‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 142 sur 232 · L'OEUVRE DES PP. 1)K LA TULXIT!] !-:T DE N.-D. DE LA MERCL · texte numérisé non relu

L'OEUVRE DES PP. 1)K LA TULXIT!] !-:T DE N.-D. DE LA MERCL

diriger dans l'enseignement qu'il devait au peuple. Si Poncet de la Rivière ne put faire agréer au synode de 1749 son projet de catéchisme, l'évêque de Châlons, M. de Saulx-Tavannes, plus heureux, en donna un fort estimé. Languet de Gergy en fit également un remarquable, mais que les curés n'acceptèrent pas sans faire au prélat des remontrances soi-disant respectiœuses ; car « il n'y a rien « de moins respectueux, dit des Marais, que de voir l'archevêque « sur la sellette remontré par les curés sur son catéchisme, et c'est « bien là l'espèce de figurature de Gros-Jean ». Il répugnait en particulier à ces modestes auxiliaires de l'épiscopat, alors qu'on ne les mettait point avec le pape et les évéques pour composer l'Eglise, d'aller « enseigner leur propre dégradation ». M. de Fontenelle, évêque de Meaux, prit soin, en publiant, en 1751 , \e jubilé universel de Vannée sainte accordé par Benoist XIV, do joindre à son mandement des méditations et un catéchisme particulier pour ce temps de prière.

D'un autre côté, dix ans plus tard (1761), son successeur, de la Marthonie, prenant en considération l'esprit nouveau de la société autant que les besoins du peuple, accordait, le premier, à ses diocésains la permission d'user d'œufs en carême ' . Dans une vue semblable, le petit-neveu de l'auteur àeVAnti-Lucrèce, M. de Polignac, à l'imitation du sage cardinal de Bissy, réduisit, en 1781, le nombre des fêtes.

Les pauvres n'eurent pas d'amis plus dévoués que c^s évêques. M. de Bissy leur donna toute sa fortune, qui était grande, et quand, en voyant l'état de son linge et ses soutanes rapiécées, on lui représentait qu'il ne soutenait pas sa dignité : « Mes pauvres, répondait- (( il, ont encore plus de nécessités que je n'en peux soulager », M. de Polignac consacra sa première visite aux malades de l'Hôtel- Dieu et aux vieillards de riiô|)ital, et comme son cocher lui demandait ses ordres pour la voiture : « Point de \oiliire, répondil-il ;

^ Quant à l'usage du lait, ilu beurre et du fromai^o, il y avait lougtonips (Irjà qu'il était autorisé; car les méinoiros dti i-lianoiiie Maiieroix nous a]>preinient que, dès le temps du cardinal de Lorraine, la permission en était donnée, cha(|ue ainn'-e, aux tidéles du diocèse de Reims. [Mémoires de M. Fr. Maucroix, chanoine et sénéchal de l'église de Reims, Société des P>ihliopliilcs de Reims. 18i2.)

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« c'est à pied (|iril raul aller voir les pauvres ». Arrivé à l'hospice au nioiiieiil (in diner, il voulut les servir lui-nièine, et loulc sa suite imita sou exemple' .

La cliaiilf'i compatissante de l'c-piscopat ne s'exerçait pas seidement dans les limites de la pioviuce ; elle les dépassait de l>eaucou|) pour aller arracher des mains des Barbaresques d'inrorlun(''s chrétiens assujétis à de rudes travaux et exposés au danj,'er de perdre leur foi. Du moins les Pères de la Trinité, voués au rachat des captifs, trouvaient dans les libéralités et la protection des évèques, non moins que dans la pieuse générosité des fidèles, des encouragements efficaces qui leur permettaient d'offrir de temps en temps aux populations le spectacle émouvant de processions de malheureux sauvés du plus dur esclavage. Troyes avait vu, en lOOi), la première de ces processions, où chaqu(^ captif était, au moyen d'une chaîne, conduit par deux enfants « habillés en ange »' . Le XVll^ siècle devait lui en présenter deux autres en 1720 et 1730^. Meaux en avait eu une en 1719, composée de quarante-cinq captifs que les Pères de la maison de Gerfroi avaient réunis en cette ville pour les promener dans les rues et les églises, et éveiller en leur faveur la compassion publique, avant de les rendre à leurs familles. Vitry eut la sienne le 19 octobre 1731, organisée par un religieux du couvent de la Trinité de Yitry en-Perthois, et escorté des valets de ville. Enfin, à Ghàlons, dit un témoin oculaire, il arriva, le 7 janvier 1759, c( des captifs, au nombre de 50 ou (50, qui allèrent le lendemain

1 Y. la Chronique des évéques de Meaux, par Auguste AUou, pages 119, liO.

- On trouve dans une brochure imprimée à Châlons chez Jean Bouchard en 1668, sous le titre : Tableau de piété envers Jes captifs, le récit d'un voyage à Tunis entrepris, le 21 août 1666, par le R. P. Bazire, de l'ordre des Mathurins de Châlons, en compagnie des RR. PP. Pierre Michalin, ministre de Syvelle, et Victor Leheau, ministre de Meaux, pour raclieter des captifs. Des circonstances particulières ne permirent pas à ces religieux d'en ramener plus de 2o. ils durent les racheter au prix de vente surévalué d'un droit de sortie réglé comme suit : pour un captif racheté 100 piastres, 50 piastres ; pour celui qui était racheté 200 piastres, 60 piastres, et au-dessus de 200 piastres, 10 piastres par 100 en plus. (F^. Griguon, dans la Revue de Champagne et Brie, mars 1887).

