‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 144 sur 232 · LES COLLÈGES · texte numérisé non relu

LES COLLÈGES

ce collège était presque entièrement composée d'élèves qui logeaient chez des personnes respectables de la cité, comme cela se pratique encore aujourd'hui en Allemagne'. Les vacances dont elle jouissait n'avaient pas la durée qu'on leur a donnée de nos jours, car elles n'étaient que de trois semaines. Les distributions de prix étaient accompagnées d'une représentation dramatique qu'on abolit en 1757, pour la remplacer par un discours.

Après ces établissements, rappelons celui de Troyes, qui, sous la direction des Oratoriens, poursuivit jusqu'en 1792 sa carrière, et qui s'honore d'avoir eu parmi ses régents le savant Datmou (1780- 1784)^. Malheureusement il n'échappa point à l'invasion du jansénisme. Cédant à l'influence du neveu de Bossuet, les Oratoriens enrôlèrent sans peine parmi les adversaires de la Constitution une jeunesse ardente et turbulente ; mais on peut croire que l'extravagance de leur rigorisme fit moins de saints dans ses rangs qu'ils se plurent à en compter dans ceux de la bourgeoisie. Les barrières que le successeur de Bossuet vint ensuite opposer aux progrès de l'erreur arrêtèrent du même coup la prospérité du collège, et en moins de sept ans (1741-1748), on vit tomber le nombre des élèves de 275 à 137. La disgrâce de Poucet de la Rivière, jointe à la suppression de l'ordre des Jésuites, eut, à la vérité, pour effet de relever quelque peu sa fortune ; mais l'accueil exalté que les Oratoriens firent à la Révolution n'était guère propre à le soutenir : les familles s'alarmèrent de leur adhésion à la Constitution civile du clergé, et l'établissement se ferma dans le silence de la mort*.

Rethel entreprend, en 1762, de se donner un nouveau collège, pour remplacer celui qu'après les sièges elle avait établi dans la maison Sainte-Barbe. La première pierre en fut posée le (5 septembre. On y enseignait jusqu'aux humanités et selon un

^ Le collège avait, eu 1784, 2I"> élèves, doiil Mil pciisioimairos ; ses revenus se moulaient alors à 18,226 1. 11 s.; ses charges à 18,855 i., d'où un déficit de 628 \. 9 s. [Avch. dcpnrl., 1) 49).

2 H professa successiveincnl la sixième, la oimiuièiue el la ([ualrième.

3 II n'y avait plus (pTune soixantaine d'élèves. — Ou payait 300 1. de pension vers 1760, 400 eu 1789 (V. V Ensi'ipnement secondaire à Trorjcs dii nioyen-àgc à la Rcvohition par Gustave Carré).

u'i i-\ im;()Vi.ni:I': \n-: ciiami'agm:.

règlomonl octroyt'! par rUniversité rrmoise, à laquelle il ('■lait agrégé'.

Yitry, de son côté, multiplie |)Our le sien, avec ses libéralités, les iTiarf]nes de la plus bienveillaiilc sollicitude. On refait le logis des Doctrinaires (17i0) el la chapelle (17ïil) ; on vole, en ll'u, une partie des fonds nécessaires à la reconstruction des classes. L'affluence croissante des élèves, dont plusieurs venaient « des pro- « vinces voisines », voire « même de la capitale du royaume », animait la ville à ces sacrifices, non moins que le désir louable de « donner à la jeunesse une éducation honnête ». Mais la mort de M. Vialart, en la privant du l'ruit de ses promesses, la révolution financière de Law, en réduisant de plus d'un tiers le maigre revenu de la maison, avaient jeté les régents dans une profonde détresse, et si les encouragements du conseil, les sages avis de la commission du collège ne leur faisaient pas défaut, ils étaient impuissants à corriger l'insuffisance de leurs ressources. En vain les braves religieux pensent-ils, par un éloquent exposé de la situation - , émouvoir en leur faveur les Etats généraux : ils échouent devant les préoccupations politiques des Etats, en même temps qu'effrayées des tendances qui se manifestent, les familles retirent leurs enfants^.

