COMMISSION DES RÉGULIERS
« a besoin d'eux ». Il fait un éloge moins réservé des Récollets et des religieux de Piepus, dont il sollicite le maintien. Les évêques de Ghàlons et de Troyes se louent du dévouement des Cordeliers aux intérêts spirituels des paroisses rurales ; le premier « insiste pour la « conservation » des maisons de Ghàlons et de Sainte-Anne de Joinville, tandis que l'archevêque de Sens veut garder celle de Malesherbes, comme « très nécessaire au diocèse », et que l'évèque de Soissons sacrifie un couvent de Minimes ^ au désir de conserver les Cordeliers de Château-Thierry. L'archevêque de Reims lui-même n'hésite pas à proclamer le « zèle infatigable de ceux de c( son diocèse, qui ne vivent que de leurs travaux et des aumônes « des fidèles ». Quant aux Bénédictins, ils furent d'autant plus maltraités et eurent d'autant plus à souffrir qu'ils se montrèrent plus rebelles à l'action de la commission. Dans le chapitre ouvert à Montier-en-Der le 13' avril 1771, Brienne ne leur dissimula pas la volonté du roi, et ils se soumirent. Mais l'autorité des supérieurs une fois annulée par l'omnipotence royale, la discipline s'affaiblit dans plusieurs maisons. « En avril 1774, une lettre d'un moine de « Montier-en-Der parle de l'état d'effervescence où sont les esprits « chez nous ». La même année, un religieux de Moutier-la-Celle a le courage de signer un mémoire par lequel il demande « que tous « les membres de la Congrégation soient tenus d'être unis de « doctrine avec le corps épiscopal, ce qui est évidemment dirigé c( contre le jansénisme, et qu'on élimine les suppôts de l'ordre « des francs-maçons ou de toute autre société de même trempe sous « différents noms de Cousins, Félicité, etc., de tous grades et « dignités de supérieurs, offices de ccllerier ou procureur, autant « qu-on pourra les connaître sous l'habit religieux; il y en a a plusieurs en place dans la congrégation -». Ce n'était donc pas le nombre des religieux qu'il fallait réformer, mais leur esprit ; malheureusement ce n'était point là le souci de la commission, dont les membres étaient ou trop asservis à la volonté royale, ou li'op
' Celte maison qu'avait ruinée la cluile du syslèiiic do Law, ne contenait, à la vérilé, ([u'uu seul religieux ; mais elle était chère à la population,([ui demanda vainement ([u'on hii réunit la maison de Launoy, perdue dans les l)ois. [Risl. de Chdtrtiii-Thli-n-!/. t. il. p. ^1:2.)
^ Arch. nat.,0 534.
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dociles aux inspiiations du siècle : n'avuil-uu pas vu l'évèque de Tours se rialler auprès d'elle (30 juillet 1778; d'avoir dans le chapitre des Cordeliers fait nommer provincial « d'une voix abso- « lumenl unanime » le V. Etienne : « Peut-être, lui écrit-il, n'est-il « pas très fervent, peut-être même est -il franc-maçon, ce qui « déplaît tant à M. de (juimper; mais ce dont je vous réponds, c'est a qu'il a de l'esprit et un maintien extérieur bien religieux... ». \lI il ajoutait : « A'ous trouverez dans une note ci-jointc les motifs qui « ont fait suspendre la suppression de quelques couvents. Laissez- « les tranquilles sur ce point, et soyez persuadé que dans peu ils « vous solliciteront pour être autorisés à en supprimer un plus « grand nombre ' ».
Tel était, en effet, le but de la commission, et tel fut le résultat des dégoûts dont elle abreuva les supérieurs, de la servitude où elle prétendit tenir les communautés. Aussi plus d'un couvent se trouva-t-il fermé, en Champagne comme ailleurs, avant que la Révolution décrétât la suppression générale des maisons religieuses. On n'attendit même pas partout les décisions de la commission, et l'accusation de jansénisme suffit à déterminer la fermeture d'un certain nombre de ces maisons, comme il arriva, à Châlons, de celle des Ursulines en décembre 1761. « Elle est supprimée », écrit le président Morel, à la date du 18, « et les biens unis à l'abbaye de « la Pitié. On donnera à chacune des Ursulines une pension de 300 « livres, qu'elles mangeront où elles voudront se retirer... Aussi « bien il n'y avait plus que sept religieuses et trente ou trente-cinq « jansénistes de leur ordre et de tout pays, qui vont être bien « déroutées '^ ».
L'épiscopat champenois, tout en veillant à l'instruction spéciale du clergé, n'avait pas omis de lui donner des guides propres à le
' Revue des Questions hist. : Les Monastères et la commission des '.-èguliers de 1766 à 1789 (juillet ISJo, avril 1876, janvier 1877;.
'' Correspondance du président. — « Le roi, écrivait-il le 29 mars, a « levé la lettre de cachet qui empêchait les Dames de Vinets de recevoir « des religieuses. 11 n'y eu avait plus que six de trente ou quarante « qu'elles étaient autrefois... Ou dit que cela a été fait à l'insu de « M. l'Evèque, qui avait sollicité une lettre de cachet et comptait obtenir « les revenus de cette maison ou autre communauté. »