3 Boutiot, t. IV, p. 488.

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« en procession à la cathédrale, précédés des tambours de la ville « avec musique, et suivis d'un nombreux clergé. Ils avaient chacun « à leurs côtés deux petits anges qui les tenaient avec des rubans « Rien n'était plus touchant que ce spectacle qui a occupé la ville « toute la journée. Chacun s'est empressé à les loger et à les (f nourrir, et on a fait aux religieux qui les accompagnaient beau- « coup de charités ». Ils allaient à Paris ' . Chàlons vit encore, le 4 octobre 1785, arriver dans ses murs 60 captifs rachetés à Alger par les deux ordres des Trinitaires et de Notre-Dame de la Mercy : il y eut ce jour-là « grande cérémonie religieuse, procession par la « ville et diner splendide ».

Bien différent était l'esprit de cette société secrète qui, sous le nom de Franc-Maçonnerie^ avait franchi le détroit en 17^5, importée par des partisans du prétendant Charles Edouard, et qui s'était installée à Paris dans le faubourg Saint-Germain-. De là elle s'était promptement répandue dans les provinces. Elle établit une loge à Reims en 1751, puis une seconde en 1782, qui, après s'être fondue dans la première, reprit en 1787 une existence séparée. Provins eut la sienne en 1784, sous le titre de V Heureuse Alliance' La magistrature s'était, dès les premiers temps, engagée dans les rangs de cette association, quelques prêtres s'y affilièrent, et la clôture religieuse, comme nous venons de le voir, n'en défendit pas les moines. Pourtant le pape Clément XII avait, dès l'année 1738, admirablement ouvert par sa bulle In eminenti la série des décrets pontificaux contre la franc-maçonnerie, et il est curieux d'entendre, six ans plus tard, un procureur du roi exprimer la crainte que cette société ne devienne « un jour préjudiciable à la « religion, si elle ne l'est aussi à l'Etat, puistpi'il est difficile de « porter des coups à la religion que rj']lal. par un conire-coup « inévitable, ne s'pn ressente aussi s »; mais le philosophisme, enfant de la Réforme et de la Renaissance, avait mis un bandeau

' Corresjj. du président Mord, tcltrc ilii !t janvier.

- (conformément à la coutume anglaise, ce f;il oliez un trailtur liii nom do Hiu'c, établi rue dos Houelieries, ([tic s'altrila la [)iomiére loi^o.

^ Lettre du procureur du roi à Orléans au procureur général, du l.'J mai 1744 (Revue des Questions liist(trl([ues, octoI)re 187o, p. o50].

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sur la plupart, des yeux, et h; jausf'-uisine avait Tort éhraul*'- le principe d'autorité.

A l'invasion des idées nouvelles le clergé s'efforce d'opposer l'ensei^Mieinent chrétien, soit en enrichissant de ses dons les établissements existants, soit en encourageant la fondation de nouveaux collèges, soit en surveillant avec une sollieiliide éclairée Tinslruction de la jeunesse.

(îràc(^ à la puissante protection des archevêques et au soin jaloux avec lequel elle combattait toute concurrence, autant qu'elle poursuivait le fantôme des .Jésuites', l'Université de Reims conliiuiait de prospérer. Il ne semble pas cependant que la police y ail toujours été sévèrement observée, à en juger par une lettre du chancelier Lamoignon à l'intendant La Chàtaigneraye, qu'il prie d'ain- « former secrètement « sur de grandes plaintes qui lui sont parvenues contre la Faculté de Droit- .

Jusqu'en 1724, la chirurgie, qu'un arrêt solennel avait, en 1669, dépouillée des honneurs littéraires, en l'associant au corps ^les barbiers, comme, un siècle auparavant (1560), les apothicaires avaient été unis aux épiciers, ne s'exerçait que par tradition et en dehors de toute direction scientifique. Pour mettre un terme aux dangers de cet état de choses, un arrêt royal avait alors établi cinq démonstrateurs pour enseigner la théorie et la pratique chirurgicales ; puis, 7 ans plus tard (1731), un autre arrêt avait fondé l'Académie royale de chirurgie, en attendant que les chirurgiens

1 Elle s'opposa vivement, en 1722, par peur des Jésuites, à l'érection de deux universités, l'une à Dijon, l'autre à Pau ; Dijon ne put obtenir qu'une Faculté de Droit. (V. Marais, t. Il, p. .356 et 476.)

^ l'"" octobre 1761, Arch. de la Marne, G 323. « On dit que les leçons « ordinaires n'y sont pas exactement faites, que les étudiants n'y assis- « tent pas, que souvent même ils n'ha])itent pas dans la ville ; que «' lorsque le lieutenant du bailliage y fait sa visite comme il est ordonné « par les règlements, il se trouve des étrangers qui répondent pour les « absents; ([u'il en est de même pour les inscriptions; que les thèses « consistent dans une feuille imprimée sans date qui sert à plusieurs, que « souvent même il est des candidats qui n'en soutiennent pas ; que les « examens se font sans exactitude. Ce sont là les principaux faits qui « sont venus à ma connaissance. »

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