Il serait superflu de redire ici les noms des autres collèges existants, et dont la vie s'est écoulée plus ou moins obscure. Bornonsnous aussi à nommer quelques-unes des régences qui ont vu le jour vers le milieu ou dans la seconde moitié du XVIll^ siècle, telles que celles de Crécy (1740), de Saint-Dh-icr (1747), de Regnoicez, A'Anthernj, de Varennes (1788) : le nombre de ces maisons fut grand, et il atteste le zèle des curés à servir la cause de la religion

^ Une tragédie, celle de VEnfant prodigue, que les élèves avaient jouée, en 1755, dans la grande salle de V Arquebuse, émerveilla tellement les habitants qu'ils récompensèrent par le don de douze bouteilles de vin de Champagne le zèle du P. Grandjean, qui avait formé les acteurs, et demandèrent de nouvelles représentations, en offrant d'en payer tous les frais. La salle devint dès lors le théâtre de la ville.

2 « Le collège de Vitry, dit un mémoire de 1783, est le seul du diocèse, « avec celui de la ville épiscopale. où il y a ou un cours com]ilet « d'études ». [Arch. départ., E 505j.

^ Eist. du collège de Yitry, par Hérelle.

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en répandant autour d'eux les lumières d'un enseignement chrétien.

11 semblera sans doute plus intéressant de voir ce que méditait, en 1780, l'assemblée générale du clergé en laveur de V éducation publii/ue. Par un édit du mois de février 1763, le roi, à l'imitation de ce qu'avait fait son « très honoré seigneur et bisaïeul » pour l'administration des hôpitaux ', avait remis les intérêts des collèges abandonnés par les Jésuites et de ceux qui ne relevaient point des Universités à des bureaux investis du droit d'en choisir les principaux et les régents, d'en administrer les biens et d'en régler la police.

La mesure n'avait pas porté tous les fruits que le gouvernement en attendait, et le clergé, frappé des vices de l'institution, désirait « mettre sous les yeux du roi un plan d'administration pour les « collèges, qui eût (me utilité générale sans avoir d'inconvénients « particuliers». Dans cette vue, l'assemblée de 1780 croit devoir (8 novembre) adresser aux évèques du royaume diverses questions sur lesquelles elle les prie de vouloir bien l'éclairer, et après leur avoir demandé (5^ question) « quels sont les inconvénients de « l'administration introduite par l'éditdu mois de février 1703 dans « les collèges ci-devant confiés aux Jésuites, et quel serait le remède c( à ces inconvénients », elle s'enquiert (6'' question) s'il ne serait pas « avantageux d'appeler au gouvernement des écoles publiques « des communautés régulières ou séculières, et d'en exclure les « maîtres particuliers, soit ecclésiastiques, soit laïques...; » puis (7*^ question) elle recherche « quels seraient les moyens de former « un établissement qui pût fournir des principaux, des régents et « des sous-maitres dans toutes les parties du royaume, et quel « genre de précautions il conviendrait de prendre à ce sujet ». C'étaient les germes de VUniversilê najioUoyiieniw ci de VEcute normale supérieure. Les évèques répondirent-ils tous au (jucstionnaire de l'assemblée? Eu tous cas, s'ils n'y mirent pas plus d'empressement que celui de Chàlons, il semble diflicilt> qu'ils aient jugé plus sainement que ce prélat la situation sur hupiclle la cinquième question a|)pelait leur examen. .Malheureusement la réponse de M. de Juigné, qui est de la fin de l'année 1783, est

' Déciai-alion du là dôcoiiiliro 1()!)8.

