SOCIÉTÉ MUSICALE. — SOCIÉTÉ LITTERAIRE
Troyes semble avoir à cœur de ne pas déchoir de son titre de capitale de la Champagne. Dès le 7 décembre 1728, à l'occasion du rétablissement de la santé du roi, elle fondait, sous le haut patronage de M. le prince Hercule de Rohan, une Académie de musique, qui donnait des concerts, chantait des motets de musique ecclésiastique et des pièces d'opéra. Ladite académie ne tarda pas, il est vrai, à tomber dans la langueur ; mais l'amour des arts, qui lui avait donné naissance, devait, vers 1786, la réveiller de sa léthargie^ , comme il avait contribué à établir, en 1772, une jFcoZe gratuite de dessin, à laquelle fut annexé un cours de mathématiques. Ainsi vit-on la cité Troyenne empressée à rechercher les spectacles, à accueillir les comédiens qui venaient en ses murs, et à relever, en 1732, son théâtre incendié- : en 1781, un sieur Yalville obtenait un privilège pour donner des spectacles à Troyes, à Châlons et à Langre3. La salle de spectacle de Châlons avait été construite en 1771 ; celle de Langres avait été disposée on 1777 dans un des bâtiments de l'hôtel de ville provisoire.
Quant à la ville de Reims, sa salle Draveny, ainsi nommée sans doute du nom du fondateur, était une propriété particulière établie à l'angle des rues Large et Caqué, près de l'ancien jardin des Arbalétriers et du Tripot de la Fleur de Lys, où les notables Rémois venaient jouer à la paume. Après avoir été, en 1774, réparée à grands frais, en vue du sacre de Louis XVI, par le sieur Rozeli, titulaire des privilèges des théâtres de la province de Champagne, qui l'avait louée au propriétaire, elle fut abandonnée en 1777; et une souscription qui réunit 00,000 livres permit d'en ouvrir une autre, l'année suivante, dans la me de Gueux (rue de Talleyrand).
Reims n'était pas, du reste, plus insensible aux charmes austères de la science qu'aux attraits de l'art dramatique. Lévèque de Pouilly l'avait doté, en 1747, d'écoles gratuites de dessin et de mathématiques qui se tenaient à Tliôtel de ville, et qui eurent pour premiers professeurs le savant minime Féry et le peintre Ferand de Monthelon. L'année suivante, 1740, des Rémois, épris d'une belle passion pour la littérature et du désir d'en propager le goût,
' V. plus bas Etat social en Chanipagni'.
- Il devait l'clrc de nouveau le 7 avril 1775, et de nouveau reconstruit.
4G0 LA PROVLNCI': 1)1-: CIlAMi'AliM:.
onlropronnonl (8 mai) <lc former une Société libre d'cinnlation et d'organiser des cours gi-aliiils. Le 4 mai, ils en ouvraient un à^anatomie par un discours où l'on relevait les avantages de cet art; mais leui- entreprise ne devait jtoinl survivre au principal organisateur de la société, Pouilly, que la mori enlcvail le 4 mars 1750' .
Plus solide et plus durable devait être l'étalilissement de la ISocicté liltcraire de Chàlons, qu'avaient eu la pensée de fonder « plusieurs gens de lettres » et « amateurs des sciences et des arts, « réunis pour les cultiver et les perfectionner par leurs travaux « réciproques' ». S'ils n'étaient pas noml)reux, car ils étaient à peine quinze, ils étaient hommes d'esprit et de qualité. M. de Saulx- Tavannes, peu de temps après son arrivée dans sa ville épiscopale^, ne dédaigna pas de venir, comme membre d'honneur, siéger au milieu d'eux. Ce fut pour la société un beau jour, qu'elle célébra par une épître en vers, où elle exaltait les mérites du prélat et ses victoires sur le jansénisme. Pourquoi cette pièce déplut-elle à Crébillon, et comment se crut-il obligé de relever l'éloge de M. de Tavannes, en gémissant de voir ses vertus en proie à de si pauvres rimeurs ? Il n'importe. Les rimeurs champenois relevèrent le gant, et si Crébillon parut un instant leur livrer le champ de bataille, ce fut à la façon du Parthe, en lançant un trait perfide à leur muse mal emplumée. Aussi ne gardent-ils plus de ménagements envers leur adversaire et lui reprochent-ils de ne complimenter le prélat que pour en obtenir des dîners. Piqué au vif, Crébillon leur répond par des injures : celui-ci n'est à ses yeux qu'un ours mal léché, cet autre qu'un épagneid de Saint-Antoine, tous auteurs « associés « pour les sifflets et pour lui servir de risée ». 11 ne pouvait convenir à la docte société de suivre sur un tel terrain l'irascible poète.
1 La société compta d'abord dix membres, Félix Delasalle, Clicquot- Blervache, Jobart, Bergerannean, Sutaine, Boiiron le jeune, Siilaine- Hibert, Vauger, Vanin et Tinois. La perte de ce dernier (1749), qui remplissait les fonctions de secrétaire, fut pour elle un coup fatal. (V. plus bas Etal socinl en Chamjmgne.)
2 Préambule des lettres-patentes du roi (1775).
3 II fit son entrée à Chàlons le 16 décembre 1721.