‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 151 sur 232 · PROVINCIALE (23 JUIN · texte numérisé non relu

PROVINCIALE (23 JUIN

Louis XVI appelle à la direction des affaires de Maurepas, qui désigne Turgot au choix du monarque pour la marine et le contrôle général des finances.— Les mesures proposées par Turgot sont approuvées par le roi. — Si les soulèvements provoqués par les ennemis des réformes émeuvent le cœur de Louis, la solennité de son sacre vient faire diversion au trouble de sa conscience : mais l'opposition du Parlement de Paris, restauré, en multipliant les obstacles, finit par entraîner la chute de Turgot. — Les classes privilégiées triomphent; mais les finances n'en sont pas plus prospères ; le ministre Clugny pense les relever par l'institution d'une loterie royale. — Necker, qui lui succède après avoir soutenu par des emprunts les frais de la guerre d'Amérique, est obligé de céder aux cabales des courtisans. Galonné après lui ne trouve rien de mieux que de revenir aux plans de Turgot, et provoque, pour les consacrer, la convocation d'une assemblée de notables ; la défiance qu'il lui inspire ne fait que précipiter sa chute. — Brienne, plus heureux, obtient tout ; mais la résistance du parlement tient tout en échec : le roi l'exile à Troyes.— Quelques concessions l'amènent à résipiscence et déterminent son retour à Paris.

Le premier soin du nouveau roi lut d'écrire aux gouverneurs des provinces pour leur faire connaître que Mgr son aïeul venait de finir sa vie « avec la piété et la résignation d'un prince suprêmement « chrétien », et leur exprimer la confiance qu'il mettait dans la fidélité et le dévouement de ses sujets' . En même temps il reléguait dans un couvent la favorite de Louis XV, M'"'' du Barry-, et

^ 10 mai 1774, dans les délibérations du t'onscil do ville do Cliâlons.

* Murie-Joaimo (îomarl do VauljoniiiT, jtlus connue sous lo nom de oomtesso du Barry, était de Vaucouleurs. INée en 174;J, elle mourut sur i'éclial'aud le 7 décond)ri' 1703.

W() LA IMU)Vli\(:i': DK (:ilAMI'A(;.\E. 177/..

biciilôl, eoii^i'dianl les ininislrcs de ce piiiicc. il rrinrllail les n'-iws do l'Klal aux mains (\'u\\ vieillard, M. <lc Maiirc|)as, moins srM'ifnx (jnc le voulait la dinicidl)'- drs lcni|)s, mais (|iii cul du moins la sagesse de suivre les inspiralions de ro|»inion puhliqu*', en d(''signant successivement au choix du roi pour la marine et le contrôle général des finances le chef éminent de l'école économiste. Turgot, qu'animait un patriotisme aussi gc-néreux qu'éclairé, ne pouvait manquer d'être goûté d'un jeune monarque ami, comme lui, de la justice, et comme lui passionné pour le bien du peuple. Trop honnête pour songer à la banqueroute, trop humain pour consentir à charger la nation de nouveaux impôts, trop sage pour recourir à la décevante ressource des emprunts, il aspirait à fonder la prospérité de la nation sur celle de l'agriculture et de l'industrie par l'abolition des corvées, des maîtrises et des jurandes, la suppression des douanes intérieures, et l'établissement de l'égalité de l'impôt territorial, affranchi des abus de la perception. Soumis aux méditations de Louis XVI, après lui avoir été exposés dans une entrevue (24 août), où le roi se plut à presser dans ses mains celles de Turgot, les plans du nouveau ministre avaient été agréés; et si l'exécution venait à en être entravée par des résistances trop faciles à prévoir, celles-ci ne manqueraient pas décéder devant l'inébranlable fermeté du souverain.

Malheureusement, en écoutant les envieux et les égoïstes qui s'agitaient autour de lui, Louis XVI crut entendre la voix de l'opinion publique, et pensa raffermir l'ordre social en restaurant les parlements (12 novembre 1774) : ce fut le principe de sa perte. Après s'être constitué le défenseur des libertés publiques dans une question religieuse, le Parlement allait s'ériger en protecteur de tous les privilèges ; après avoir combattu le pouvoir des papes, il allait se faire l'adversaire de la royauté.

11 ne suffisait pas aux ennemis secrets de Turgot de lui avoir suscité ce suprême embarras; ils profitèrent de la mauvaise récolte et de la liberté du commerce des grains ' pour exciter des mouvements dans le peuple et disposer les esprits à la révolte (guerre des farines), en faisant piller les marchés, brûler les moulins et jeter les grains dans les rivières par des bandes de brigands soudoyés. Ces

' Arrêt du conseil du 13 septembre 1774. (Isamb., t. XXIH, p. 31.)

Page 1