446 l..\ l'IiOVINCK |)K ClIAMI'ACNi:.

incomplrle sur ce point cl inuctle sur le reste. Mais elle apprécie avec une grande reriiidé <le laison les |)ernicieiix elTets de la création des Bureaux d'administralioii, lunl an point de vue de it-ur composition et de leur esprit que sons le rapport du droit d'élection dont ils jouissaient. Trop de villes d'ailleurs se plaignaient de la constitution donnée à leurs collèges pour (pfon pût la juger bonne, et il a suffi à la ville de Chaurnont d'appeler à la direction du sien une congrégation pour que celui-ci prît une forme nouvelle. On ne saurait, en effet, assimiler avec justesse, si ce n'est pour la régie des biens, l'administration d'un collège à celle d'un hôpital, car cette dernière ne demande à l'intérieur qu'« une inspection facile « pour tout citoyen qui a de la droiture sur la propreté, l'exactitude, « la vigilance, l'attention des différentes personnes qui desservent « l'hôpital », tandis qu'en matière d'éducation et d'enseignement chacun se croit compétent, parce qu'il « peut se faire ses systèmes » : de là chez « les bourgeois, qui, au défaut de toute autre adminis- « tration, sont infiniment jaloux d'exercer celle des collèges », une disposition regrettable à vouloir « subordonner à leurs différentes « idées le principal et les professeurs... », et tout permettre à leurs vues, « qui sont le plus souvent fausses» parce qu'ils manquent de connaissances spéciales. Aussi serait-il « à désirer qne les adminis- « trateurs supérieurs des collèges se bornassent, — comme dans les « hôpitaux — à examiner la manière dont leurs subordonnés remplis- « sent leurs fonctions ; mais c'est ce que l'on ne voit nulle part ' ».

Le clergé, qui sur la question si délicate de l'éducation publique a jeté des lumières dont notre siècle a plus d'une fois profité, ne pouvait négliger ses séminaires ; mais, après ce que nous en a appris la lutte qu'il eut à soutenir contre le jansénisme, nous n'avons rien d'intéressant à en dire, si ce n'est que M. de Mailly, à Reims, tenta vainement, vers 1716, de remplacer par les Jésuites les chanoines de la Congrégation de France dans la direction de son séminaire, et que celle-ci fut donnée aux Sulpiciens, quand les Génovéfains prirent le parti de se retirer (1787).

1 V. le Trésor des pièces rares et curieuses de la Champagne et de la Brie, par Carnandet, t. P"", p. 19 à 34. La pièce dounée par l'auteur n'est évidemment (jn'nne partie de la réi)onse de Mgr de Jnigné ; il serait à désirer que le reste se retrouvât.

LES SEMINAIRES. — LK PETIT SEMINAJRE DE CHALONS. 4i7

A Châlons, M. de Juigné, trouvant trop étroits les bâtiments construits par M. Vialart, résolut d'en élever d'autres sur l'emplacement de l'église Saint-Nicolas. Il en posa les fondements en 1781, et son successeur, M. de Clermont-Tonncrre, devait en 1787 poursuivre la construction de l'édifice, également remarquable par son étendue et son exposition sur les riantes prairies de la Marne. Mais les événements qui survinrent ne permirent pas d'en jouir' . M. de Juigné avait également établi, en 1779, dans une propriété du chapitre attenant à l'évéché -, un petit séminaire consacré à l'instruction des enfants pauvres de la campagne qu'il jugeait propres à entrer dans le saint ministère. Toutes les places y étaient gratuites ; on les obtenait par la voie du concours, et on ne pouvait concourir que pour la troisième, la seconde et la rhétorique. Le premier concours se fit, en 1779. les 20, 27 et 28 octobre ^. L'établissement ayant été' incendié, le 1" décembre 1785, le successeur de M. de Juigné, M. de Glermont-Tonnerre, jugea bon de le transférer dans le couvent des Ursulines, contre lequel il avait, le 10 août 1784, rendu de Paris un décret de suppression; mais il ne devait obtenir que le 8 avril 1786 le consentement de la ville à l'occupation d'wwo, Xiortion des bâtiments du monastère*.

' Il (levait recevoh" successivement, le 17 août 1791, une Ecole d'artillerie, et le 13 (léccnibre 1806, V Ecole d'arts et métiers, transférée de Complègne.

