant succc^sseur de ces évèques , pour Languet de (îergy , dont un écrit intitulé : De C Esprit de V Eglise dans ses cérémonies, avait révélé la piété éclairée, le sujet de profonds regrets ; mais il eut la sagesse de respecter leur œuvre. De Luynes, son successeur, devait même, en 1779, faire réimprimer le bréviaire de Chavigny, en attendant qu'il fit paraître (1785) un nouveau v/z/s.s*^? complètement eu désaccord avec le précédent. Loin d'échapper à cette contagion de rénovation des livres liturgiques, le cardinal de Bissy^ , faisant table rase de tous ceux de l'église de Meaux, donna en 1709 un missel, en 1713, un bréviaire, en 1714 un graduel, en 1718 un antiphonaire, en 1724 un procession/nal, et en 1734 un rituel à bon droit plus estimé que le bréviaire, car celui-ci présentait une distribution des psaumes bien différente de celle du bréviaire ronuiin. Toutefois il était loin de mériter le reproche que M. de Montmorin, évoque de Langres, faisait au bréviaire (1731) de M, de Pardaillan, son prédécesseur, d'être entaché de « certaines « erreurs insinuées avec art, sous prétexte d'exactitude dans la a critique, ou d'élégance dans les expressions ». 11 est vrai que le soin de le composer avait été remis à un savant oratorien, supérieur du séminaire de Langres. Aussi, pour sauver la pureté de la doctrine, de Montmorin aura-t-il soin (1738) de substituer des prêtres séculiers aux religieux qui dirigeaient cet établissement, comme, dans le même but, le cardinal de Bissy avait, l'année précédente (1737), confié son séminaire de Meaux aux prêtres du Saint-Esprit ; comme, en vue d'exercer sur les pasteurs et les fidèles une plus parfaite
' Topographie histor. de la ville de Troyes.
- Notice et Armoriai des arch. de Sens, par l'abbé Cornât, p. 54. ■* 11 fut fait cardinal en 1715. Il était, depuis 1698, aljbé de Ïrois-Fontaines, dans le diocèse de Châlons.
COMMISSIOX DKS REGULIKRS. — MONASTÈKES CHAMPENOIS. 433
vigilance, il porta de six à dix le nombre des doyennés de son diocèse.
Le salut de l'orthodoxie fut du reste la pensée qui dirigea la conduite de tous les prélats champenois, à une ou deux exceptions près. S'ils errèrent, tandis qu'ils suivaient le torrent par rapport aux entreprises liturgiques, ce fut plutôt par un certain entrainement à sacrifier aux grâces du langage que par un dessein prémédité d'égarer leur troupeau. On peut l'affirmer en particulier de M. de Pardaillan, que ses grands talents firent admettre à l'Académie française en 1725, et recevoir académicien honoraire des Inscriptions et Belles-Lettres ; ainsi que du pieux et savant Albert de Luynes, qui, après avoir été nommé, en 1743, membre de l'Académie française, fut, le 5 avril 17o0, promu au cardinalat : formé par les leçons et les exemples de Fénclon, en se montrant toute sa vie digne d'un tel maître, de Luynes a mérité d'être compté parmi les prélats qui ont le plus honoré l'Eglise de France par leur zèle et leurs lumières' . Ils n'apportèrent pas seulement une sérieuse et vigilante attention à maintenir les prêtres dans l'obéissance par la persuasion de la parole ou la rigueur des mesures disciplinaires ; ils s'attachèrent encore soit à affirmer leur autorité sur tous les monastères, comme l'évoque de Troyes, Bossuet, qui, au jour de son intronisation (1 1 novembre 1718), refusa de prêter le serment accoutumé entre les mains de madame l'Abbesse de Notre-Dameaux-i\onnains, soit à réprimer l'esprit d'indépendance qui s'était glissé dans quelques-uns d'entre eux.
Les réformes opérées sous Louis XIY n'avaient pas pris, semblet-il, de profondes racines dans toutes les maisons qui en avaient été l'objet, ou le relâchement en avait depuis gagné d'autres : les menées scandaleuses du jansénisme, l'opposition obstinée du Parlement, la licence des écrits, la dépravation des mœurs, sans i)arler de l'abandon et quelquefois môme de la misère où les abbés commendataires laissaient leurs moines, n'avaient pas été sans exercer sur la vie religieuse une action énervante. Aussi, tandis que le neveu de Bossuet croyait devoir rendre une ordonnance pour prescrire l'observation de la clôture à tous les religieux de son diocèse (I7i21), plus d'un eouveni champenois se trouvait-il pivsque désert.
^ 2\oticc et Ariiiorial des arch. de !Sciis,
431 I.A PnoVINCK l)K CIIAMPAdM-:.
La situation j^«''n<''ral(! était telle que rasscinblr-c du clergé do 1705 s'en «''Uiut, et que, dans l'intérêt des ordres religieux qui lui paraissaient menacés du même coup que les Jésuites, elle résolut d'en appeler au pape et de lui demander la nomination de commissaires choisis dans les rangs de l'épiscopat, pour procéder, sous l'autorité du Saint-Siège, aux réformes jugées nécessaires. Mais cette décision alarme le gouvernement ; les séances de l'assemblée sont suspendues, et après avoir proclamé la suprématie de la puissance séculière sur le clergé (24 mai 170(5), le roi nomme, le 31 juillet, une Commission des Réguliers, composée de cinq évoques et de cinq conseillers d'Etat, à laquelle étaient conférés les pouvoirs les plus étendus pour prendre à l'égard des communautés religieuses telles mesures qu'il appartiendrait, « nonobstant tous privilèges et exemp- « tions, de quelque genre qu'ils puissent être. »
Cette commission, qui avait pour président M. de La Roche- Aymon, archevêque de Reims, sans attendre le résultat de l'enquête qu'elle devait faire sur le spirituel et le temporel de chaque couvent, provoque Tédit de mars 1708, qui, tout en prescrivant la rédaction de nouvelles constitutions, fixe à 21 ans les vœux des hommes, à 18 ceux des filles, et à quinze ou neuf religieux au moins la conventualité de chaque maison ; supprime par voie de conséquence celles qui n'auraient pas le nombre voulu, et défend d'y recevoir des novices. Abusant alors des pouvoirs dont elle était investie, la commission ordonne la fermeture de certains couvents, ou en maintient d'autres en leur imposant les conditions de nombre les plus arbitraires. Jalouse de conserver à quelques-uns le lustre qui fait la force et la gloire de leur congrégation, elle décidera, par exemple, « que Saint-Remi, dont Saint-Marcou sera.... dépendant, ne peut « comprendre moins de 28 membres..., Saint-Nicaise moins de 17....' ».
Les évêques de la Champagne témoignent d'ailleurs dans leurs rapports qu'ils sont satisfaits des services de leurs religieux. Monseigneur l'évêque de Châlons regarde les Augustins « comme a fort utiles dans son diocèse pour la prédication et la confession ». Le cardinal de Luynes dit que a ces religieux travaillent lorsqu'on
' Rapport de Brienne, arch. de Toulouse, tlii 28 février 1769. Bibl. nat. m\ fr. 13846.