^ Cette propriété, dont le chanoine Denis devait acquérir rtisufruit on 1787 (8 janvier), — an prix d'une somme de 1,600 1., et sons l'engagement de la réparer de manière à conserver le rez-de-chaussée tel qu'il existait avant l'incendie de 178o, et de le surmonter d'un grenier sur tonte la longueur des appartements, — était située entre l'évcché an sud et ((uelqnes petites maisons situées au nord sur la rue de Marne. Los Itàtimcnts répondaient aux deux ailes de l'est et du nord du collège actuel de Saint- Etienne. Les maisons sises sur la rue de Marne ont été réccnnneut remplacées par une vaste construction à laquelle ou a relié ensuite nu corps de bâtiment du même style élevé sur remplacement du collège restauré.

•^ Mandement du 1®"" octobre 1779 [Arch. départ, de la Marne).

* Conclusions du conseil de ville. — Les Ursulines trouvèrent auprès de la ville un appui très sympathique dans la persécution dirigée contre leur maison. Il y avait près de dix ans déjà qn'ollcs avaioul rO(.'u défense d'accueillir des novices, et leurs biens étaient depuis peu nu's en régie

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(juand on a ciiIcihIii le V. IJoiiidoisi; dire que « l'école est le « iiovicial (lu chrisliaiiisine », que « c'est le séininaiie des sémi- « naircs )>,on peut bien penser que le clergé, qui, dès le XVI1« siècle, el sons rinllnence de celle parole prolondénienl ehrélienne, avait

([iKiiid, s;iisi d'im méinoire tendant à obtenir le niainlien de la comniunanlé, le conseil de ville décida qu'il serait présenté à Sa Majesté, « une « lois réduit en forme de requête » (19 juin 1770). Mais les contradicteurs du conseil ont opposé mémoire à mémoire, et l'évèque a proposé de subslitucr au couvent des Ursidines un hospice de dames régeiites et un établissement de frères Ignoranlins. « II sera nommé », décide-l-on, le 3 février 1770, « quatre commissaires pour examiner les inconvénients ou « avantages ({ui j)0tuTaient résulter de la suppression de la communauté » Le 10 février suivant, sur le rapport desdils commissaires, on prend le parti de répondre à Mgr qu'il n'y a pour le moment aucun motif de songer à la suppression. On le suppliera en conséquence de vouloir bien s'intéresser pour la conservation des Ursulines, désirée par l'universalité des habitants, L'évèque fit sans doute la sourde oreille, et poursuivit l'exécution de son plan ; aussi, le 10 août, prend-on la résolution de s'opposer à la suppression.

Les ennemis des Ursulines n'avaient point, en effet, abandonné leur projet de destruction de cette communauté : le maire le sait, en même temps qu'il lui est revenu qu'on se proposait de transférer ailleurs les deux seules religieuses existantes encore de cette maison. La ville arrête, le 30 juin 1777, qu'elle combattra ce dessein. Mais son opposition est tenue pour nulle, et bientôt le conseil apprend qu'il a été introduit au couvent des Ursulines des Dames régentes, qu'elles y vivent, habitent et « donnent des instructions » aux filles du quartier. On protestera (31 octobre) contre l'introduction des dames régentes, en tant que ladite introduction tendrait à établir dans la ville une seconde communauté de ces dames, et à les mettre en possession de tout ou partie des biens appartenant aux Ursulines.

Telle était la situation, quand le Petit Séminaire vint à être incendié L'occasion était bonne pour la ville d'échapper à l'humiliation d'un échec, en faisant à l'autorité ecclésiastique une avance gracieuse. On décide, le jour même de l'événement, qu'on lui suggérera de réfugier les élèves dans la maison des dames LTrsulines, et le 3 avril 1786, le conseil donne son consentement à leur transfert dans une portion des bâtiments. Le couvent était « vacant depuis nombre d'années » et tombait ea vétusté. (V. aux Arch. de la Marne, le fonds des Ursulines, et consulter les Conclus, du conseil de ville aux dates indiquées.)

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